Archive pour octobre 2011

Voiture de collection : l’heure des choix

Mercredi 26 octobre 2011

voiture-collection-choisirChaque fois que je fais part à mon garagiste de la découverte d’une nouvelle flaque visqueuse à l’endroit où je stationne ma voiture, il me répond : «une Jaguar qui ne fuit pas, c’est une Jaguar qui n’a plus d’huile». J’admire sa décontraction, que je m’explique aussi par le fait que c’est lui qui présente les factures et moi qui m’en acquitte (sans même bouger un cil, flegme britannique oblige).

Je me félicite néanmoins d’avoir su dénicher une old lady somme toute très fiable : pas de mystère là-dedans, il faut juste inspecter scrupuleusement une voiture avant de l’acheter. Voici quelques conseils de bon sens pour ceux qui  souhaitent posséder une voiture de collection.

Les indices sur sa santé réelle sont nombreux :

  • des traces de peinture sur les plastiques extérieurs ou un mauvais alignement des portières signent souvent l’intervention d’un carrossier ;
  • une usure irrégulière des pneus révèle, 9 fois sur 10, un défaut dans le parallélisme des roues ;
  • une huile moteur très noire indique à coup sûr un entretien approximatif ;
  • une fumée d’échappement bleue, c’est que la voiture consomme de l’huile ;
  • une fumée noire, la combustion n’est pas bonne ;
  • une fumée blanche (à chaud), il y a de l’eau dans les gaz…

Quelques gestes simples pour en savoir plus :

  • retirez le bouchon de remplissage d’huile lorsque le moteur tourne, pour tester son taux de compression. S’il s’étouffe rapidement, c’est bon signe. Attention, si vous apercevez une sorte de mayonnaise sur ce bouchon, cela veut dire que le joint de culasse est mort.
  • Sur la carrosserie, traquez les zones de masticage, à l’aide d’un aimant.
  • N’hésitez pas à soulever les tapis pour vérifier les planchers : une simple fuite de radiateur de chauffage peut les corroder en quelques mois.
  • Et surtout, essayez la voiture sur une voie dégagée afin de vous rendre compte de son comportement : lâchez le volant, freinez fort, écoutez les bruits de boîte…(pas tout à la fois !)

Bref, montrez-vous exigeant.

Christophe, un collectionneur averti, m’a confié cette semaine qu’il réussissait ses achats, parce qu’il ‘potassait’ en amont les caractéristiques du modèle convoité. « Ça permet d’aller directement aux faiblesses répertoriées pour chaque auto : sur une DS, la suspension hydropneumatique est fréquemment inopérante ; sur une Coccinelle, les longerons sont souvent dégradés par le système de chauffage qui les traverse ; sur une Alpine 110 ou 1300, le châssis-poutre est souvent attaqué… ».

S’il est vrai que la Revue Technique Automobile pourrait vite devenir votre livre de chevet, sachez néanmoins qu’on trouve sur le marché des voitures saines et que (je le redis) l’automobile de collection peut s’avérer être un placement juteux.

Pierre Suze

Copytights : _guu_ sur Flickr

Voiture de collection : impasse ou voie royale ?

Mercredi 19 octobre 2011

investir-voiture-collectionCe week-end, je suis allé voir Drive au cinéma, un film noir réalisé par le danois Nicolas Winding Refn (décidément, ces gens-là sont doués pour le 7e art).
Drive, c’est l’histoire d’un jeune homme (interprété par l’excellent Ryan Gosling), qui utilise ses talents de pilote pour réaliser des cascades mais aussi pour aider les malfrats à déguerpir après un braquage. Sa rencontre avec Irène (la pétillante Carey Mulligan) et son fils Benicio va à la fois embellir sa vie et terriblement la compliquer. Les images sont somptueuses, et même si les voitures n’ont finalement qu’un second rôle dans cette histoire, vous sortez de la salle avec une envie pressante : abandonner votre Kangoo pour une auto un peu hors normes.

Les véhicules modernes dignes d’intérêt étant hors de prix, pourquoi ne pas s’orienter vers une voiture de collection ?
Bien sûr, elles aussi peuvent crever les plafonds en termes de budget. Confère la célèbre collection du non moins célèbre Ralph Lauren, exposée l’été dernier au musée des arts décoratifs à Paris, à voir et à écouter sur ralphlaurencarcollection.com
Bien sûr, vous aurez toujours des rabat-joie pour vous dire que les anciennes, c’est un gouffre, qu’elles ne sont pas fiables, etc., etc.

