Archive pour mai 2012

Mal aménagées, les caves se rebiffent

Jeudi 31 mai 2012

Pour que les bouteilles traversent les âges, certaines règles sont à respecter / Photo F. Wrzesinski

Investir dans le vin est une (bonne) chose, mais  savoir préserver ce patrimoine en est une autre. Si vous ne voulez pas voir la valeur de votre cave s’évaporer comme un verre de rosé au soleil, quelques règles strictes sont à respecter.

Les ennemis du vin

Plusieurs facteurs environnants ont un effet dévastateur sur le vin et sont susceptibles de compromettre son vieillissement voire de l’altérer irrémédiablement.

Parmi eux, la lumière : les ultra-violets ont une influence négative sur les arômes du vin. On parle même d’un goût de lumière (oxydoréduction) pour désigner la désagréable sensation parfois provoquée par une trop longue exposition. Les vins blancs sont les plus fragiles et les bouteilles en verre blanc sont celles qui filtrent le moins bien les rayons. La lumière artificielle n’est guère plus clémente, en particulier celle des néons.

Une température de cave trop élevée ou, pire, des variations importantes de température sont également néfastes à la qualité du vin. L’idéal : un thermomètre qui affiche 12 à 14 °C. Si vous constatez des écarts conséquents d’une saison à l’autre, il faudra vous équiper d’un climatiseur.

L’humidité fait également partie des paramètres à surveiller. Trop faible, elle provoque le dessèchement des bouchons, qui ne sont alors plus hermétiques. Trop forte, elle risque principalement de  ronger les étiquettes (c’est un moindre mal). Le taux idéal : 70%. Mais à partir de 40-50%, vous préservez vos bouteilles du pire.

Traquez également tout ce qui est odorant dans votre cave : sortez notamment vieux cartons et pots de peinture avant qu’ils ne viennent se mélanger aux notes beurrées et briochées de vos vieux Meursault !
De toute façon, il est important qu’un peu d’air circule dans la pièce.

Dernier « trouble-fête » identifié : les vibrations. Si elles sont régulières (passage d’un métro à proximité…), il est prudent d’installer une mousse anti-vibrations sous vos étagères. Le vin doit être au calme…

Sachez enfin que les bouteilles se conservent couchées et hors des cartons/caisses. Si vous souhaitez protéger vos étiquettes, entourez vos flacons d’un film cellophane.

Pour ceux qui n’ont pas la chance d’avoir une cave, pas question de se priver d’une petite collection pour autant. L’alternative : les caves artificielles. Mais voilà un sujet qui mérite une note à part entière…

 Pierre Suze

Art et écologie : une formule gagnante ?

Vendredi 25 mai 2012

Jour de fête, de l'artiste contemporain Dadave

Le numéro de juin du magazine déco IDEAT est entièrement consacré au green design. On y parle entre autres d’architecture durable, de mobilier recyclé et plus généralement d’art éco-responsable.

Compte tenu de l’importance accordée au sujet (100% des pages, hors publicité), je me suis demandé si cette édition faisait écho à une tendance de fond, auquel cas il faudra peut-être se pencher sur l’opportunité d’investir dans ce sens.

La “conscience écologique” dans les domaines de l’art et du design n’est pas nouvelle. On peut même considérer qu’elle a un demi-siècle : le Land Art (utilisation du cadre et des matériaux de la nature, pour faire de l’œuvre d’art une véritable expérience in situ) et l’Arte Povera (utilisation de produits pauvres pour défier l’industrie culturelle, échapper à la logique du marché et dénoncer la société de consommation) en sont les premiers symboles. Robert Smithson et Giovanni Anselmo en sont les icônes.

Ce qui est plus récent, en revanche, c’est la diversité d’approches de l’art et du design éco-responsables. Le thème reste identique, mais leur expression est multiple. Du coup, ils ne sont plus systématiquement éphémères ou invendables. Deux exemples :

  • Les œuvres issues du recycl’art, qui consiste à redonner une noblesse aux objets en fin de vie par la création artistique, sont bel et bien à vendre. Parmi les artistes en vogue, citons Dadave, dont le travail ne laisse pas indifférent, notamment ses Tours de Babel faites de composants électroniques.
  • Par un biais totalement différent, le label artistique durable Artfriendly contribue également à faire vivre, à travers l’art, cette « conscience écologique » évoquée plus haut : l’initiative consiste à éditer des reproductions d’art respectueuses de l’environnement.

