Archive pour le mot-clef ‘Benjamin Graham’

La gestion value conserve tous ses mérites

Jeudi 10 mai 2012

Nombreux sont ceux qui recherchent LA meilleure stratégie d’investissement sur une longue période. La recherche de valeurs décotées -connue sous le nom de “gestion value“- en reste l’une des meilleures.  Une étude produite par la banque Barclays est venu à nouveau confirmer ce fait, qui a déjà motivé de nombreuses recherches. Cette  ”découverte” remet à l’honneur les travaux de Benjamin Graham (dont je vous ai déjà parlé sur ce blog) et de l’américain David Dodd, ainsi que d’autres chercheurs.

La détention d’un panier de titres faiblement valorisés (sur la base d’un simple P/E par exemple) affiche une surperformance annualisée de 6,2 % sur l’indice FTSE 350 et de 7,6 % sur le Stoxx 600 (graphiques).

Voici les résultats sur le Stoxx 600 :

Barclays commente en ces termes, en introduction à son étude :

“The contrarian value strategy first gained fame in 1934 through Graham and Dodd’s Security Analysis. Following this seminal book, arguably the birthplace of contrarian value, there have been numerous other academic articles authored by Fama and French, Basu, Goodman and Peavy, Ibbotson etc. highlighting the attractions of a value strategy.

Et d’ajouter :

“However, in 2011 and 2012 YTD, value has rather famously underperformed the benchmark (-2 % on FTSE Europe Value vs FTSE Europe in 2011). Some blame the underperformance of value on the peripheral European debt crisis, and the associated aversion towards risk, with the presumption that a value strategy equates to higher risk. Others believe that most stocks generated through a value analysis in austerity-plagued Europe, are in fact value traps.”

L’effet “momentum” sur les prix

Pour les spécialistes de Barclays, il est de surcroît possible d’amplifier cette surperformance. Comment procéder ? En intégrant des éléments de “momentum” sur l’évolution des prix des actions. La prise en compte d’autres indicateurs financiers contribue elle aussi favorablement à la surperformance d’un portefeuille value.

On peut citer comme indicateur, par exemple, la profitabilité mesurée à travers la rentabilité des capitaux propres.

Les “Value Trap” à la trappe

L’autre intérêt de combiner plusieurs critères comme le momentum ou la profitabilité est d’éviter les “value trap”. De quoi s’agit-il ? En fait des titres qui sont peu chers et qui ont tendance à le rester.

Toujours selon les experts de Barclays, cette association de facteurs (value, momentum, profitabilité) aurait permis d’éviter les crises financières manifestées entre 2007 et 2012. Elle aurait également autorisé de réduire l’exposition à certains secteurs très cycliques (construction et loisirs par exemple), tout en renforçant l’exposition aux valeurs plus défensives (consommation courante, services, valeurs industrielles).

L’irrationnel en cause

L’irrationalité des participants serait l’explication de cette surperformance de la gestion value, selon les stratégistes de Barclays. Qui reprennent ici les thèses de David Dreman (qui dispose de sa propre société d’investissement DVM fondée en 1977). Cet adepte de l’approche value, explique l’irrationalité des investisseurs par un certain nombre de biais psychologiques, lesquels sont largement pointés par les chercheurs en finance comportementale.

Cette “irrationalité” a été longtemps mise à jour et à profit, par de grands noms de la gestion d’actifs (en commençant par le financier international Warren Buffett; photo ci-contre). Ce dernier a eu plusieurs phrases célèbres et de bon sens, attestant de cette irrationalité, comme : “Soyez craintif quand les autres sont avides. Soyez avide quand les autres sont craintifs.” ou encore “Les prévisions vous en disent beaucoup sur ceux qui les font, elles ne vous disent rien sur l’avenir.”

Une irrationalité qui, pour mémoire, permet aux investisseurs prudents, rationnels et patients de tirer parti des mouvements erratiques des marchés financiers.

Comment trouver le bon CAPE ?

Lundi 12 mars 2012

Personnellement, j’ai du mal à considérer qu’à 3 400 points, l’indice CAC 40 offre actuellement un point d’entrée intéressant.

