Archive pour décembre 2010

Sœur Nicole Reille, pionnière de l’investissement éthique : partie 2

Vendredi 17 décembre 2010

Les principes d’investissement prônés par Nicole Reille se rangent en trois catégories: « les critères généraux, les critères sociaux et les critères « Tiers Monde », comme elle l’a expliqué dans une conférence, en 2003*.

Investissement et utilité sociale

Les critères généraux sont l’utilité sociale des biens et service et la protection active de l’environnement.

Les critères sociaux concernent la formation, la responsabilisation des salariés, les conditions de travail, mais aussi la libre expression au sein de l’entreprise et l’attitude à l’égard des populations fragilisées.

Enfin, explique la religieuse, « l’un des critères qui comptent le plus à nos yeux est l’attitude de l’entreprise par rapport aux pays du Tiers Monde dans lesquels elle s’implante : cherche-t-elle seulement à en tirer le plus grand profit possible, grâce aux faibles prix des matières premières et de la main-d’œuvre, ou se montre-t-elle soucieuse de contribuer au développement de ce pays ? »

Ces principes se retrouvent aujourd’hui dans les 20 principes d’un bon placement, édictés par Éthique et Investissement.

Une vision pragmatique de l’ISR

“Éthique et Investissement” s’inscrit dans une vision pragmatique de l’ISR. En effet, elle adopte une stratégie « best in classe ». « Concrètement, nous sélectionnons dans chaque secteur industriel (agroalimentaire, automobile, pétrole…) le “meilleur de la classe” par rapport à l’ensemble de nos critères ; nous nous appuyons pour cela sur les analyses financières fournies par notre gestionnaire mais aussi sur les analyses fournies par les agences de notation éthique, en particulier, depuis 1997, par le cabinet ARESE (Analyse et Recherches Sociales sur les Entreprises), qui a mis en place une base de données très précise ».

Cette démarche se distingue de celle pratiquée par les anglo-saxons: « leur conception de la finance éthique repose davantage sur des critères d’exclusion, sans doute à cause de l’influence de la culture puritaine ; c’est un peu la même chose avec les communautés religieuses islamiques ».

Pour illustrer cette approche pragmatique, voici ce que Nicole Reille déclarait en 2003* à propos de l’exclusion de certains secteurs: « Nous excluons par exemple les entreprises qui fabriquent des cigarettes ; en ce qui concerne les armes, nous sommes plus nuancées, car nous savons que certaines armes sont utiles, par exemple pour la police. Mais nous ne voulons pas contribuer au développement des armes sécuritaires ou encore des armes qui sont vendues au détriment des pays du Tiers Monde : certains industriels n’hésitent pas à encourager des guerres qui leur permettent de vendre de l’armement, alors que d’autres, au contraire, se refusent à vendre des armes dans certains pays ».

En 2002, sœur Nicole Reille laisse la présidence bioéthique Investissement et devient économe générale de la Congrégation Notre Dame.

Cette année, elle a participé au film de Jocelyne Lemaire Darnaud, Moi, la Finance et le Développement Durable.

* le texte de cette conférence peut être téléchargé sur le site de l’École de Paris du management.

A consulter sur notre blog, la partie 1 de l’article

Sœur Nicole Reille, pionnière de l’investissement éthique – partie 1

Vendredi 17 décembre 2010

Quand on parle de finance responsable, le nom de sœur Nicole Reille vient naturellement à l’esprit. C’est elle, en effet, qui a créé le premier fonds de placement éthique en France, en 1983.

Soeur Nicole Reille, fondatrice du 1er Fonds Ethique Social Français

Nicole Reille est une religieuse appartenant à la congrégation Notre Dame. Au début des années 80, cette congrégation rencontre deux problèmes: le vieillissement de ses membres et la difficulté de former des religieuses dans des pays en développement.

Ethique et Investissement

Sœur Nicole Reille crée alors l’association Ethique et Investissement. L’idée est d’investir en bourse, mais à condition que cela contribue à une économie centrée sur l’homme et son développement. Une consultation sur le thème de l’éthique des affaire est lancée auprès de chefs d’entreprise, de responsables des ressources humaines, de délégués syndicaux, d’économistes et de théologiens.

La réflexion aboutit à la création d’un fonds créé en partenariat avec Meeschaert Asset Management.