En évoquant aujourd’hui l’art écologique, durable, responsable, mon idée n’est pas de mettre en lumière une source potentielle de spéculation. Cela irait à l’encontre de la vocation même de cette forme d’expression. Il s’agit plutôt de réaffirmer qu’art et environnement peuvent aller de pair, et que ça vaut sans doute le coup d’y jeter un œil.

Pierre Suze

Investir : et si vous deveniez producteur de films ?

Vendredi 18 mai 2012

La palme d'or ? Un jour peut-être...

Le festival de Cannes, millésime 2012, vient d’ouvrir ses portes. Pendant douze jours, les cinéphiles auront l’opportunité de voir défiler leurs acteurs (ices), réalisateurs (ices) préférés, en live ou à la télévision.

Une agitation parfois exaspérante, mais qui a tout de même le mérite de promouvoir le 7è art. Et de lui redonner ce caractère un peu magique qui s’étiole lentement, en raison de contraintes de rentabilité chaque jour plus pesantes.

Si cet univers vous fascine, mais que vous ne vous sentez pas capable de donner la réplique à de Niro ou à Meryl Streep (comme je vous comprends), il existe toutefois un moyen d’en faire partie en devenant… producteur de films !

Non, le soleil de la croisette ne m’a pas définitivement fait perdre la raison : plusieurs sites web, tels que touscoprod.com proposent de soutenir le développement et/ou, la production et/ou la distribution d’un ou plusieurs projets en versant une participation. Le site agit alors en tant qu’intermédiaire. Les avantages proposés par le porteur de projet sont généralement propres à chaque projet, et donc à étudier au cas par cas : il peut être décidé, par exemple, que l’intermédiaire percevra une commission sur les bénéfices versés au producteur, dès lors que le film a atteint son seuil de rentabilité.

Ce qui est amusant, au-delà de l’intérêt financier en cas de succès, c’est que vous choisissez les films qui vous plaisent ou du moins ceux auxquels vous croyez, dans un catalogue, comme un vrai producteur hollywoodien.

Puis, le temps du tournage, vous avez accès à diverses informations sur l’avancement du film, êtes mis en relation avec l’équipe du film, via un forum ou une messagerie. Il se peut même que vous soyez sondé et que vous ayez à donner votre avis sur telle ou telle scène. Comme au cinéma, quoi !

Les films sont rarement produits en totalité grâce à cette levée de fonds. Il s’agit plutôt d’un complément au financement d’un producteur professionnel. Mais cette aide est souvent précieuse pour eux, d’autant plus que les parties prenantes deviennent ambassadeurs ‘de fait’ du film. Une publicité à moindre coût…

Pierre Suze

Bande dessinée : quand les bulles alignent les zéros…

Vendredi 11 mai 2012

Tintin fait inlassablement grimper les enchères en salles des ventes

La bande dessinée souffre d’un manque évident de reconnaissance. Bien qu’elle soit fréquemment appelée « 9e art », elle n’est pas appréciée comme tel de façon unanime.

Toutefois, à en juger par les transactions conclues lors de récentes ventes aux enchères, il semblerait que de plus en plus d’amateurs soient prêts à investir de gros montants pour acquérir planches et albums.

L’AFP rapporte, par exemple, que « des œuvres de Jean Giraud/alias Moebius, disparu le 10 mars, et des planches d’Hergé, de Bilal, de Franquin et d’Hugo Pratt, ont remporté un beau succès avec un total des ventes de 1.376.418 euros (maison Artcurial). L’estimation s’établissait à 900.000 euros. La couverture de l’album de Blueberry “La Tribu Fantôme”, entièrement réalisée à la gouache, estimée entre 40 et 50.000 euros, a été vendue 73.300 euros tandis que la dernière planche de l’histoire semi-autobiographique de Moebius, “La Déviation”, réalisée en 1973, a atteint le chiffre de 41.700 euros… ».

Encore une valeur refuge en période de crise ?