On le sait, la hausse actuelle de l’indice est portée d’une part par l’injection massive de liquidités dans le système bancaire par la BCE depuis décembre dernier et d’autre part par la publication de statistiques macroéconomiques plutôt encourageantes aux États-Unis. Depuis le 1er janvier, l’indice parisien gagne un peu plus de 10 %, ce qui est pour le moins remarquable en moins de 3 mois, et même si l’indice n’a pas récupéré les pertes de l’an dernier (-17 % pour mémoire).

À la découverte du CAPE

Comment savoir si au cours actuel, les actions présentent un niveau de valorisation intéressant pour s’exposer davantage aux actifs à risque. Il existe au moins un indicateur qui permet de répondre à cette question : il s’agit du CAPE, pour “Cyclically Adjusted PE” ou “PE ajusté du cycle”.

Cette mesure s’inspire des travaux de Benjamin Graham et de David Dodd. Elle vise à estimer la cherté relative des actions non en fonction des bénéfices instantanés ou prospectifs mais par rapport à la moyenne des profits des entreprises au cours des 10 dernières années. Cette approche, reprise et actualisée régulièrement par l’économiste américain Robert Shiller, donne une idée de la valorisation des actions en lissant l’impact du cycle sur l’évolution des bénéfices.

Les enseignements de l’histoire

“La valorisation par le CAPE a le bénéfice d’être contra cyclique. Au pic du cycle économique, la mesure ramène le bénéfice par action vers sa moyenne de long terme, et indique que les actions sont chères. Au creux du cycle, elle relève le bénéfice par action vers sa moyenne de long terme et indique que les actions sont attrayantes. À l’inverse, un PE plus ‘actuel’tend à être pro-cyclique. Il donne l’impression que le marché est peu cher au sommet du cycle et qu’il est cher au plus bas ”, observent les stratégistes de Citi.

Ainsi, au pic de l’indice MSCI World, en octobre 2007, les actions se traitaient sur la base d’un CAPE de 29x contre un P/E instantané de 17x. À ce moment-là, le CAPE se traitait avec une prime de 16 % sur sa moyenne historique de longue période, alors que le P/E instantané se révélait 16 % moins cher.

Prédire le rendement des actions

Citi a testé le CAPE sur de longues périodes pour estimer le pouvoir prédictif de l’indicateur sur la performance future des actions. Leurs travaux montrent que le CAPE est surtout utile à un horizon très supérieur à 12 mois.

“Depuis 1980, un investisseur a toujours gagné de l’argent sur 12 mois en achetant lorsque le CAPE était inférieur à 14x et a toujours perdu en achetant à plus de 43x les résultats du CAPE. […] Les investisseurs qui veulent gagner de l’argent sur 12 mois ne devraient pas se fonder sur le CAPE uniquement à notre avis. ”

Les deux graphiques suivent illustrent cette relation…

 

Source: Citi, "Global Equity Strategist", 29 février 2012

Un message de prudence à court terme… de confiance au-delà

A court terme, qu’est-ce qui peut pousser l’indice plus haut ? La Grèce diront certains (après le « succès » du PSI, qui ne fait qu’entériner des pertes massives pour les acheteurs de dette souveraine grecque). La poursuite de la croissance des emplois américains diront d’autres, estimant que cette statistique et une Bourse américaine en hausse continueront d’alimenter un regain de confiance du consommateur américain.

Rentrer dans le jeu des devinettes pour savoir où sera le marché dans 3 mois est à la fois une perte de temps et peut coûter cher à l’investisseur. Ce que dit le CAPE est qu’il vaut peut-être mieux attendre une phase de correction pour s’intéresser de nouveau aux actions. Mais cela ne doit pas se priver de continuer à chercher des idées d’investissement en réalisant régulièrement des screenings des marchés et en analysant les entreprises de qualité. Les meilleures opportunités viennent toujours aux investisseurs les plus patients.

Jocelyn Jovène, weeko.fr

Un brin d’optimisme et quelques conseils utiles pour l’investisseur prudent

Lundi 27 février 2012

L’une des qualités des grands investisseurs est, outre leur historique de performance (ce fameux « track record »), leur capacité à étayer à partir de simples remarques pleines de bon sens de véritables leçons pour le reste des investisseurs, professionnels ou non.

