Archive pour le mot-clef ‘Schneider Electric’

En Bourse, la sortie du nucléaire a déjà lieu

Mercredi 15 juin 2011

En Bourse, la sortie du nucléaire a déjà lieu. Plutôt que de chercher quel mix énergétique sera le bon pour sélectionner des titres, les investisseurs ont joué une autre thématique, celle des économies d’énergie. C’est l’un des meilleurs paris qu’il était possible de faire en Bourse face à la question du réchauffement climatique. Selon l’AIE, les économies d’énergie (ou l’efficacité énergétique des bâtiments, des transports) et une diversification plus grande du mix énergétique constituent les deux vecteurs de réduction des émissions de CO².

Les producteurs d’énergie face à un hiver nucléaire

Pour EDF et Areva, “l’hiver nucléaire” a déjà lieu dans les portefeuilles des investisseurs. EDF cote 20% en dessous de son cours d’introduction en Bourse fin 2005. Sa capitalisation boursière a fondu de 13% depuis le début de l’année et de 56% sur trois ans, preuve que les problèmes de l’électricien dépassent très largement la question de la sûreté de l’énergie atomique.

On peut certes mettre cette dégringolade boursière sur le dos de la crise financière. Mais il faut surtout regarder du côté des opérations dispendieuses en matière de croissance externe, menées au pire moment par la précédente équipe de direction. L’ambition 2020 du groupe va se traduire par d’importants investissements industriels (15-18 milliards d’euros par an selon les analystes de Citi), quand la moitié du profit brut opérationnel d’EDF (14 milliards par an) dépend des décisions du gouvernement sur les tarifs de l’électricité.

Areva, dont la patronne est en tournée pour son maintien à la tête du groupe nucléaire, voit son cours de Bourse plonger de 17% depuis la conversion de ses certificats d’investissement en actions.

Mais les problèmes du groupe datent de bien plus loin. L’incapacité du groupe à tenir ses objectifs financiers, des pertes récurrentes et une gestion peu efficace ont miné l’espoir des investisseurs de tenir un titre pour le long terme. Le marché a du mal à croire Mme Lauvergeon lorsqu’elle promet de belles surprises pour la fin du mois de juin (date de présentation de « nouvelles perspectives 2011-2012 »).

Belle envolée de Schneider Electric, Saint-Gobain ou Imerys

Exit EDF et Areva, donc. Bienvenue à Schneider Electric, Saint-Gobain ou Imerys. Sur un an, ces sociétés ont vu leur cours de Bourse progresser de respectivement 24% pour les deux premiers et de 14% pour le troisième. Chacune à sa manière a fait le choix des économies d’énergie ou de la sécurité d’approvisionnement : dans les usines, les réseaux d’énergie et de données pour Schneider ; dans l’habitat pour Saint-Gobain ; dans la construction pour Imerys.

Les bâtiments représentent 38% de l’énergie consommée aujourd’hui dans le monde (source : HSBC). En proposant des solutions soit pour mieux utiliser l’énergie, mieux la gérer, ces groupes sont positionnés sur l’un des segments les plus porteurs de leur industrie, qui touche à la fois les pays développés et les marchés émergents.

Si l’on ajoute le caractère cyclique de ces entreprises et des positions concurrentielles souvent très bien établies, on se retrouve avec des sociétés offrant une assez bonne visibilité sur leurs cash-flows futurs, ce qui leur permet d’investir en croissance organique et en acquisitions, tout en traitant de manière correcte leurs actionnaires.

Ces qualités intrinsèques se retrouvent dans des cours de Bourse bien orientés, et des ratios de valorisation parfois exigeants (Schneider affiche un PER de 15x pour une croissance bénéficiaire de l’ordre de 9-10% et un rendement du dividende de 3-3,5%), mais justifiés.

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Crédits photos : Vincent Desjardins sur Flickr

Schneider : la marge de sûreté est épuisée

Vendredi 18 février 2011

Le groupe Schneider est l’un des rares à être sorti de la crise financière plus grand et plus solide qu’il n’y était entré. Cette situation favorable est en grande partie intégrée dans le cours de Bourse, et n’autorise guère le moindre a-coup ou la moindre déception sur les prochaines publications de résultats (ce que nous appelons la marge de sûreté).

Le spécialiste de l’équipement électrique récolte les fruits d’une stratégie bâtie patiemment et intelligemment, visant à le positionner sur des marchés dynamiques comme les économies d’énergie ou les centres de données. Depuis 2004, le chiffre d’affaires du groupe a ainsi progressé de 11,2% par an en moyenne et son résultat d’exploitation a cru de 14,7%.

Cette stratégie a été en outre renforcée par des acquisitions astucieuses et souvent payées de manière raisonnable. Elle explique en grande partie la capacité du groupe à redresser rapidement ses résultats en phase de sortie de récession, ainsi que le net rebond du titre (+56% sur un an). Schneider affiche ainsi une capitalisation boursière de plus de 30 milliards d’euros.

Le groupe affiche désormais des niveaux de valorisation plus tendus. Sur la base d’une valorisation par actualisation des flux de trésorerie, la valeur intrinsèque du titre peut être estimée à 109 euros environ. En prenant en compte un multiple d’EBIT, approche utilisée par de nombreux analystes financiers, l’action se traite entre 10 et 11x le résultat d’exploitation prévu pour 2011 et 2012 (toujours sur la base de nos estimations, plus prudentes que le consensus), un niveau en ligne avec le multiple historique du titre (autour de 10x).