Ce qui fait la valeur d’une bande dessinée

Trois critères sont déterminants :

  • L’âge et la rareté de la BD
    Les créations antérieures à la deuxième guerre mondiale voient leur prix s’envoler : ce fut le cas, par exemple, d’une encre de chine et gouache de Tintin en Amérique (1937) vendue en mars 2008 pour 764.218 euros. En 2009, le dernier album de L’Etoile mystérieuse en édition alternée (1942) était parti pour 102.935 euros.
  • L’édition
    Les éditions originales sont plus recherchées, particulièrement si elles sont antérieures à 1970
  • L’état de conservation
    Les exemplaires non déchirés et vierges de taches ou de gribouillages sont, bien entendu, la cible des collectionneurs

Le site info-collection.fr relève en outre qu’il existe des BD stars? C’est le cas de Tintin, Astérix, Lucky Luke, Blake et Mortimer…bref, tous les titres qui ont comblé la génération X et les précédentes.

Et si vous n’êtes pas tombé dans la marmite quand vous étiez petit, une session de rattrapage est toujours possible :

Pierre Suze

Investir dans le vin : le poids du potentiel de garde

Jeudi 3 mai 2012
Le vin se bonifie avec le temps, dit-on. Mais jusqu’à quand ?

Le 8 juin prochain aura lieu une vente aux enchères un peu particulière, chez Artcurial : des bouteilles de champagne vieilles de deux siècles, oubliées au fond d’une épave de bateau dans la mer Baltique, où elles ont passé le plus clair de leur longue vie, puis repêchées en 2010.

Sur les 162 bouteilles remontées, des experts ont jugé – après les avoir goûtées – que 79 étaient propres à la consommation, voire même ‘d’une fraîcheur inouïe’.
Mise à prix : 10.000 euros/flacon.

On devine que l’estimation de ces bouteilles est davantage liée à leur histoire hors du commun et au témoignage qu’elles constituent qu’à la qualité intrinsèque du vin qu’elles contiennent. Cela pose néanmoins la question du potentiel de garde des vins et de ce qu’il faut avoir à l’esprit pour ne pas gâcher une collection.

Vin : longévité et apogée

Il est essentiel, tout d’abord, de ne pas confondre longévité et apogée. La première de ces deux notions indique la durée totale pendant laquelle le vin est consommable. La seconde désigne la période à laquelle le vin sera le plus qualitatif, le meilleur à boire.

Il faut savoir, en outre, que l’évolution du vin n’est pas linéaire. Il est habituel qu’un vin soit appréciable très jeune pour la qualité de ses arômes primaires, puis qu’il se referme quelques temps avant de révéler de nouvelles qualités gustatives.

Un vigneron m’a un jour expliqué, à propos de son Sauternes (issu d’un assemblage sauvignon/sémillon), qu’environ 5-6 ans après la récolte, il traversait une phase de plusieurs mois pendant laquelle il ne présentait que peu d’intérêt à boire, car les arômes du sauvignon déclinaient tandis que ceux du sémillon n’étaient pas encore exaltés. Sa suggestion était donc de le déguster soit avant, soit après ce ‘passage à vide’.

Une évolution permanente

On parle de ‘conservation’ du vin dans la mesure où l’on cherche à le préserver de l’oxydation ou de tout autre type d’altération. Mais, en réalité, il évolue sans cesse, subit des transformations lentes et complexes : il vieillit.

Cela dit, tous les vins n’ont pas la même aptitude au vieillissement. D’une manière générale, ceux qui offrent un bon équilibre entre le fruit, l’acidité, l’alcool et les tannins ont un potentiel de garde supérieur aux autres. C’est pourquoi les vins rouges vieillissent en principe mieux que les blancs et les rosés, exception faite des moelleux et des vendanges tardives.

Cet équilibre dépend bien sûr de la qualité d’un millésime (du fait de la meilleure concentration des vins), mais aussi du travail du vigneron.
Les conditions de conservation du vin sont évidemment déterminantes pour lui assurer une bonne garde, nous y reviendrons dans une prochaine note.

Combien de temps ?

Vous trouverez dans les livres et sur certains sites spécialisés des grilles récapitulant le potentiel de garde des vins par région et par type (voir par exemple lejournalduvin.com).

Personne ne vous demande de battre des records de garde. C’est vrai que c’est festif d’ouvrir une très vieille bouteille, mais un vin qui est passé l’est irrémédiablement.

On a l’habitude de dire que les amateurs néophytes ouvrent leurs bouteilles soit trop tôt soit trop tard. Mon conseil (et celui des fidèles de Bacchus): faites-vous votre propre religion, mais ne regardez pas vos vieilles bouteilles comme des reliques…carpe diem.

Pierre Suze