Au-delà de sérieux problèmes opérationnels récemment découverts au Brésil, Carrefour est dans une situation financière inconfortable, qu’illustre son deuxième avertissement sur résultat en l’espace de six semaines. Le deuxième distributeur alimentaire au monde derrière Wal Mart semble de nouveau coincé entre deux options qu’il paraît incapable de rendre compatibles : gagner des parts de marché et améliorer en même temps sa rentabilité opérationnelle.
Un tel dilemme traduirait selon certains analystes une résurgence de la politique de « stop and go », qui avait pourtant été arrêtée par Lars Olofsson depuis qu’il a été nommé à la tête du groupe de distribution fin 2008. La conduite de cette stratégie a été préjudiciable au dynamisme du groupe en France, son principal marché, ainsi qu’à sa performance en Bourse. Ce problème montre que le plan de transformation initié par l’actuel DG, sans être remis en question, met peut-être plus de temps qu’espéré par les investisseurs à porter ses fruits. Les objectifs ambitieux du groupe semblent difficiles à atteindre, ainsi que l’illustrent les résultats des premiers Carrefour Planet, plutôt décevants.
Concurrence et guerre des prix
Evoquant les performances commerciales dans les hypermarchés, Lars Olofsson a reconnu au cours d’une conférence téléphonique mardi soir que depuis le mois de septembre, la concurrence a réagi aux actions commerciales du groupe menées durant le premier semestre, entraînant une déflation sur les prix et des pertes de parts de marché. Ce que Carrefour a gagné au début de l’année, il serait en train de le reperdre en cette fin d’année. Les chiffres du quatrième trimestre 2010 donneront certainement une clarification sur ce point, même si certains courtiers s’attendent à de fortes déceptions.
Pour Citigroup, cette situation soulève une question : « Carrefour a-t-il levé le pied en termes de politique prix pour préserver sa profitabilité ? » Obligés de revoir à la baisse leurs estimations de résultats sur la France, les analystes doivent également composer avec de lourdes dépréciations d’actifs au Brésil – qu’il s’agit maintenant de redresser rapidement – ainsi que dans des pays d’Europe comme l’Espagne, la Grèce et l’Italie.
Options en vue…?
Au-delà de son plan de transformation, Lars Olofsson doit-il envisager de trancher dans le vif en réalisant une opération spectaculaire, comme l’accélération de cessions d’actifs ou remettre sur la table l’externalisation du pôle immobilier du groupe, sensé améliorer la création de valeur. Ces questions ou les perspectives d’un retour de cash aux actionnaires de référence du groupe – Colony Capital et Groupe Arnault – devraient être vivement discutées. La mésaventure du groupe au Brésil et son avertissement lui ont tout de même coûté 1,4 milliard d’euros de capitalisation boursière, alors que l’objectif de résultat opérationnel a été abaissé de 130 millions, à 3 milliards d’euros.
Carrefour affiche une valeur d’entreprise de 34,5 milliards d’euros. Si l’on retranche la valeur de son immobilier (16,7 milliards), l’activité de distributeur vaut environ 17,8 milliards d’euros, soit 6 fois le résultat d’exploitation attendu cette année, ce qui ne semble pas très exigeant. Le problème, c’est que pour l’heure, les investisseurs hésitent à profiter d’un cours de Bourse massacré face au manque de perspectives et aux incertitudes quant au timing du redressement des marges et de l’activité.