Vin élevé sous la mer : un intérêt véritable ? (suite)

Le vin marin, plus fin, plus subtil ? Un meilleur placement ?

Le magazine en ligne Intothewine relayait, en juin dernier, les résultats d’une expérience menée par le  Château Larrivet Haut-Brion, relative à l’élevage du vin en mer (Cf : « l’élevage du vin en mer : dimension légendaire ou réalité scientifique ? »).

J’avais déjà évoqué, il y a quelques temps, une pratique qui consiste à immerger des bouteilles afin que leur contenu vieillisse tranquillement, bercé par le flux des marées (« Entre mer et montagne, la cave à vins idéale »).
Les tests menés par Bruno Lemoine, Directeur et vinificateur du Château Larrivet Haut-Brion, sont un peu différents, puisqu’il était question, en l’occurrence, de comparer le produit de deux barriques (Radoux) de 2009 ayant bénéficié d’un élevage prolongé de 6 mois : l’une dans les chais du Château et l’autre dans la zone d’étiage du bassin d’Arcachon.

Le verdict des experts

Voici ce que les experts ont constaté, après analyse et dégustation :

« Le millésime rouge 2009 issu de la barrique immergée présente un taux de sodium plus élevé dû à la pénétration d’eau de mer. Une donnée qui influence positivement la perception gustative. Le sodium gomme l’amertume et arrondit les tanins en fin de bouche, encore un peu trop astringents. La teneur en alcool est légèrement inférieure et la couleur est plus ambrée, une incidence supposée des ressacs de la mer

Le vin confié aux soins traditionnels du chai est d’une couleur plus stable et moins évoluée que celui de la barrique immergée. Ceci peut s’expliquer par une micro-oxygénation naturelle qu’il n’y a pas eu dans le vin immergé (absence totale d’oxygène). Gustativement, il se distingue par sa structure et sa fraîcheur avec des notes mentholées. »

Reste à savoir ce que ces différentes vinifications révéleront dans le temps. Quid, par exemple, de l’action du sodium sur le vin après 10 ou 15 ans de vieillissement ?

Influence sur le prix ?

L’autre question -qu’un investisseur peut légitimement se poser- attrait aux répercussions que ces procédés particuliers pourraient avoir sur le prix des bouteilles. Ce si elles venaient à être largement commercialisées. Et si les dits-procédés ne risquent pas, justement, de devenir un prétexte pour augmenter les tarifs ?

Ce n’est pas cette expérience d’élevage sous la mer en particulier qui me fait m’interroger, mais la multiplication de savoir-faire un peu « exotiques », dans différents domaines. Dont les bienfaits sont décrétés par ceux qui les mettent en œuvre, mais pas forcément perceptibles par le consommateur ou l’investisseur.

Je pense notamment à ces essais (relatés par Le Monde en 2005) menés par un viticulteur toscan, Giancarlo Cignozzi, qui avait sonorisé sa vigne à l’aide de dizaines d’enceintes acoustiques, au motif que le raisin gagnait en qualité sous l’influence de Mozart ou de Bach.

Ou, tout récemment encore, ces éleveurs bovins qui donnent à boire du vin rouge à leurs vaches parce que leur viande sera plus persillée, plus tendre…

On ne demande qu’à goûter !

Pierre Suze

NB : question en prolongement, avez-vous déjà investi dans des productions viticoles de ce type, et avec quelle expérience et quel bénéfice ? N’hésitez pas à partager dans les commentaires de cette note.

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