Pourtant, il est possible de se faire plaisir sans se ruiner, et même de rouler quotidiennement avec l’élue de son cœur.

Le tout est de bien préparer son achat. Après une phase d’apprentissage qui consistera à mieux appréhender ce monde parallèle en vous abonnant à La Vie de l’Auto, à Rétroviseur et à Youngtimers (le magazine consacré aux jeunes anciennes), en allant jeter un œil régulier sur les sites qui font autorité en la matière (collectionneur.net, auto-collection.org…), vous devrez vous poser trois questions incontournables avant de passer à l’acte :

Quel budget suis-je prêt à consacrer à ma nouvelle passion ?

Celui-ci doit comprendre le prix d’achat, les formalités administratives (plus lourdes s’il s’agit d’un véhicule d’importation), l’entretien et l’assurance. La marque et le modèle choisis influeront évidemment sur ces 4 postes de dépense. Renseignez-vous avant de vous lancer : l’auto est-elle réputée fiable ? Quelle est sa consommation moyenne ? Les pièces de rechange sont-elles onéreuses ? Faciles à trouver ?

Comment vais-je assurer l’entretien ?

Si vous avez suffisamment d’espace et de connaissances pour réaliser l’entretien courant vous-même (vidange, plaquettes, disques…), c’est déjà un bon début. Dans le cas contraire, profitez du bouche à oreilles pour trouver LE garagiste qui ne vous mettra pas un coup de massue à chaque visite. Si, si, ça existe.

Une collection, pour quel usage ?

Paradoxalement, plus vous roulez, moins vous risquez d’ennuis mécaniques. Je ne parle pas de faire Pampelune-Barcelone en plein été, par 45 °C (oui, j’avoue, j’ai cru ce jour-là que ma petite anglaise n’encaisserait pas le choc), mais d’une utilisation régulière sur de petits trajets, ‘en bon père de famille’comme on dit en Droit français.

Donc si c’est pour la laisser dans une grange avec 800 % d’humidité, oubliez tout ce que vous venez de lire. Dans le cas contraire, vous êtes prêt. Du coup, je vous dirai la semaine prochaine comment faire son choix

Pierre Suze

Copytights : marcovdz sur Flickr

Achat de vin en ligne : bonnes affaires garanties ?

Jeudi 13 octobre 2011

achat-vin-ligne-bonnes-affairesgarantiesIl y a longtemps que la vente en ligne n’est plus un phénomène marginal. Y compris pour les vins (près de 450 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2010). Internet signe-t-il la fin des circuits de distribution classiques ?

D’emblée, la réponse est non. Tous ceux pour qui l’acte d’achat est un plaisir en soi, ceux pour qui discuter avec son caviste est une démarche agréable, ceux qui aiment flâner entre les rayons… tous ceux-là doivent continuer à ignorer l’e-commerce, pas des plus sexy, quitte à payer quelques euros de plus.

Pour les autres, la question est de savoir comment s’y retrouver face à la multiplicité des sites et des offres. Proposer un classement pourrait s’avérer compliqué, compte tenu des spécificités de chacun et de leur diversité structurelle (les pure players* et les autres). Le mieux, c’est d’en choisir 4 ou 5, de s’abonner aux newsletters et, au fil du temps, de voir lesquels correspondent le plus à son profil d’acheteur.

Chateaunet.com, par exemple, est un très bon site d’initiation. La sélection y est excellente. On y trouve des grands vins, mais aussi des vins faciles à boire : le Bordeaux de Maucaillou, aux alentours de 5 euros, ou la chapelle de Potensac, dans les 9 euros, sont des rapports qualité/prix difficiles à battre. Ceux qui préfèrent acheter des flacons à l’unité pour découvrir une région ou un vigneron peuvent s’orienter vers caveprivee.com (racheté récemment par 1855.com) Ce marchand propose des produits parfois difficiles à trouver dans le commerce, tout en maintenant les prix attractifs du web. Pour éviter les frais de livraison, il y a même un point de retrait à côté du cimetière du Montparnasse, à Paris.