La dernière lettre de Jeremy Grantham, l’un des très éminents cofondateurs de la société de gestion américaine GMO, en est une belle illustration. Au détour de quelques lignes et en l’espace de trois pages à peine, Grantham rappelle les règles de base et les principes de bonne gestion d’un portefeuille de titres financiers.

La patience, vertu cardinale

Sa dernière lettre comporte également, à mon avis, quelques remarques plutôt rassurantes pour les investisseurs individuels. Grantham affirme ainsi qu’un particulier dispose de sérieux avantages par rapport aux gérants professionnels, et générera ainsi des performances très honorables. Le principal de ces avantages est la patience, qualité dont sont privés la grande majorité des gérants (le plus souvent pour des raisons réglementaires mais surtout parce que leurs clients ne sont eux-mêmes pas très patients).

Un investisseur patient peut se permettre le luxe d’attendre que les meilleures opportunités d’investissement se présentent à lui. Pour peu qu’il soit capable de se faire sa propre opinion quant à la valeur d’un titre, un investisseurs sera en effet en mesure d’acheter un titre avec une importante marge de sûreté, ce qui lui assurera à la fois une promesse d’appréciation de son capital pour un risque modéré. Les investisseurs les plus illustres – Graham, Buffett, Klarman, Schloss… – ont démontré année après année que la patience était une vertu cardinale, pour peu qu’ils aient les moyens de cette patience (en général, cette patience est le fruit d’une totale indépendance financière).

Ignorer la foule

La lettre de Grantham contient également quelques conseils très utiles. Si je ne devais en retenir qu’un, ce serait celui-ci. Plutôt que d’écouter la foule des investisseurs et se laisser influencer par « Monsieur le Marché », un investisseur trouvera à la fois confort et assurance en se concentrant sur les chiffres.

« Le meilleur moyen de résister à la foule est d’estimer vous-mêmes la valeur [d’un titre] ou de trouver des sources fiables (tout en vérifiant de temps à autre leurs calculs) », nous explique Grantham.

Ce faisant, un investisseur ignorera le court terme et se focalisera sur la valeur d’un titre à partir des flux futurs de trésorerie que ce titre lui assurera. L’investisseur prudent privilégiera le long terme – un conseil totalement compatible avec la vertu de patience prônée plus tôt.

Connaître ses limites

Benjamin Graham expliquait dans son livre L’investisseur intelligent que le pire ennemi de tout investisseur n’est autre que lui-même. Grantham le rejoint en enjoignant tout investisseur à connaître ses forces et faiblesses, notamment sa tolérance au risque.

« Vous devez connaître vos seuils de patience et de tolérance aux pertes (…). Si vous ne pouvez résister à la tentation [et vous vous laissez influencer par le marché], vous ne devez SURTOUT PAS gérer votre propre argent », souligne Grantham.

Soit vous êtes en mesure d’agir de manière rationnelle, soit vous ne pouvez pas vous maîtriser et le mieux est alors de chercher à confier votre argent à un conseiller. Sur ce dernier point, Grantham n’apporter malheureusement pas de conseil pour choisir son conseiller.

Pour ma part, cela se jouerait plus sur la compréhension du processus d’investissement, du style de gestion (personnellement, je me sens proche des gérants value qui ont investi leur propre argent à côté de celui de leurs clients – ils sont rares !). Mais cela peut constituer un point de départ intéressant, avant de regarder le « track » et la culture du gérant.

Jocelyn Jovène, weeko.fr

Le texte (extrait du commentaire trimestriel de GMO) auquel je fais référence est juste ici.

Ne pas écouter Monsieur Le Marché

Vendredi 16 décembre 2011

ecouter_marche_bourse_Manu_HLa Bourse a peur. Encore. Les marchés doutentcherchent une visibilité qu’ils ne trouvent pas. Et pourtant, pour certains investisseurs, cela n’a aucune importance. Lire le reste de cet article »

Investisseurs “rationnels”: de la théorie à la pratique

Mardi 29 novembre 2011

Ceux qui s’intéressent à la Bourse ont peut-être déjà entendu l’expression anglo-saxonne « smart money », cette idée que les opérateurs de marché savent détecter les anomalies boursières et profiter des inefficiences passagères de la Bourse pour réaliser de bonnes affaires.