Marché très optimiste

Le marché est pour sa part très optimiste sur la croissance des résultats de Schneider, tablant pour 2012 sur un bénéfice par action de 9,53 euros (contre 6,59 euros en 2010), ce qui fait ressortir un multiple de bénéfice de 12,3x. Cet optimisme tient non seulement aux positions de leader sur des marchés comme la distribution électrique ou les économies d’énergie, mais également à l’exposition importante du groupe aux marchés émergents. Avec la reprise constatée dans les économies matures, Schneider retrouve deux leviers puissants de création de valeur.

Cette perspective est confirmée dans ce modèle de valorisation : la rentabilité des capitaux employés du groupe devrait s’élever de 13,5% en 2010 à 14,8% en 2012 (et 17% en 2015), pour un coût moyen pondéré du capital de 9,7%. Schneider conserve donc toutes les caractéristiques d’une valeur de fond de portefeuille, pour les investisseurs qui auront su repérer le titre lorsqu’il traitait sur des niveaux de valorisation plus bas. Pour les autres, c’est désormais une valeur difficile à rentrer en portefeuille, compte tenu d’une valorisation très généreuse attribuée par le marché.

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Cycles courts, cycles longs

Jeudi 18 novembre 2010

La sortie de récession n’a pas le même goût pour Schneider Electric et Alstom. Depuis un an, les deux fabricants d’équipement électrique connaissent un parcours très différencié en Bourse, reflet de choix stratégiques et de leur positionnement sur des cycles de marché opposés.

Fin 2009, les deux groupes s’associaient pour se partager l’activité Transmission & Distribution, cédée par Areva. Aujourd’hui, Jean-Pascal Tricoire, patron de Schneider Electric, peut se réjouir de voir le cours de Bourse de son groupe se rapprocher tranquillement des records atteints avant la crise (110 euros en juin 2007), avec un gain de 26% depuis le début de l’année. Face à lui, Patrick Kron doit faire la soupe à la grimace, le cours du groupe d’ingénierie spécialisé dans la génération d’électricité et le transport ferroviaire chutant de 32% au cours de la même période.

Deux parcours aussi différenciés pour deux fabricants de biens d’équipement peuvent surprendre. Ils ont une explication tout à faire rationnelle, qu’ont récemment exposée Naomie Rozenbaum et Daphné Millet, analystes financiers et ISR chez Groupama Asset Management.

Cette discrimination résulte notamment des positionnements stratégiques retenus par les deux groupes. Schneider, qui fabrique des équipements de basse et moyenne tension et des onduleurs, intervient sur des marchés où la base de clientèle est relativement morcelée, et où la taille des contrats est petite. Selon les experts de Groupama AM, cette situation confère au français un pouvoir de négociation significatif face à ses clients, lui permettant de maintenir voire d’augmenter ses prix, y compris dans les marchés émergents.

Avec la reprise, la croissance organique revient plus rapidement et entraîne favorablement les marges de la société. Sa marge opérationnelle devrait d’ailleurs retrouver, voire dépasser, les précédents hauts de cycle (15% en 2008) et ce dès 2012 si l’on en croit le consensus Thomson Reuters IBES. Le groupe profite également de son orientation vers les économies d’énergie, une thématique porteuse lorsque le cours des matières premières tend à progresser.

Pour Alstom, la situation est très différente : ses clients sont peu nombreux et la taille des contrats est significative. Sur les marchés émergents, Alstom a pu engranger d’importantes commandes lorsque les investissements de ses clients étaient soutenus. Avec la crise, les commandes des pays émergents ont ralenti, passant en gros de plus de 70 GW/an à 50 GW/an.

Alstom souffre en outre à la fois d’un positionnement sur des segments jugés moins porteurs (charbon), d’une taille insuffisante dans les énergies renouvelables, et d’une concurrence de plus en plus menaçante de la part d’acteurs – chinois pour l’essentiel – comme Shanghai Electric, Dongfang Electric ou Harbin Power Equipment.

Transferts de technologie et conséquences

Ces sociétés ont bénéficié au cours des 20 dernières années de transferts de technologie de compagnies occidentales (européennes ou nord-américaines), en échange de contrats. Elles sont aujourd’hui présentes sur les appels d’offres d’entrée et de milieu de gamme (300-600 MW) dans les pays émergents et proposent des tarifs 30% inférieurs à la concurrence occidentale. Mais leur montée en gamme est inéluctable et leur capacité à attaquer les marchés développés constitue une réelle menace pour Alstom, tout comme pour General Electric ou Siemens.

La Bourse a bien compris ces différences de positionnement entre d’un côté, un groupe présent sur des cycles courts et sur des marchés qui restent porteurs, et de l’autre, un acteur dépendant de cycles d’activité plus longs, et qui souffre depuis plusieurs trimestres de difficultés à remplir suffisamment son carnet de commandes pour continuer de croître. C’est aussi ce qui explique qu’Alstom a récemment annoncé de lourds programmes de restructuration, avec l’espoir que les prix sur ses marchés finiront bien par se stabiliser. Selon la Société Générale, le bénéfice par action d’Alstom chuterait de près de 30% entre 2009 et 2012, contre un bond de 107% pour Schneider. L’écart de valorisation des deux groupes, déjà significatif (P/E 2011 de 13X pour Schneider et de 10X pour Alstom), ne semble pas prêt de se combler.

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