Archive pour le mot-clef ‘économie’

La pollinisation techno-économique, comme les abeilles

Lundi 12 septembre 2011

La pollinisation techno-économique Dans une interview au magazine Télérama, l’économiste Yann Moulier Boutang développe une intéressante analyse du développement des économies modernes. Plus précisément sur le rôle et l’impact des nouvelles technologies, de l’internet et des réseaux sociaux : des “outils”, des secteurs dont on a eu un peu de mal, ces dernières années, à les rattacher justement à une vision positive de la croissance. La crise des “dotcoms” est passée par là, et de toute façon l’absence de modèle économique durable perdure… Au point qu’on parle régulièrement de “bulle 2.0“, comme d’un risque imminent.

Pour Moulier Boutang, il s’agit en fait de “pollinisation”, se déroulant comme chez les abeilles :

“L’interdépendance mondiale est comparable à l’opération qu’effectuent les abeilles, qui ne se contentent pas de produire du miel et de la cire, mais fécondent la nature en transportant le pollen de fleur en fleur. Or, [...] la pollinisation des abeilles représentait entre 790 fois et 1 000 fois la valeur de leur production en miel et cire”.

Et d’enfoncer le clou pour définir l’économie virtuelle et contemporaine au mieux : “Ce qui a de la valeur désormais, ce sont les opérations d’interaction complexe entre les gens. L’économie d’innovation repose sur cette ‘pollinisation’ humaine.“, qui passe par internet et les réseaux sociaux.

Son exemple le plus représentatif  ? Il est puisé naturellement, sans doute pour un “macophile”… C’est en effet l’américain Apple qui incarnerait pour l’économiste, cette pollinisation techno-économique, au passage des formidables valorisations boursières de la high tech :

“Il s’est passé le mois dernier un événement qui restera dans les livres d’histoire : une entreprise d’informatique, Apple, avec 330 milliards de dollars, a dépassé la capitalisation boursière d’Exxon, première compagnie pétrolière mondiale. Apple l’a fait avec des ordinateurs, mais aussi avec le développement d’« éco-systèmes ». [avec] des développeurs, des valeurs d’entreprise, de la marque, de l’organisation sociale [...]“.

Certes Apple est un univers en soi, et c’est même un objectif mercantile chez lui. On pourrait objecter à l’économiste que cette pollinisation joue sans doute encore plus dans l’ADN de l’informatique open source par exemple, ou dans le concept de cloud computing qui l’a suivi. Réseaux, inter-connexions, rapidité de travail, etc.

De l’abeille à l’homme ?

A noter que cette approche théorique n’est pas toute neuve, chez l’économiste. Qui lui a consacré un essai sur la question, au printemps 2010 : “L’abeille et l’économiste“. Et si l’on prolonge la métaphore animalière, il serait intéressant de poser quelques questions complémentaires :

  • qui jouent le rôle des frelons, des guêpes ? ;-) Le monde des abeilles n’est pas tout de miel et de douceur. Il suffit de revoir les actualités estivales sur le frelon asiatique, pour le mesurer…
  • comment appréhender les questions d’obsolescence voire de rupture technologique ? voire à considérer que des écosystèmes entiers peuvent devenir caduques, y compris en informatique et sur le web;
  • la pollinisation peut-elle durablement être une économie, de création de valeurs marchandes et d’emploi ?

L’économie du “qui vous suit” sur Twitter et les réseaux

Mardi 23 août 2011

Qui ne vous suit pas sur Twitter“. Ces quelques mots génère 52 millions de pages sur Google, en français. Et même 306 millions de pages, dans la version anglaise de la question : “Who doesn’t follow me on Twitter” ! Quelques requêtes que l’on lance avec les mots clés, on tombe sur des résultats à plusieurs dizaines de millions de pages…

Qui suit sur Twitter, une économieCes chiffres révèlent à eux seuls le poids que prend dans la pratique du web et des réseaux sociaux, la connexion inter-personnelle et surtout le poids des réseaux. En effet, le taux d’influence ne se résume pas seulement au nombre de personnes qui s’abonnent à votre compte, mais aussi à un ratio entre abonnés/abonnements, complété par l’analyse des interactions (en volume et récurrence).

T’as pas encore ton Klout ?

