Archive pour le mot-clef ‘évaluation’

Nexans, risqué mais pas cher

Lundi 25 juin 2012

Monsieur le Marché brade Nexans. Et cela commence à se voir, puisque depuis plusieurs semaines maintenant, de nombreux brokers ont adopté une opinion positive sur la valeur. Dernier en date : Société Générale fixe un objectif de cours de 44 euros.

Tentons d’abord de comprendre les raisons du désintérêt de Monsieur le Marché pour Nexans, lequel explique la baisse de près de 24% du titre depuis le début de l’année. Le premier élément c’est l’environnement économique général, qui n’est encourageant nul part, en commençant par l’Europe. Nexans y réalise un part significative de ses ventes, ce qui peut être perçu (à tort selon SG) comme un problème.

logo NexansEnsuite, le profit warning du groupe lors de l’annonce des ventes du premier trimestre, a illustré un ensemble de difficultés opérationnelles (décalages de facturations). Ceci a amené Nexans à prévoir un taux de marge opérationnelle de 3,5% au cours du premier semestre (contre 5,1% un an plus tôt). Comment le groupe pourra-t-il rapidement redresser la barre si la conjoncture ne s’améliore pas ? Entre 2008 et 2009, cet indicateur de performance était passé de 8,9% à 4,8%, soit une contraction très significative. Doit-on envisager une évolution similaire dans les prochaines années?

Résultat de ces déconvenues : Nexans cote autour des 30 euros. Et à ce niveau, le titre se traite sur des ratios de valorisation historiquement bas : 0,4 l’actif net prévu en 2013 d’après IBES. Le consensus prévoit une marge opérationnelle de 4,7%, soit une contraction de 90 points de base en 2012. A ce niveau, Nexans vaudrait 7,7 fois son résultat d’exploitation – ratio qui tomberait à 5,7 fois en 2013, sous réserve que les marges se redressent.

Quelles perspectives ?

C’est peut-être ce qui manque aujourd’hui au producteur de câbles : la capacité de donner des perspectives sur l’évolution de ses marges au-delà de quelques mois. Ce qui suppose d’être en mesure de “stresser” ses comptes et de voir à quels résultats on aboutit. Si Nexans n’a pas communiqué sur ce sujet, on voit bien que le marché a pris les devants.

Maintenant, a-t-il pour autant totalement raison? On peut se poser la question, surtout après avoir tenté d’estimer combien vaut Nexans. En prenant des hypothèses inférieures à celles du consensus, mais en faisant aussi le pari d’un redressement des marges dès 2013, mes différents modèles d’évaluation pointent vers une valeur intrinsèque de Nexans de 50 euros. A 30-31 euros, Nexans présente à n’en pas douter une belle marge de sûreté pour un investisseur prudent.

Source: Thomson Reuters I/B/E/S

A quoi ça sert l’analyse financière ?

Mercredi 8 février 2012

Un certain nombre d’investisseurs fondent leurs décisions d’achat/vente de titres quasiment exclusivement sur l’analyse technique.

Sous de faux airs de simplicité, cette méthode peut  les aider à déterminer quand acheter un titre (à condition de la pratiquer beaucoup). En outre, comme les spécialistes de cette méthode l’expliquent, pour savoir quoi acheter, mieux vaut utiliser d’autres techniques, dites fondamentales. L’analyse financière est la plus importante, pas la plus facile de prime abord.

Il est rare de trouver des ouvrages introduisant cette technique de manière didactique. Pratique de l’analyse financière de Luc Bernet-Rollande (Dunod, 2009) parvient à relever le défi. Cela reste un ouvrage technique, mais pas rébarbatif. Au contraire.

Découvrir les bases

L’ouvrage débute par quelques rappels utiles de comptabilité : grands principes comptables, processus d’enregistrement comptable et introduction aux postes du bilan et du compte de résultat. Le livre passe à proprement parler aux premiers travaux d’analyse financière : constitution du bilan économique, explication et interprétation des soldes intermédiaires de gestion, puis analyse du compte de résultat, du tableau de flux, du bilan et de l’annexe (le tableau de variation des fonds propres n’est en revanche pas présenté).

