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La longue déprime des Utilities (3/3)

Mercredi 4 avril 2012

L’univers des utilities en Europe n’est pas homogène et il a eu tendance à beaucoup évoluer ces dernières années sous le coup des changements réglementaires, de l’engouement pour les énergies renouvelables ou de la multiplications des opérations de fusions-acquisitions.

Malgré le sentiment globalement négatif des investisseurs à l’égard du secteur, il est possible de trouver des opportunités d’investissement, comme l’explique Suzanne Senellart, responsable de la gestion actions investissements durables de Natixis AM:

“Il faut distinguer au sein du secteur entre les utilities dites intégrées et les régulées. Les premières sont confrontées à une série de problèmes (renégociations des contrats d’approvisionnement en gaz, surcapacités de production d’électricité en Europe, absence de croissance) qui pèsent sur leurs marges. L’irruption des énergies renouvelables est également une source de difficultés car ces dernières sont prioritaires dans la fourniture d’électricité aux réseaux.
A contrario, dans la sphère des utilities régulées, on trouve des sociétés qui ont une bonne visibilité sur leur environnement : elles sont propriétaires de leurs actifs et leurs plans d’investissement sont validés par le régulateur local. Ceci leur donne un cadre clair et stable pour créer de la valeur avec des perspectives de rendement intéressantes.
Sur le plan boursier, les valeurs regulées se traitent en moyenne avec une légère prime ou sans prime sur la valeur d’actif. Ceci est pour le moins paradoxal au regard de leur capacité à créer de la valeur.”

Un sentiment que partage Pierre Nebout :

“Les investisseurs privilégient les actifs “purs” aux conglomérats et préfèrent jouer des véhicules simples, notamment lorsqu’ils sont exposés au dynamisme des marchés émergents plutôt qu’à des entreprises encore très dépendantes de leur marché domestique où la croissance est atone.”

Une perception qui évoluera avec la conjoncture

L’amélioration de la conjoncture ou la capacité de certains groupes à redresser rapidement leurs résultats pourrait également faire évoluer le sentiment du marché, comme l’expliquent Stéphane Taillepied et Arnaud Bourgoin (Amundi):

“Le sentiment du marché changera quand les investisseurs estimeront que les dividendes sont à un niveau soutenable, et auront une meilleure visibilité sur les bénéfices et les taux de distribution des sociétés.

De même, si la conjoncture s’améliore, le marché aura sans doute tendance à moins prêter d’attention au niveau d’endettement du secteur, qui reste élevé.”

Pour l’heure, le consensus fait preuve d’une certaine prudence. Selon les données compilées par IBES, la croissance des bénéfices par action dans le secteur en Europe serait de 5% cette année et de 6% l’an prochain contre 6% et 12% pour le Stoxx 600. Les anticipations en termes de dividende par action sont encore plus prudentes: +1% cette année et +3% en 2013 (contre +6% et +9% pour le Stoxx 600 respectivement).

La capacité à retrouver des rythmes de croissance organique plus soutenus jouera vraisemblablement un rôle déterminant dans la revalorisation boursière du secteur. Mais celle-ci dépendra en grande partie de l‘amélioration de la conjoncture.