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Investir dans la presse en ligne

Jeudi 13 octobre 2011

La venue d’Arianna Huffington à Paris, pour livrer sa “leçon de journalisme” au CFJ (l’école de la rue du Louvre) et surtout conclure le lancement du Huffington Post France, est l’occasion de réfléchir. Pour se demander, outre les déclarations de guerre, les stratégies des uns et autres acteurs, si… la presse en ligne est un bon secteur pour y investir son argent ? Et partant de là, comment le faire concrètement ?

Globalement, le marché est très secoué dernièrement, par plusieurs phénomènes combinés :

  • baisse des lecteurs et consommateurs “classiques”, payants, sur les écrans traditionnels des médias : achat de journaux imprimés notamment… Ce qui fragilise les projets dits de “new media”, quand ils sont portés par des groupes installés, plus anciens et pluri-activités;
  • économie commando des projets montés uniquement sur le web (on les nomme les “pure players“), avec de petits moyens, de petites équipes, un modèle souvent fragile;
  • concurrence des réseaux sociaux devenus de véritables “médias sociaux”, proposant contenus et interactivité;

A fin 2010, la situation était décrite comme pas encore brillante par Lexpress.fr, pour qui il s’agit d’une “nouvelle presse mais de vieilles recettes“. Grosso modo, les partenariats de contenus (revente à d’autres marques sur le web), les activités annexes (formation web notamment), les applications innovantes (déclinaison pour iPad par exemple) doivent permettre de diversifier les revenus et stabiliser les projets. Mais c’est loin d’être sûr. D’ailleurs, le scope de ce que l’on a appelé à un moment les “pure players de la presse“, tel que fixé en 2009, a changé depuis : deux projets français (Bakchich et E24) ont stoppé leur développement. Et LePost, pour reparler de lui, lancé par Le Monde sera justement dilué dans le Huffington Post français…

Globalement aussi, le secteur est plutôt animé par de gros investisseurs, injectant des lignes financières conséquentes, souvent pour essuyer des situations de dettes ou nourrir des plans de relance… Il n’existe pas non plus, comme pour le cinéma avec le dispositif de défiscalisation Sofica, de produits d’investissement dédié à la presse. Ceci donc laisse peu de place à de petits investisseurs et épargnants, à part quelques projets spécifiques, qui se sont organisés dans l’idée de s’appuyer sur les “petits souscripteurs”.

Y investir, pour le petit épargnant ?

Quelles sont les façons d’investir néanmoins dans ce secteur, sur des projets pertinents, quand on est ni une banque ni un industriel ? Il s’agit en fait du modèle du souscripteur/mécène, mobilisé entre autres sur sa citoyenneté et son envie de participer à une aventure web. Quelques exemples :

  • le mur Rue89.com : ce mur contributeur du projet monté par des anciens de Libération, permet de le soutenir en s’affichant de façon dynamique. Les “briques” proposées coûtent de 15 à 349 euros;
  • l’abonné Mediapart : le site d’Edwy Plenel, propose un contenu en ligne payant, avec un abonnement mensuel de 9 euros par mois; c’est une vraie différence avec l’ensemble de la presse en ligne (plutôt gratuite), qui a fait d’ailleurs depuis évoluer les lignes de frontières, sur d’autres médias.

Sachez qu’il existe aussi le Spiil (syndicat de la presse en ligne), représentant tous ces acteurs. Il organise notamment le 18 novembre prochain uneJournée de la presse en ligne. Je le questionne dans la foulée, pour savoir si des dispositifs de placement dédiés aux investisseurs sont réfléchis pour l’avenir proche. Je vous tiendrai au courant du retour.

[MaJ 28 octobre 2011 :] j’ai reçu hier, suite à ma sollicitation, une réponse du Spiil en la personne de Laurent Mauriac, son vice-président et par ailleurs DG du site de presse en ligne Rue89. Voici ses éléments de réponse :

“Il n’y a rien à notre connaissance de spécifique s’agissant des investissements dans les entreprises de presse en ligne. En revanche, les dispositions permettant à la presse de bénéficier de dons éligibles aux dispositions fiscales du mécénat ont été élargies à la presse en ligne.”