Chaque fois que je fais part à mon garagiste de la découverte d’une nouvelle flaque visqueuse à l’endroit où je stationne ma voiture, il me répond : «une Jaguar qui ne fuit pas, c’est une Jaguar qui n’a plus d’huile». J’admire sa décontraction, que je m’explique aussi par le fait que c’est lui qui présente les factures et moi qui m’en acquitte (sans même bouger un cil, flegme britannique oblige).
Je me félicite néanmoins d’avoir su dénicher une old lady somme toute très fiable : pas de mystère là-dedans, il faut juste inspecter scrupuleusement une voiture avant de l’acheter. Voici quelques conseils de bon sens pour ceux qui souhaitent posséder une voiture de collection.
Les indices sur sa santé réelle sont nombreux :
- des traces de peinture sur les plastiques extérieurs ou un mauvais alignement des portières signent souvent l’intervention d’un carrossier ;
- une usure irrégulière des pneus révèle, 9 fois sur 10, un défaut dans le parallélisme des roues ;
- une huile moteur très noire indique à coup sûr un entretien approximatif ;
- une fumée d’échappement bleue, c’est que la voiture consomme de l’huile ;
- une fumée noire, la combustion n’est pas bonne ;
- une fumée blanche (à chaud), il y a de l’eau dans les gaz…
Quelques gestes simples pour en savoir plus :
- retirez le bouchon de remplissage d’huile lorsque le moteur tourne, pour tester son taux de compression. S’il s’étouffe rapidement, c’est bon signe. Attention, si vous apercevez une sorte de mayonnaise sur ce bouchon, cela veut dire que le joint de culasse est mort.
- Sur la carrosserie, traquez les zones de masticage, à l’aide d’un aimant.
- N’hésitez pas à soulever les tapis pour vérifier les planchers : une simple fuite de radiateur de chauffage peut les corroder en quelques mois.
- Et surtout, essayez la voiture sur une voie dégagée afin de vous rendre compte de son comportement : lâchez le volant, freinez fort, écoutez les bruits de boîte…(pas tout à la fois !)
Bref, montrez-vous exigeant.
Christophe, un collectionneur averti, m’a confié cette semaine qu’il réussissait ses achats, parce qu’il ‘potassait’ en amont les caractéristiques du modèle convoité. « Ça permet d’aller directement aux faiblesses répertoriées pour chaque auto : sur une DS, la suspension hydropneumatique est fréquemment inopérante ; sur une Coccinelle, les longerons sont souvent dégradés par le système de chauffage qui les traverse ; sur une Alpine 110 ou 1300, le châssis-poutre est souvent attaqué… ».
S’il est vrai que la Revue Technique Automobile pourrait vite devenir votre livre de chevet, sachez néanmoins qu’on trouve sur le marché des voitures saines et que (je le redis) l’automobile de collection peut s’avérer être un placement juteux.
Pierre Suze
Copytights : _guu_ sur Flickr




