Le “marché” juteux des tirages photographiques

The Pond Moonlight (1906), d'Edward Steichen, l'une des dix photos les plus chères du Monde

4,3 millions de dollars, c’est le prix record qu’a atteint une photo d’Andreas Gursky (Rhein II, 1999) lors d’une vente aux enchères chez Christie’s, à New York, le 8 novembre dernier.

Une somme étourdissante, qui  ne constitue pourtant pas un événement isolé. Régulièrement, des photos d’art dépassent le million, comme «The Pond-Moonlight» (1904) du génial Edward Steichen* vendue 2,9 millions de dollars en 2006.

Pourtant, il aura fallu attendre la fin des années 60 pour que se développe un « marché » des tirages photographiques (cf l’article de Nathalie Moureau et Dominique Sagot-Duvauroux intitulé « la construction du marché des tirages photographiques » paru en septembre 2008 dans la revue semestrielle ‘Etudes photographiques’).

Dès lors, les galeries et les foires d’art contemporain dédiées au 8ème art se multiplient. En France, la galerie Agathe Gaillard, qui ouvre ses portes dans le quartier du Marais à Paris, fait office de pionnière. Selon les propres mots de sa créatrice « l’idée était de créer (…) quelque chose de spécifique, adaptée à un art nouveau et une manière de collectionner nouvelle ».

Aujourd’hui, la reconnaissance de la photographie d’art comme œuvre à part entière –justifiant donc l’existence de transactions à 6 zéros- ne semble plus remise en cause. En témoigne le succès grandissant de Paris Photo, un salon d’art dédié à la photographie devenu en une quinzaine d’années LE rendez-vous international incontournable de la photo (si vous ne connaissiez pas, il faudra patienter un an, c’était le week-end dernier…). En témoigne aussi la fréquentation grandissante des expos photos (en ce moment, Diane Arbus, au Jeu de Paume, c’est ‘the exhibition to be’).

La photo, un placement juteux ?

Oui, à n’en pas douter. Encore faut-il, comme pour toute forme d’art, distinguer l’œuvre de l’imposture. Un exercice qui peut paraitre difficile de prime abord, mais qui n’est pas insurmontable : si le marché des tirages photos a pris son essor il y a une quarantaine d’années, c’est précisément parce que des critères officiels de qualité ont été établis à cette époque, puis affinés par la suite. La notion d’originalité a notamment été définie : unicité, authenticité, innovation.

Par ailleurs, des règles de classification des images en fonction de leur degré de rareté ont été instaurées (la photo étant théoriquement multipliable indéfiniment). On distingue ainsi le tirage « vintage », contemporain à la prise de vue et exécuté par le photographe ou du moins sous son contrôle, du tirage original, fait à partir du négatif d’origine par le photographe mais postérieurement. Viennent ensuite le retirage, effectué après la mort de l’auteur à partir du négatif original, et le contretype, obtenu à partir d’une épreuve photographique re-photographiée.

Sont également prises en compte dans l’estimation d’une photo : la destination du tirage (épreuve de lecture, tirage définitif…), la signature de l’auteur et la numérotation.

Après, c’est une petite dose de flair qui fera la différence. Réagissant (positivement) à la vente record de chez Christie’s, Pierre Cornette de Saint Cyr confiait cette semaine sur le site Atlantico.fr : «j’ai acheté au début des rayogrammes de Man Ray à cent euros, certains ont trouvé preneur à un million !»

Pierre Suze

* Steichen est connu notamment  pour avoir créé The Family of Man en 1953, une grande exposition au Musée d’Art Moderne de New York, présentant plus de 500 photos de 273 photographes.

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