Selon la théorie financière moderne, tous les participants des marchés financiers sont « rationnels » car ils sont capables de prendre en compte instantanément toute information nouvelle. A tout moment, le prix d’un actif financier reflète correctement sa valeur. On parle de marchés efficients. On peut éventuellement accepter ce principe sur longue période, puisque la Bourse donne l’impression d’anticiper l’évolution des profits des entreprises. Malgré des fluctuations boursières parfois assez fortes, les cours de Bourse auraient tendance à refléter la valeur intrinsèque des sociétés cotées.

Réalité : la psychologie…

La réalité est pourtant tout autre. Certains chercheurs ont montré que la rationalité des intervenants était limitée et que de nombreux facteurs psychologiques influençaient leur décision d’investir (il s’agit pour faire simple des tenants de la finance comportementale). L’horizon des investisseurs serait en fait très court, permettant la formation de bulles et leur éclatement.

Il existe pourtant des investisseurs « rationnels », capables de battre le marché de manière consistante et sur longue période, quel que soit l’état des marchés. Ces investisseurs sont une minorité. Dans une étude publiée en 2004, Louis Lowenstein, professeur de droit à l’Université Columbia, s’était attardé sur le cas d’une dizaine d’entre eux – tous gérants value – pour évaluer leur performance boursière pendant la période 1999-2003, marquée comme on le sait par la bulle Internet. Comment ces gérants avaient-ils géré la bulle Internet ? Avaient-ils, comme la majorité des investisseurs, bondi sur des titres comme Enron ou Oracle ? Avaient-ils résisté à la tentation d’être des investisseurs cherchant à capter ce qui faisait le buzz du moment ?

Ces investisseurs se distinguent du reste des autres intervenants en gérant des portefeuilles relativement concentrés, privilégient le cash lorsqu’ils n’ont pas d’idée ou jugent la Bourse irrationnelle, font peu tourner leurs portefeuilles, et ont une grande partie voire la totalité de leur patrimoine investie dans leurs fonds. Tous cherchent à estimer la valeur intrinsèque d’un titre et ne l’acquièrent que lorsque celui-ci se traite sur les marchés avec une forte décote sur sa valeur intrinsèque, appliquant le principe de « marge de sûreté » cher à Benjamin Graham.

L’investissement selon Klarman

L’histoire de ces gérants n’a pas changé. Début novembre, Seth Klarman, l’un des plus brillants investisseurs contemporains (non mentionné par Lowenstein, sans doute parce que son fonds n’est pas commercialisé au public), donnait une interview pour parler de son expérience d’investisseur. Parti en 1983 avec 27 millions de dollars, Klarman gère aujourd’hui 24 milliards de dollars. La vidéo de son intervention vaut le détour. Mais pour ceux qui ne maîtrisent pas l’anglais, voici quelques idées fortes de cette interview :

  • Pour Klarman, beaucoup d’investisseurs sont capables d’apprécier une « bonne affaire ». Mais nombreux sont ceux qui prennent peur lorsque les marchés baissent (or c’est le plus souvent dans les marchés baissiers qu’apparaissent les meilleures opportunités). Le plus difficile n’est pas tant de déterminer la valeur intrinsèque d’un titre, mais plutôt de décider quand acheter, quitte à se tromper dans un premier temps.
  • Les qualités requises pour détecter les meilleures affaires en Bourse sont la patience, la discipline, ne pas être cupide et ne pas utiliser l’effet de levier. « Investir, c’est trouver un équilibre entre l’arrogance et l’humilité. Acheter un titre constitue un acte arrogant [il sous-entend que vous en savez plus que le marché]. Mais il faut aussi avoir l’humilité d’admettre que l’on peut se tromper », explique Klarman. La première qualité d’un gérant devrait être, selon lui, de défendre les intérêts de ses clients et de résister à la pression du court terme.

Il y a les investisseurs qui investissent et il y a ceux qui réfléchissent à ce qu’ils font. Si vous êtes dans cette deuxième catégorie, vous êtes peut-être un investisseur rationnel, dans le bon sens du terme.