Ainsi, depuis cet été, on parle beaucoup sur Twitter et consorts de Klout. Non, ce n’est pas une nouvelle marque de bricolage au nom rigolo… Mais bien une nouvelle application de monitoring web et social media qui égrène, au fil de tweets et messages divers les chiffres de l’influence de tel ou tel compte. Par exemple, pour jouer le jeu, je peux vous indiquer que j’apparais (sur mon compte personnel @ldupin) ce jour sur Klout avec un score de 56. Le compte @BforBank, plus récent, s’y affiche un score de 42.

Klout après d’autres services qui ont fait parler d’eux, soulignent cette économie de l’influence et du réseau qui s’installe peu à peu. A tort ou à raison. Qu’on le veuille ou non, le poids d’un réseau de 10.000 “followers” est plus parlant qu’un “petit” réseau de 100… On commence notamment à la ressentir dans certains métiers du web, où les recruteurs recherchent les profils dotés des plus gros réseaux personnels. Pour pouvoir, très pragmatiquement, s’en servir dans leur propre marketing et leur stratégie.

Un marché à venir ?

Je pars un instant sur le terrain du blog Bourse, par ailleurs sur cette plateforme. A l’heure où l’on se cherche des “bassins de données”, des terrains innovants à monétiser ou titriser, verra t-on un jour un “marché” de l’influence, avec défilement de ses cotations phares, de ses stars et gadins ? Ou mieux (pire), les sociétés vont-elles être influencées dans leur cotation boursière par… l”influence qu’elles génèrent justement ? Certains traders en parlaient en fin 2010, j’avais pu le constater par exemple sur le Salon du Trading. On a envisagé aussi de prédire la bourse grâce à Twitter. Mais tout ceci ‘était avant la crise financière de 2011… Peut être qu’un peu de “back to basics” va se jouer sur ce terrain, dans les prochains mois.

Mais soyons sûr qu’avant d’être un marché côté, l’économie du “qui vous suit sur Twitter” et ailleurs, est déjà un business. Pour les web agencies et éditeurs de logiciels en ligne occupant ce terrain.

“Diagnostic, pronostic, numérique”

Mercredi 23 février 2011

Je suis toujours admiratif des personnes capables de résumer des situations complexes aux “trois ou quatre notions clés”, aux “points essentiels” à retenir. Elles aident souvent à clarifier ce que d’autres se plaisent à masquer derrière l’écran fumeux du “c’est trop complexe”, ou du “c’est assez dense”. Argument qui leur permet trop souvent de cacher leurs propres incuries et limites…

Ce matin, sur les ondes d’Europe 1, on pouvait assister “live” à ce type d’exercice. Jean-Pierre Elkabbach recevait pour son interview Maurice Lévy, entre autres patron du groupe Publicis. Ce dernier intervenait pour aider à discerner ce que sera/serait l’année 2011, au regard des derniers évènements géo-politiques, économiques et technologiques.

Et pour l’annoncer, Elkabbach a eu cette formule très adaptée : “diagnostic, pronostic, numérique“. Un résumé limpide et concis qui correspond parfaitement à ce que le patron a expliqué par la suite. Un monde en plein mouvement sur le plan politique, dont l’économie se remet d’une période difficile et où les nouvelles technologies web auront et ont déjà un poids prépondérant.

Oh bien sûr, tout ceci n’est pas complètement innocent : Lévy a bien quelque chose à vendre sur les ondes, en l’espèce une nouvelle offre (Webformance) de Publicis, à destination des PME/TPE. Mais elle n’est pas dénuée d’exigence et de réalité, partant du fait que “2/3 des très petites entreprises [sont] absentes du net” (AFP). Fallait-il attendre 2011 pour s’en rendre compte et réagir? Moins sûr, le tableau est peint depuis plusieurs années déjà, avec un mauvaise gouache…

Trilogie… de l’épargnant en 2011?

Pour un peu, même si ce conseil se destinait principalement aux entrepreneurs et patrons, on pourrait aussi l’ouvrir à d’autres publics : comme les épargnants et investisseurs. Sachant qu’on peut être l’un et l’autre aussi ;-) Voici alors une sorte de discipline à avoir, pour prendre de bonnes décisions, trier les options, mieux s’organiser. On “diagnostique” tel marché ou tel produit; on tient compte des “pronostics“; on garde en tête (comme canal ou comme objet d’investissement) le monde “numérique“. Tout y est.

Question que je vous tourne donc chers lectrices et lecteurs : cette trilogie de l’année 2011 dessinée par M. Lévy, vous semble t-elle un bon prisme, en terme de gestion financière personnelle et de perception du contexte économique?

Pour prolonger : revoir le “Guide vidéo des marchés financiers 2011