Vin : les primeurs 2011 sont à vendre !

Encore en barrique au château, ce vin est peut-être déjà la propriété de négociants ou de particuliers. Photo P. Suze

Alors que la campagne des Bordeaux primeurs 2011 démarre juste, Château Latour – l’un des cinq premiers grands crus classés du Médoc – vient d’annoncer son intention de ne plus vendre son vin à terme*. Une décision qui fait grand bruit dans le milieu viticole bordelais, habitué à ce qu’une bonne partie de sa production soit achetée avant d’être mise en bouteille.

Dans Le Figaro du 17 avril, Frédéric Engerer, directeur général du Château Latour motive sa décision :

Je veux me rapprocher d’un système à la champenoise. Dom Pérignon vend actuellement son 2003 et personne n’y trouve rien à redire. Château Latour est un vin de longue garde et il ne sert à rien de le vendre trop tôt. Nous le conserverons au château dans les meilleures conditions possibles (…). Nous avons investi spécifiquement dans un nouveau chai de stockage pour le garder. Le système des primeurs sert surtout aux revendeurs qui alimentent la spéculation : château Latour est vendu et revendu, avec des conditions de stockages aléatoires, bien avant son apogée et il est impossible de garantir la qualité. »

A qui profitent les primeurs ?

En s’interdisant de vendre ses vins en primeur, Château Latour se prive d’une avance financière sur des produits encore en phase de maturation. Mais la célèbre propriété viticole se garantit dans le même temps de meilleures marges au final.

Car, et c’est bien là tout l’intérêt pour le consommateur-investisseur, les vins vendus en primeur sont en principe beaucoup moins chers que les bouteilles mises sur le marché deux ans plus tard. Par exemple, un Latour 2008 en primeur se vendait 150 euros la bouteille mais celle-ci se négocie désormais à près de 800 euros.

Pour vous faire une idée de l’évolution des prix des grands vins de Bordeaux, rendez-vous sur le site Passion Vin qui présente un historique des vins vendus en primeur.

Acheter en primeur est-il sans risque ?

Les achats en primeur sont généralement de bonnes affaires, favorables aux consommateurs. Néanmoins, la vente à terme comporte un défaut de taille : la qualité du vin est plus difficile à établir tant que celui-ci n’est pas abouti d’autant plus que les échantillons présentés aux professionnels ont parfois la réputation d’être prélevés dans les meilleures cuves, ne reflétant ainsi pas la qualité globale du vin.

De ce fait, l’acheteur court toujours le risque que le jugement des spécialistes soit révisé à la baisse et le prix avec. Ce fut notamment le cas avec le millésime 1997, peu qualitatif. Attention donc avec 2011, déjà reconnue comme étant une année moyenne. Pour preuve, même les très grands crus font une offre bien plus sage qu’en 2010 : Lafite Rotschild a annoncé le prix de son primeur 2011 à près de 50% inférieur à celui de l’année précédente.

Autre risque : si votre fournisseur rencontre des difficultés financières ou s’il est mis en liquidation judiciaire, vous pouvez avoir du mal à mettre la main sur vos bouteilles.


Où acheter ?

Si certains châteaux vendent leurs primeurs en direct, la plus grosse partie des transactions se fait en ligne. Trois adresses incontournables : ChateauOnline, ChateauPrimeur et Millesima.

* Le système des primeurs consiste, pour un château, à vendre une partie de sa récolte avant que le vin ne soit élevé et mis en bouteilles, en général deux ans plus tard pour les grands crus. Ainsi, le propriétaire obtient une entrée de trésorerie immédiate et l’acheteur bénéficie en principe d’un prix réduit par rapport à celui qui sera pratiqué lors de la commercialisation en bouteilles.

Pierre Suze

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