Archive pour janvier 2012

Ventes aux enchères de vin : des indices pour estimer une bouteille

Mardi 31 janvier 2012

En novembre dernier, je publiais sur ce blog une note consacrée aux ventes aux enchères de vin avec, en toile de fond, la vente à venir des grands crus d’Alain Delon : plus de 200 lots exceptionnels estimés, à ce moment-là, aux alentours de 100.000 euros.
Depuis, la vente a eu lieu et a finalement atteint 250.412 euros, frais compris (cf article du Parisien). L’effet ‘Delon’ est indéniable, mais n’explique pas à lui seul un tel succès : la rareté et le prestige des flacons font le reste.

La maison Artcurial - Hôtel Dassault / Photo Artcurial

Quoi qu’il en soit, l’engouement des acheteurs m’avait, à l’époque, conduit à me demander quelles étaient les garanties autour de ce type de transactions. Avec, en tête, cette histoire d’un ami qui m’avait avoué avoir vendu une bouteille de Mouton Rothschild, sur un site d’enchères, après qu’elle a passé l’été de la canicule -2003- dans sa cuisine !
Coup de fil à Aymeric de Clouet, expert en vin, mandaté par Delon pour procéder à l’inventaire de sa cave : la seule chose qui fasse foi, m’expliqua-t-il, c’est le descriptif que l’on donne sur le catalogue.

Il consiste notamment en un faisceau d’indices préalablement identifiés par l’expert, qui lui permettent d’estimer les conditions de conservation et donc la qualité du contenu. Citons, à titre d’exemple le niveau de remplissage de la bouteille, la souplesse du bouchon de liège et l’état de l’étiquette (paradoxalement, une étiquette en bon état sur un vieux flacon indique le plus souvent une conservation inappropriée, dans une cave sèche).

Une conférence pour comprendre

Si le sujet vous intéresse et que vous avez l’intention de fréquenter les salles des ventes pour enrichir votre cave, sachez que le 8 février prochain, à 18h30, aura lieu, à l’hôtel Dassault*, une conférence sur le monde des ventes aux enchères de vin. Animée par Laurie Matheson et Luc Dabadie, les deux experts du département de la maison de ventes aux enchères Artcurial, elle sera l’occasion de faire le point sur le déroulement des ventes, les règles à connaître et à respecter, le rôle des experts… Ne tardez pas, le nombre de places est limité.

Pierre Suze

* Hotel Dassault : Maison Artcurial, 7, rond-point des Champs-Elysées – 75008 Paris / inscription gratuite.

Pour prolonger : sur le même sujet, sur BforBank.com, vous pouvez relire “comment acheter à la vente des Hospices de Beaune“; et le dossier “Placements : misez sur l’originalité !

L’art brut, idée de placement ou terrain miné ?

Mercredi 25 janvier 2012
Dubuffet, Dhôtel nuancé d’abricot, 1947, Huile sur toile

À en juger par de récents articles de presse (voir notamment le supplément ‘Culture & idées’ du Monde du 21 janvier), l’art brut connaît un regain d’intérêt auprès des amateurs d’art. Du moins, une partie d’entre eux.

Du coup, la cote des œuvres qui entrent dans son périmètre est au vert. S’agit-il pour autant d’un bon placement ?

A priori, un simple effet de mode n’est plus à craindre, puisque l’art brut a été défini comme tel il y a maintenant plus de 60 ans (en 1945) par le peintre français Jean Dubuffet.

C’est plus son degré de reconnaissance qui fait débat. D’ailleurs, sa définition elle-même n’est pas totalement figée.

Selon les propres mots de Dubuffet, il s’agit

“d’ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique […] de sorte que leurs auteurs y tirent tout (sujets, choix des matériaux mis en œuvre, moyens de transposition, rythmes, façons d’écriture, etc.) de leur propre fonds et non pas des poncifs de l’art classique ou de l’art à la mode. Nous y assistons à l’opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l’entier de toutes ses phases par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions.”

Une autre définition, moins passionnée et empreinte d’un certain recul, trouvée sur le Web :

L’art brut regroupe des productions réalisées par des non-professionnels de l’art, indemnes de culture artistique, œuvrant en dehors des normes esthétiques convenues (pensionnaires d’asiles psychiatriques, autodidactes isolés, médiums…).”

À leur lecture, on comprend vite l’enjeu autour de cette catégorie d’œuvres : oui ou non, peut-on parler d’art, au sens noble, pour les qualifier ? Une interrogation non négligeable, y compris du point de vue de l’investisseur : définitivement considérées comme œuvres d’art, elles verraient leur valeur s’envoler.