PER ou imPER

Jeudi 24 novembre 2011

comprendre_price_earnings_ratio_bourseLe PER est le plus connu des critères utilisés par les investisseurs pour se faire une idée de la valorisation d’un titre. Mais n’utiliser que cette méthode, ou mal l’utiliser, peut être une source de déconvenues.

Le PER ou P/E (pour “Price Earnings Ratio” ou “Price/Earnings”) rapporte le cours de Bourse (Price) au bénéfice par action (Earnings). Le bénéfice par action peut être celui des 12 derniers mois (ou 4 derniers trimestres), du dernier exercice fiscal écoulé ou de l’exercice fiscal à venir (on parle de « forward P/E » ou « P/E prospectif »).

La popularité du PER comme méthode de valorisation tient essentiellement à sa grande simplicité. Vous savez estimer le bénéfice par action d’une entreprise, vous pouvez facilement déterminer son PER. Pour  faire  quoi ? Essentiellement, pour évaluer la cherté relative d’un titre par rapport au marché (un indice) ou par rapport à d’autres valeurs du même secteur d’activité. On peut également prendre les PER d’autres sociétés d’un même secteur pour estimer quelle serait la valeur du titre qui nous intéresse.

Le PER illustre en fait les attentes d’investisseurs sur l’évolution des fondamentaux d’une entreprise, principalement sa croissance bénéficiaire. Un PER élevé traduit généralement l’espoir d’une croissance des résultats élevée. Parce qu’il est fondé sur le prix d’une action, le PER reflète l’humeur du marché – il aura donc tendance à monter de manière excessive dans les phases de bulles et à se contracter de manière excessive dans les phases de panique.

Comment savoir si le PER d’un titre est justifié. Il faut le rattacher aux fondamentaux de l’entreprise. Le modèle le plus simple pour ce faire par du modèle d’actualisation des dividendes (DDM), exprimé par le rapport : DPS1/(k-g).

Si l’on intègre le bénéfice par action, on trouve :

P/E = [pay-out1x (1 + g)]/(k-g).

Dans cette équation, k est le coût du capital ; g, le taux de croissance des bénéfices sur le long terme (on prend souvent le taux de croissance de l’économie) ; le rapport du dividende par action prévue (DPS) sur le bénéfice par action prévue (EPS) donne le taux de distribution (“pay-out”).

Cette formule appliquée aux valeurs du CAC 40 donne le P/E implicite suivants (avant dernière colonne) :

Per_price_earnings_ratio_cac_40

Mais mal appliquer le PER peut conduire à se tromper dans la valorisation d’un titre voire à prendre les mauvaises décisions d’investissement. 3 principaux écueils doivent être évités. Tout d’abord :

  1. Il faut utiliser un ratio défini de manière uniforme et cohérente, et, dans le cas de comparaisons boursières, prendre des sociétés comparables (taille, secteur d’activité, modèle économique, reporting).
  2. Il faut être bien conscient que le déterminant du PER reste le prix du marché. Il peut donc être déformé par les excès boursiers décrits plus hauts.
  3. Enfin, le dénominateur (bénéfice) peut faire l’objet de manipulations comptables. Il est donc important de se référer à des données comptables cohérentes.

Le PER doit surtout être mis en résonance avec les fondamentaux d’une entreprise – tout comme le ratio Prix sur actif net (Price-to-Book ou P/B) ou le prix sur cash-flow (P/CF). On doit non seulement regarder la croissance bénéficiaire mais également la rentabilité de l’entreprise. Ces éléments apportent un éclairage complémentaire.

Pour Stephen Penman, de l’université Columbia de New York, non seulement l’investisseur doit s’assurer que le PER est cohérent avec la croissance bénéficiaire. Mais il doit en outre vérifier que cette croissance des résultats est créatrice de valeur.

Pour ce faire, il faut tenir compte de l’exigence de rentabilité de l’investisseur (mesurée par le coût du capital). Les modèles de type croissance bénéficiaire anormale permettent de déterminer s’il y a création de valeur, c’est-à-dire si la rentabilité des ressources investies est bien supérieure au coût de ces ressources.

