À en juger par de récents articles de presse (voir notamment le supplément ‘Culture & idées’ du Monde du 21 janvier), l’art brut connaît un regain d’intérêt auprès des amateurs d’art. Du moins, une partie d’entre eux.
Du coup, la cote des œuvres qui entrent dans son périmètre est au vert. S’agit-il pour autant d’un bon placement ?
A priori, un simple effet de mode n’est plus à craindre, puisque l’art brut a été défini comme tel il y a maintenant plus de 60 ans (en 1945) par le peintre français Jean Dubuffet.
C’est plus son degré de reconnaissance qui fait débat. D’ailleurs, sa définition elle-même n’est pas totalement figée.
Selon les propres mots de Dubuffet, il s’agit
“d’ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique […] de sorte que leurs auteurs y tirent tout (sujets, choix des matériaux mis en œuvre, moyens de transposition, rythmes, façons d’écriture, etc.) de leur propre fonds et non pas des poncifs de l’art classique ou de l’art à la mode. Nous y assistons à l’opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l’entier de toutes ses phases par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions.”
Une autre définition, moins passionnée et empreinte d’un certain recul, trouvée sur le Web :
” L’art brut regroupe des productions réalisées par des non-professionnels de l’art, indemnes de culture artistique, œuvrant en dehors des normes esthétiques convenues (pensionnaires d’asiles psychiatriques, autodidactes isolés, médiums…).”
À leur lecture, on comprend vite l’enjeu autour de cette catégorie d’œuvres : oui ou non, peut-on parler d’art, au sens noble, pour les qualifier ? Une interrogation non négligeable, y compris du point de vue de l’investisseur : définitivement considérées comme œuvres d’art, elles verraient leur valeur s’envoler.
Mais on n’en est pas là, car l’art brut compte toujours de nombreux détracteurs, qui considèrent que la pratique d’un art requiert connaissances et maîtrise technique, et donc un apprentissage préalable. Les 11 états successifs de la lithographie Le Taureau de Pablo Picasso (1945) illustrent bien, à mon avis, cette position : ici l’art n’est pas spontané, mais il naît d’un cheminement intellectuel qui s’appuie sur une grande maîtrise technique.
À l’inverse, certaines productions dites primitives, et pourtant géniales, donnent à penser que la réalisation d’œuvres d’art ne requiert pas de culture artistique.
Les paris sont ouverts.
Pierre Suze
Pour en savoir plus sur l’Art Brut :
- Laurent Danchin, Art Brut, L’Instinct créateur, Paris, Gallimard, 2006 – Collection Découvertes
- www.art-singulier.fr
Les prochaines expos :
- Banditi Dell’Arte, à la Halle Saint-Pierre
(avril-décembre 2012)
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