Viens chez moi, j’habite dans une église…

La "nieuwe kerk" de Delft n'est pas à vendre. Mais qui sait ? Un jour peut-être... Photo N. Bouwmeester

« Une église belge, à vendre pour un euro, attend sa nouvelle vie ». Non, il ne s’agit pas d’une mauvaise blague à l’encontre de nos amis belges, mais de l’intitulé d’une dépêche AFP d’il y a quelques jours : « Huit siècles après sa fondation, l’église du Saint-Sacrement de Binche, en Belgique, vit ses dernières heures comme lieu de culte. Mise en vente un euro, elle pourrait accueillir un hôtel ou des logements, si le propriétaire en a les moyens. Dressée en plein cœur de la ville médiévale située à une cinquantaine de kilomètres de Bruxelles, l’église a connu dimanche 10 juin sa dernière messe. »

De prime abord, l’information paraît cocasse. Pourtant, ce type de reconversions est loin d’être inédit : j’ai notamment en tête l’exemple du Paradiso, célèbre salle de concert amstellodamoise installée depuis 1968 dans une ancienne église. Ou encore, le « Jopenkerk », vieille église d’Haarlem (Pays-Bas) fréquentée  depuis peu pour la qualité des bières servies au bar qui occupe désormais la nef sur toute sa longueur (le lieu est d’ailleurs convivial, et les dimensions superbes, mais en y pénétrant, on a quand même envie de dire -au risque de plagier Cicéron- « O tempora, O mores… »).

En France aussi

La France n’est pas épargnée par ces réaffectations : il y a quinze jours à peine, je traversais, à Uzès, un ancien cloître transformé en resto-brocante…Et une simple recherche sur Google livre rapidement des sujets relatifs aux “reconversion d’églises”, par exemple dans le Nord, dans l’Est, à Nantes, etc.

Enfin, les faits sont là. Et, après tout, on peut se demander si une vente ne vaut pas mieux qu’une destruction pure et simple. Dans le premier cas, au moins, le patrimoine est préservé et a une seconde vie.

Du coup, en y regardant mieux, je me suis aperçu qu’un nombre croissant de ces lieux « insolites » faisaient l’objet de transactions immobilières, au profit de particuliers.
Pour preuve, cette annonce, parue sur le site d’un spécialiste : à vendre, en Poitou, Église du 12ème S. inscrite MH et son Prieuré du 15ème S. (545.000 euros F.A.I). En voici une autre (dont Musset aurait sans doute dit que lorsque l’on vient d’en rire, on devrait en pleurer), publiée sur le blog de Vitry lès Nogent : « L’église de notre village est à vendre. La désaffection pour le culte et les moyens financiers font que la commune ne peut pas investir dans la restauration de cet édifice. Cette église construite à la période classique et mal restaurée au 19ème est l’élément central de notre village. »

Hauts les cœurs ! L’heure n’est pas à la nostalgie mais aux bons placements. Et l’achat de notre patrimoine religieux semble en être un. Pour au moins deux raisons :

  • d’une part, parce que ces églises, souvent en mauvais état, sont un poids pour les collectivités et donc leur prix est souvent très alléchant.
  • d’autre part, parce que ce qui n’est encore aujourd’hui qu’un habitat marginal deviendra certainement, dans quelques décennies, un bien immobilier très convoité.

Pierre Suze

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