Vin : le mérite des médailles

des bouteilles masquées, pour une dégustation en bonne et due forme

La complexité de nos terroirs, de nos appellations et des mentions qui figurent sur les étiquettes de vin fait que les médailles apposées sur certaines bouteilles servent de repère à bien des consommateurs. Elles jouent même un rôle prépondérant dans leur décision d’achat.

Ainsi, au même titre que les Oscars pour le cinéma, les médailles dopent les ventes de vin… au point que la fiabilité des concours –  et donc la légitimité des récompenses – est régulièrement remise en cause dans la presse (voir notamment la RVF d’octobre 2009) : les conditions de dégustation, la partialité de certains organisateurs et le manque d’aptitudes de certains critiques sont souvent dénoncés. C’est vrai, dès qu’il y a de l’argent eu jeu, les dérives semblent inéluctables. Mais j’ai la faiblesse de croire qu’elles sont marginales et qu’elles ne doivent pas systématiquement fragiliser la valeur des distinctions et des classements.

J’ai pu moi-même me faire une idée du déroulement d’une dégustation il y a quelques jours, et je n’y ai rien vu que de très normal, dans une ambiance bon enfant, loin, très loin des soupçons évoqués plus haut : samedi 31 mars, j’ai en effet eu le plaisir de faire partie des jurés au concours des vins des vignerons indépendants. Une compétition un peu particulière dans la mesure où elle fait appel, pour l’attribution des médailles, non à des professionnels mais à des ‘amateurs avertis’ (je suppose qu’on désigne par là des individus dotés, à minima, d’une once de curiosité, qui leur donne envie de savoir systématiquement ce qu’il y a dans leur verre lorsqu’on leur propose d’en boire un, et qui, au fil du temps, apprennent à l’apprécier à sa juste valeur).

Pour le reste, les conditions étaient proches du très respectable concours général agricole : une grande salle pleine ‘d’amateurs avertis’, des tables de quatre personnes, des crachoirs, du pain, de l’eau, des bouteilles de vin masquées et des fiches de dégustation.
A chaque table, il était demandé de juger et de noter 10 vins sur leur aspect, leur nez et leur goût. L’exercice ayant démarré à 9h30 le matin, on ne pourra pas nous reprocher d’avoir voulu prendre un apéritif à moindre frais…
L’ambiance était décontractée, mais les participants restaient concentrés. A notre table, nous avons observé, senti, goûté méthodiquement, sans trop parler et en prenant quelques notes. A mi-parcours, nous avons échangé quelques impressions, puis nous avons attaqué la deuxième moitié des échantillons. A la fin, nous avons écarté celles des bouteilles qui ne nous semblaient pas pouvoir prétendre aux médailles. Consciencieusement, nous avons regoûté les échantillons qui faisaient débat -en recrachant évidemment-, puis à force de discussions, d’arguments et de votes, nous avons décerné deux médailles d’or et une médaille d’argent.
Je dois dire que les 10 vins dégustés étaient de très bonne facture (ce qui veut dire aussi qu’un vin non médaillé peut être excellent), mais les trois retenus étaient supérieurs. Et leurs médailles respectives ont le mérite de le faire savoir.

Pierre Suze

Articles similaires:

  1. Les vins chinois, un bon placement ?
Share |

Mots-clefs :


Laisser une réponse


trois + 6 =

Les 5 derniers articles du blog:


  • L’Elysée vend ses vins aux enchères
  • Une taxe sur le vin en préparation ?
  • Street Art : le Mur de Berlin aux enchères
  • La vie de château est-elle à la hauteur de ses promesses ?
  • Industrie du disque : le vinyle creuse un nouveau sillon