Les habitués de Drouot prendront sans doute plaisir à suivre les enchères sur idealwine.com (une autre façon d’investir dans le vin, nous y reviendrons). Prix attractifs et indication de la cote des vins.

Mention spéciale pour la contre-étiquette (ex ochato), mon préféré pour 3 raisons :

  1. la qualité des vins proposés (je leur serai éternellement reconnaissant de m’avoir fait découvrir le Saint-Véran  des Bret Brothers, climat ‘côte-rôtie’ –une merveille-, ainsi que le pic saint-loup de Granier, ‘les grandes costes’)
  2. l’amabilité de l’équipe qui se cache derrière ce site (boutique rue Sainte-Marthe dans le 10ème)
  3. les dégustations du jeudi soir, pas virtuelles celles-là.

Vous l’aurez compris, acheter en ligne est un sport chronophage qui implique une veille quasi-permanente. Lorsque vous doutez de l’intérêt d’une offre, vérifiez les prix du marché grâce aux comparateurs en ligne type Twenga. Parfois, cela peut vous mener jusqu’en Allemagne (televino.de). Attention, vous êtes en passe de quitter le statut de simple amateur.

A consulter également : wineandco.com, ventealapropriete.com, millesima.fr, chateauprimeur

Pierre Suze

*société exerçant ses activités uniquement sur Internet

Copyrights : jean-louis zimmermann sur Flickr

Sauternes : vers une flambée des prix ?

Mardi 4 octobre 2011

sauternes_une_flambee_des_prixS’il y a une valeur à surveiller de près dans le vin, parce qu’elle n’a pas encore atteint les sommets de la déraison (les grands vins de Bordeaux sont-ils devenus fous ?’ – La Dépêche 11 juillet 2011), contrairement à ses petits camarades du Médoc, de Pomerol ou de Saint-Emilion, c’est celle des Sauternes. Or, ce répit pourrait être de courte durée, et cela, principalement pour trois raisons :

1/ depuis quelques années, les grandes maisons de Sauternes redoublent d’ingéniosité pour promouvoir leur vin et vulgariser sa consommation. Pour preuve, la mise sur le marché par le château d’Arche d’un flacon de 10 cl à destination des boîtes de nuit ; ou encore le lancement d’un «Virgin Sauternes» - prêt à boire - par le château de Rayne Vigneau.

Cette stratégie marketing, très bien illustrée par le site www.sweetbordeaux.com, pourrait rapidement faire grimper la demande et donc, mécaniquement, les prix.

Une chose en entraînant une autre….

2 / les gourmets sont de plus en plus nombreux à oser associer le roi des vins moelleux avec d’autres mets que le traditionnel foie gras. Débouchez une vieille bouteille de Suduiraut, en apéritif, avec des petits toasts au bleu d’Auvergne ou encore sur un bon tajine, et c’est un nouveau monde qui s’ouvrira à vous !

Bérénice Lurton, de château Climens, suggère par exemple de déguster son vin avec des gambas façon thaïe.  Laure Planty, de château Guiraud propose quant à elle un ris de veau…Les déclinaisons sont multiples !

3 /  la troisième raison, et sans doute la plus importante, est que le Sauternes est désormais officiellement consommable en Chine, alors qu’il y a encore un an, les autorités prohibaient son importation au motif que la quantité de sulfites par litre de vin était supérieure à 250 mg, la limite arbitraire de l’époque. La première destination à l’export des vins de Bordeaux va sans aucun doute bouleverser le cours des vins de Sauternes, au moins des grands crus.

Aussi, n’hésitez pas à vous ruer sur les grands noms de l’appellation (Yquem bien sûr, mais aussi Climens, Rabaud Promis, Suduiraut, Guiraud, Rayne Vigneau, Arche) et sur les grandes années 2007, 2009.

D’ici peu, ce nectar pourrait bien être réservé à une élite. Pour ma part, j’ai misé sur du Yquem 2004 à 155 euros, lors de la foire aux vins de septembre. Avec en tête de le revendre d’ici 10 ans. L’avenir me dira si j’ai eu raison. Et s’il me donne tort, ce que j’espère secrètement, je me verrai dans l’obligation de boire ces bouteilles sans grande valeur marchande…

Pierre Suze

Copyrights : Megan Mallen sur Flickr