Des religieuses qui investissent en bourse

Éthique et Investissement se développe en France et dans le monde. L’association compte 150 personnes dont la moitié sont membres de congrégations religieuses (source: Novethic). La particularité est qu’elle ne regroupe que des congrégations religieuses féminines.

Très vite, les médias ont été friands de l’histoire de ces religieuses qui investissent en bourse. Le Monde, Les Échos et même le Wall Street Journal se sont intéressés à ces sœurs catholiques expertes en placements.

Pour prolonger : à lire sur le blog la partie 2 de l’article.

L’Investissement socialement responsable en débat

Lundi 13 décembre 2010

L’investissement socialement responsable (ISR) est un secteur encore jeune et en croissance. Cette dynamique fait son chemin dans l’opinion. Des ONG, relayées par les médias, font connaître le principe de l’ISR.Ce débat est aussi à l’œuvre chez les investisseurs et les gérants ISR.

Il y a quelques jours, l’ancien footballeur Éric Cantonna appelait à retirer son argent des banques. Son idée, lancée sur un média régional, a prit une ampleur étonnante. Traduite en vingt langues, la vidéo de l’entretien a été reprise et commentée par des médias du monde entier.

Cette anecdote illustre bien la dynamique de l’opinion. Et elle montre qu’il y a actuellement un fort intérêt pour les thèmes économiques et l’idée de responsabilité.

De plus, les leaders d’opinion jouent un rôle important. Qui sont-ils? Rarement des sportifs! Ce sont principalement les syndicats, les associations de consommateurs et le mouvement alter-mondialiste.

Les ONG, notamment, ont un fort crédit auprès de l’opinion. Les exemples d’actions sont nombreux.

Le rôle des leaders d’opinion

Citons le boycott des consommateurs lors du scandale de Nike sur le travail des enfants. L’impact sur l’opinion publique s’est traduit sur la réputation de la marque. « Les scandales de sweatshops* de Nike ont fait l’objet de plus de 1500 reportages et autres commentaires. Ses usines asiatiques ont été passées à la loupe par les caméras de presque toutes les organisations de médias, de CBS à ESPN, le réseau sport de Disney. Pour couronner le tout, la compagnie a fait l’objet d’une série BD Donnesbury et du documentaire de Michaël Moore, The Big One. » (Naomi Klein, No Logo).

C’est ainsi que l’idée de responsabilité sociale fait son chemin dans l’opinion. Elle se traduit ensuite au niveau des entreprises, des Etats et des organisations internationales. Cette dynamique est également à la base de l’Investissement socialement responsable. L’ISR évalue les entreprises sur des critères sociaux, environnementaux et de gouvernance.

Une certaine conception de l’ISR

La dynamique est aussi portée par les sociétés de gestion ISR. Il y a quelques jours, on pouvait lire une interview de Jean-François Descaves, président de la Financière de Champlain, dans Le nouvel économiste.

Dans cet entretien, il développe sa conception de l’ISR. Il s’inscrit dans la tradition de l’ISR « éthique » (voir notre article).   L‘ISR éthique consiste ne pas investir dans certains secteurs.

Cette orientation distingue la Financière de Champlain de la plupart des gestionnaires ISR en France. Ceux-ci pratiquent le modèle « best in class », qui consiste à préférer les meilleures entreprises du point de vue de la responsabilité sociale. « Une petite structure comme la Financière de Champlain peut se permettre ce qu’un gestionnaire à la tête d’un portefeuille de plusieurs milliards d’euros, dont les performances sont tenues de ne pas s’éloigner durablement de celles des grands indices, ne peut pas s’autoriser», explique M. Descaves.

Autre point important: « 95% de la recherche conduite dans ce domaine pour guider les choix des investisseurs se fait sur le mode déclaratif ». Concrètement, les agences de notations dites extra financières adressent des questionnaires aux entreprises. Sur la base de ces informations, elles les évaluent sur les critères environnementaux, sociétaux et de gouvernance. La notation s’établit également à partir des données récoltées sur les sites des entreprises et dans les rapports annuels. Ce mode de fonctionnement « déclaratif » a pour effet de mettre en valeur les bonnes pratiques et de masquer les défauts des entreprises.