Mais on n’en est pas là, car l’art brut compte toujours de nombreux détracteurs, qui considèrent que la pratique d’un art requiert connaissances et maîtrise technique, et donc un apprentissage préalable. Les 11 états successifs de la lithographie Le Taureau de Pablo Picasso (1945) illustrent bien, à mon avis, cette position : ici l’art n’est pas spontané, mais il naît d’un cheminement intellectuel qui s’appuie sur une grande maîtrise technique.

À l’inverse, certaines productions dites primitives, et pourtant géniales, donnent à penser que la réalisation d’œuvres d’art ne requiert pas de culture artistique.

 Les paris sont ouverts.

Pierre Suze

Pour en savoir plus sur l’Art Brut :

  • Laurent Danchin, Art Brut, L’Instinct créateur, Paris, Gallimard, 2006 – Collection Découvertes
  • www.art-singulier.fr

Les prochaines expos :

Et si votre 1er grand cru classé n’en était pas un ?

Vendredi 20 janvier 2012

Le code à bulles, la carte d'identité des châteaux prestigieux

Imaginez un instant que les plus belles références de votre cave ne soient en fait que des faux, des flacons remplis de piquette jusqu’au col… Un cauchemar devenu réalité pour bien des amateurs.

Saviez-vous par exemple qu’en Chine on trouve sur le marché plus de Lafite Rothschild 1982 qu’il n’en a jamais été produit cette année-là ? Que les poubelles des grands restaurants sont régulièrement fouillées et que les bouteilles prestigieuses qu’on y trouve sont réutilisées pour recevoir les alcools les plus basiques, puis revendues à des prix stratosphériques ?

Vins de contrefaçon : comment parer les mauvais coups ?

Rien de plus simple : munissez-vous de votre Smartphone, vous pourrez ainsi accéder à toutes les informations relatives à l’authenticité du vin que vous êtes sur le point d’acheter.

Une fiction, dites-vous ? Pas du tout : en raison de l’augmentation constante de fraudes sur le marché du vin (reportage – journal de 13H – TF1), et ce particulièrement dans les pays d’Asie, de plus en plus de producteurs cherchent à rendre impossible la contrefaçon ou le re-remplissage de leurs bouteilles.

Parmi les solutions retenues, il en est une qui consiste à pourvoir chacune des bouteilles qui sortent d’un domaine ou d’un château avec une étiquette – un peu particulière – qui fait office à la fois de carte d’identité et de scellé.

Et c’est avec un simple Smartphone que vous pouvez vérifier l’authenticité du flacon !

En pratique, comment ça marche ?

Qu’il s’agisse de la technologie Code à BullesTM utilisée par Prooftag (Novatec), du sceau VOA First du bureau d’études Chrométic ou d’autres encore, l’idée est d’apposer, sur la capsule de chaque bouteille, une empreinte unique, impossible à reproduire et qui se détériore dès lors que vous l’ouvrez.

Pour vérifier l’authenticité de la bouteille, il suffit de scanner, avec un Smartphone, le QR Code qui figure sur le scellé (à côté de l’empreinte) et de comparer avec les informations qui vous sont alors envoyées.

De plus en plus de noms prestigieux adhèrent désormais à ces systèmes anti-fraude, château Palmer en tête : toutes leurs bouteilles, à compter du millésime 2009, bénéficient du Code à BullesTM.

Une bonne nouvelle pour les acheteurs-investisseurs-consommateurs que nous sommes ! Et de nouvelles perspectives aussi, y compris la possibilité d’acheter aux enchères sans se poser trop de questions. Sur des millésimes plus anciens, en revanche, la certification est plus délicate à obtenir. D’où l’importance de choisir des fournisseurs de confiance en écartant, peut-être, les sites de vente en ligne entre particuliers : rappelons qu’en novembre dernier, un couple de retraités du Jura a été condamné à huit mois de prison avec sursis pour avoir écoulé 300 000 bouteilles de vin pétillant sous l’appellation “champagne”.

 

Pierre Suze

La note ne fait pas tout

Vendredi 13 janvier 2012

Une grappe arrivée à maturité (photo Pierre Suze)

Parmi tous les indicateurs retenus par les consommateurs, mais aussi les investisseurs, comptent les classements et notations. On note, évalue, compare tout : c’est un travers humain. Je m’y attarde un instant. Dans un article intitulé « Mystery of the €60 Château de Beaucastel  » (édition du samedi 7 janvier 2012 de l’International Herald Tribune), Eric Pfanner relance habilement le débat sur la pertinence des notes attribuées aux vins.

Illustrant son propos avec une anecdote personnelle qui implique le célèbre critique Robert Parker, Pfanner s’interroge sur la cohérence de ce système susceptible de modifier la note d’un vin en cours de maturation avant même qu’il ne soit prêt à boire. Pour conclure par un “oui” aux notes, à condition de ne pas s’y accrocher aveuglément.