Différents publics visés

L’auteur a fait le choix de chapitres assez courts, avec quiz et exercices pratiques (avec leurs corrigés). L’approche est globalement descriptive, même si des conseils utiles sont parfois donnés (important lorsque l’on analyse la solidité financière d’une entreprise par exemple).

Le dirigeant d’entreprise pourra ainsi trouver certains des critères utilisés par les banques pour évaluer la solidité de son entreprise, ou estimer sa capacité d’emprunt. Le créateur d’entreprise y trouvera lui beaucoup d’éléments qui pourront sans doute améliorer le dialogue avec ses interlocuteurs : expert-comptable, banquier.

L’investisseur débutant pourra réaliser sa première analyse en partant de la saisies des comptes et en établissant les soldes intermédiaires de gestion, ainsi qu’ un ensemble de ratios d’analyse utiles pour prendre une décision avisée : profitabilité de l’activité, son financement…

Se faire la main

Réaliser soi-même une “descente de compte” pour calculer des ratios d’analyse financière est, de mon point de vue, le meilleur moyen pour gagner en autonomie en analyse financière.

Au début, ce sera long, mais l’expérience vient avec la pratique voire en échangeant dans le cadre de clubs d’investissement, via des forums sur Internet et sur des livres, ainsi que des notes de courtiers. En cherchant bien, on peut en trouver sur les sites de certaines entreprises cotées (c’est le cas de la société Rubis par exemple).

L’un des buts de l’analyse financière est d’aboutir à un jugement sur les raisons de la performance financière d’une entreprise (résultat d’une stratégie), ainsi que solidité financière, puis à essayer de prévoir comment cette performance évoluera.

Des points d’amélioration?

Quelques éléments de “manipulation comptable” sont divulgués. Personnellement, j’aurais aimé que le livre aille un peu plus loin dans l’analyse de bilan : le décryptage de la relation entre fonds de roulement et BFR est bien présenté ; tout comme le reclassement/retraitement des postes du bilan ou l’analyse des ratios. Mais il y a sans doute d’autres éléments que regardent les analystes crédit qu’il peut être intéressant d’expliquer (ratios d’endettement comme le “gearing“).

Pour un investisseur, il est aussi important de comprendre comment analyser la rentabilité d’une entreprise. Le lien avec l’évaluation financière (même si ce n’est pas l’objet) et l’analyse de la stratégie d’une entreprise manquent aussi (chapitre supplémentaire ?). De même certains points sont évoqués (comme les amortissements dérogatoires) mais finalement assez peu approfondis.

Un absent : les IFRS

On peut regretter que le site accompagnant le livre ne reprenne pas en intégralité les quiz et exercices corrigés sous format électronique. Ce pour mieux voir comment s’articulent les différents états financiers d’une entreprise. De même l’ouvrage, étant surtout destiné aux personnels de banques, ne traite pas de consolidation ou de normes IFRS.

La présentation aux normes IFRS est très proche de la présentation “anglo-saxonne” et ne conduit pas à l’utilisation des mêmes soldes intermédiaires. Là encore, un chapitre de plus eut été utile.

Tout cela n’enlève aucun mérite à cet ouvrage dont je recommande la lecture. Au contraire, nombreux sont les livres traitant d’analyse financière mais restant enfermés dans leur académisme. Luc Bernet-Rollande évite cet écueil. Normal, l’auteur a une expérience du milieu bancaire et anime des séances de formation.

Jocelyn Jovène, weeko.fr

AVERTISSEMENT : Par soucis de transparence, je précise avoir reçu une copie de l’ouvrage suite à ma demande auprès de l’éditeur. Celui-ci ne m’a pas sollicité pour faire ce compte-rendu. Il existe beaucoup d’autres ouvrages d’analyse financière en français. A ce jour, le livre de Luc Bernet-Rollande est le seul qui m’a réellement convaincu par son côté pratique.