Investir d’avantage dans la recherche

Pour obtenir plus d’informations, les sociétés devraient investir plus dans la recherche. « Le modèle le plus pertinent et que l’on pourrait souhaiter voir se développer est celui d’acteurs capables d’aller se frotter à la vie quotidienne des entreprises. Ce que nous recherchons en nous lançant dans de véritables enquêtes sur le terrain pour entrer en contact avec les différentes parties prenantes de l’entreprise, fournisseurs, salariés, utilisateurs et autres. Cela permet d’obtenir une vision de la proximité ou du décalage entre le discours des dirigeants et la réalité de l’entreprise. Pour que l’ISR soit guidé par ce principe de réalité, il faudrait que les grandes agences de notation disposent de suffisamment de ressources pour ne pas se contenter des informations mises à leur disposition. »

En conclusion, l’Investissement socialement responsable doit être perçu dans sa dynamique. Encore peu connu de l’opinion, il demande à être popularisé. Les professionnels ont aussi à faire connaître les principes d’une gestion reposant sur des critères extra financiers.

* littéralement: « usine de la sueur »

Terre de liens: investir pour soutenir des paysans bio

Mercredi 1 décembre 2010

« Terre de liens » est une foncière qui achète des terres agricoles pour les louer à des paysans bio. Souscrire des parts de cette foncière permet de les soutenir. Cet investissement solidaire renforce le lien entre villes et campagnes et remédie au prix élevé des terres cultivables.

Depuis son adolescence, Romuald Bonnaire a un projet: devenir éleveur de brebis. Pour réaliser ce rêve, pendant dix ans, il apprend le métier. L’an dernier, lui et sa compagne achètent un corps de ferme dans le Pays de Bray, entourée de 7,5ha. Mais cette surface n’est pas suffisante pour développer une activité économiquement viable. Il veut produire, transformer et vendre localement de la viande d’agneau issue de l’agriculture biologique.

C’est à ce stade qu’intervient Terre de Liens. Cette foncière a réalisé l’achat mutualisé de 12 ha de terre. Cette surface va permettre à M. Bonnaire de développer son exploitation. A moyen terme, il espère diversifier la production: légumes, miel, pommes…

Accompagner et soutenir des paysans bio

Qu’est-ce que Terre de Liens? C’est une foncière qui acquiert des terres cultivables pour les louer à des agriculteurs bio. C’est aussi une association, créée en 2003, qui accompagne les futurs paysans.

L’idée est née à la fin des années 90 dans les milieux écologiques. Elle part de plusieurs convictions: la société a besoin d’agriculteurs biologiques, mais ils ne peuvent pas accéder à la terre sans s’endetter lourdement. De plus, aucun acteur ne parvient « à freiner la spéculation foncière, l’artificialisation des sols et la concentration des terres aux mains de quelques-uns », constate Terre de lien.

Dans ce projet, l’épargnant joue un rôle citoyen. En souscrivant une part de la foncière, il soutient des agriculteurs biologiques sur le long terme. Cet investissement ne lui rapporte rien, mais il peut bénéficier d’avantages fiscaux.

Un placement solidaire

Ce placement à une vocation responsable: « Terre de Liens veut être un moyen d’exercer collectivement la responsabilité de chacun d’entre nous envers la répartition et les usages qui sont faits de notre terre, de nos sols, de nos écosystèmes, de nos paysages, de nos campagnes ».

La souscription au capital de la foncière Terre de Liens permet l’achat collectif de terrains.

Pas de rémunération mais des avantages fiscaux

La souscription se fait par action de 100€. Des frais de dossier sont payés pour chaque souscription. Ils sont de 5 € pour une action, 3 € par action entre 2 et 166 actions, et de 500 € au-delà de 166 actions souscrites par opération.

La durée de souscription conseillée est de 10 ans. La durée pour bénéficier de l’avantage fiscal est d’au moins 5 ans.

Il n’est pas prévu de rémunération des actions pour les premières années. Le prix de l’action pourra être réévalué chaque année lors de l’Assemblée Générale. « L’éthique qui sous-tend et anime la Foncière Terre de Liens nous conduira, selon nos possibilités, à un objectif de revalorisation annuelle de l’action à hauteur du taux de l’inflation ». (source: plaquette d’information)

Terre de Liens soutient une cinquantaine de projets en zones rurales, présentés sur son site Internet. Au 1er novembre 2009, la foncière dénombrait 3650 actionnaires, dont quelques personnes morales (associations et magasins biocoop essentiellement). Elle compte des partenaires dans les domaines de la finance solidaire et l’agriculture biologique.

Pour prolonger sur le site Terre de liens.