Pfanner a mille fois raison. Notamment lorsqu’il pointe du doigt les dérives que ces bons ou mauvais points engendrent : le cours des vins suit désormais très largement l’appréciation chiffrée qui leur est donnée. Au point, dit-on même, que certains vignerons tenteraient d’élaborer leur vin en fonction du goût des critiques à qui ils le soumettent… (vraiment ? Quelle maîtrise !)

Mais au fond, que reproche-t-on à Parker et aux autres critiques influents ? D’avoir rendu plus précises les évaluations qui consistaient autrefois à donner une, deux, trois ou quatre étoiles à une région tout entière en s’appuyant seulement sur les conditions climatiques de l’année ? « Bordeaux rouge 2005 : 4 étoiles ». Un peu approximatif, non ? Surtout quand on sait que deux parcelles distantes de seulement quelques centaines de mètres peuvent avoir subi un sort très différent l’une de l’autre (la première aura été ravagée par un épisode de grêle, tandis que la seconde aura été totalement épargnée…)

Pas la faute des critiques

Ce ne sont pas les critiques qu’il faut blâmer, mais le crédit total et dénué de discernement que l’on donne à leur verdict. C’est nous et nous seuls qui nous soumettons à la dictature des notes. Lorsque vous achetez une voiture, faites-vous aveuglément confiance au journaliste qui lui a attribué 19/20 ? N’allez-vous pas quand même l’essayer, vous renseigner autour de vous et lire d’autres avis ?
Bref : ne sommes-nous pas en train d’assassiner injustement les évaluations chiffrées au prétexte que nous leur accordons trop d’importance ?

La note d’un vin doit être considérée comme un indicateur parmi d’autres, y compris pour les spéculateurs qui, s’ils encouragent ce système de la note omnipotente, subiront certainement de grosses déconvenues d’ici quelques années. C’est un commencement d’information, pas une sanction.

“Keep calm and carry on”, comme le suggérait le gouvernement anglais pendant la 2ème guerre mondiale. Cette attitude mesurée peut s’appliquer également à des univers très différents. Par exemple aux “ratings” attribués par les agences de notation, qui affolent la planète. Enfin -c’est un tout autre sujet- mais finalement, ne voyez vous pas un lien avec des éléments du quotidien…? Par exemple le carnet de notes que vous rapporte votre enfant après l’école (là encore, les détracteurs se multiplient, mais au nom de quoi ?). Ce n’est pas parce qu’il a eu un 8 en maths qu’il est perdu pour la science.

 

Pierre Suze

En 2012, si on n’achetait que du beau ?

Mardi 3 janvier 2012

Le célèbre "leaping cat", sur les anciennes Jaguar (photo Pierre Suze)

Une fois les fêtes de fin d’année terminées, vient le temps des vœux («et surtout, bonne santé hein ?!») et des bonnes résolutions : inscription au club de gym du quartier, achat d’une boîte de patchs à la pharmacie, lecture assidue de la méthode Dunkan…bref, rien de très excitant.

Et si, pour 2012, on relevait un vrai défi : celui d’acheter moins pour acheter mieux ? Autrement dit de tourner le dos à tout ce qui est jetable, éphémère, approximatif, cheap et laid pour ne se concentrer que sur de beaux et bons produits. De la race de ceux qui se transmettent de génération en génération ou qui garnissent les catalogues de ventes aux enchères : une belle montre, un beau meuble, un sac en cuir véritable, une vieille édition de livres dont la tranche est dorée à l’or fin…

Pourquoi acheter du beau ?

Pour au moins 3 raisons.

Tout d’abord, nous ferons du bien à notre porte-monnaie en bridant un peu cette tendance -somme toute assez récente- qui consiste à consommer pour consommer.

Ensuite, notre achat – raisonné et documenté – se montrera peut-être un jour digne d’être qualifié de bon investissement.

Enfin, nous montrerons ainsi du doigt, indirectement, l’obsolescence programmée de certains produits (confère le documentaire «prêt à jeter», qui sera diffusé sur Arte, le 24 janvier prochain à 20h35). Et, accessoirement, nous ferons du bien à la planète, en lui laissant le temps de souffler entre deux impulsions d’achat.

Dans son édition du 30 décembre, Le Figaro titrait  Le beau ne connaît pas la crise et nous expliquait que 2011, pourtant connue comme étant l’année la plus noire depuis des décennies, fut particulièrement faste pour le commerce de bijoux, de voitures anciennes, de montres de luxe…

Certes, la notion de beau est au moins partiellement subjective. Mais la qualité, la fiabilité et l’authenticité sont, elles, des caractéristiques objectives qu’il est intéressant d’essayer d’appréhender, dans quelque domaine que ce soit.

Pierre Suze