Pour terminer sur une petite référence à Benjamin Graham, j’ajouterai que l’on peut utiliser l’inverse du PER et comparer ce résultat, appelé « earnings yield » ou rendement bénéficiaire, au rendement d’une obligation corporate notée « AAA » (la Réserve fédérale de St-Louis publie cette information). Graham estimait qu’on pouvait s’intéresser à un titre lorsque son rendement bénéficiaire est supérieur au double du rendement d’une obligation de grande qualité notée AAA. Aujourd’hui, ce rendement se situe autour de 3.8-3.9 %. Ce qui signifie que toute société affichant un earnings yield de plus de 8 % environ peut faire l’objet d’une analyse approfondie.

Pour aller plus loin

  • On peut lire ce papier de recherche publié par Aswath Damodaran, autre professeur de finance de l’Université Columbia sur les méthodes relatives de valorisation.
  • Robert Shiller, de l’Université Yale, met en ligne un historique du PER de la Bourse américaine très utilisé et commenté sur les blogs boursiers.
  • Quelques autres références sur le sujet
  • Dong, Chen (2001), “Stock Valuation and Investment Strategies”,Yale ICF Working Paper n0 00-46, (disponible sur SSRN)
  • Penman (1997), “Combining Earnings and Book Value in Equity Valuation”, Columbia University, July (disponible sur SSRN)
  • Taboga (2010), “Under/Over-Valuation of the Stock Market and Cyclically Adjusted Earnings”, Bank of Italy Temi di Discussione, WP n°780 (disponible sur SSRN)
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Les leçons de Warren Buffett

Mardi 8 novembre 2011

Warren_Buffett_investissementQuand tout le monde doute, Warren Buffett investit. Le troisième trimestre 2011 a confirmé ce que l’on avait commencé à observer cet été. “Avoir peur quand tout le monde est avide ; être avide quand tout le monde à peur”. Cet aphorisme tiré d’un des enseignements de Benjamin Graham a été appliqué à la lettre.

Buffett est-il en train d’anticiper un changement de paradigme ? Sans tirer de conclusions hâtives, on peut s’inspirer de la manière dont son argent est géré aujourd’hui et replacer ses derniers investissements dans une perspective plus longue.

Les comptes du 3è trimestre 2011 de sa holding Berkshire Hathaway recèlent en effet quelques informations intéressantes. Tout d’abord, comme le souligne Bloomberg, Buffett a investi près de 24 milliards de dollars sur le trimestre, soit la plus forte somme d’argent dépensée en 15 ans, en plein krach estival et au moment où le désamour pour les actions devient mondial. Les investissements en actions se sont accrus de 7 milliards de dollars au 3e trimestre, après avoir augmenté de 3,6 milliards de dollars au 2e et 834 millions de dollars au 1er.

On connaissait ses participations historiques dans American Express, Coca-Cola, Wells Fargo ou Procter & Gamble. Berkshire a révélé de nouveaux investissements dans MasterCard ou Dollar General.

Dans la sphère obligataire, l’analyse du portefeuille de titres à revenu fixe (“fixed income”) est également intéressante.

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Comme l’illustre le graphique ci-dessus, Berkshire Hathaway privilégie les obligations souveraines non américaines et les obligations d’entreprise (on ne connaît pas la décomposition de ces deux tranches). Certains gérants pointent tout l’intérêt de regarder par exemple du côté des obligations à haut rendement.

Si l’on regarde l’évolution des portefeuilles actions et obligations depuis 2002 (graphique suivant), on se rend compte de la croissance soutenue des positions investies en actions, malgré un krach majeur (2008) et un mini krach boursier (été 2011), tandis que la poche obligataire a relativement peu évolué.

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Entre fin 2002 et mi 2007 (dernier pic de la Bourse), la part des obligations n’a cessé de reculer pour se stabiliser autour de 30% du portefeuille de Berkshire Hathaway (cash exclu).

A noter qu’à fin septembre, Berkshire Hathawhay disposait de près de 35 milliards de dollars de liquidités prêtes à être investies. Une somme qui ne cesse d’être alimentée par les tombées de coupons, les investissements arrivés à maturité et par le cash généré par les entreprises que Berkshire Hathaway a acquises au fil des années.

Warren Buffett ne commente pas les résultats trimestriels de sa firme. Mais comme depuis de nombreuses années, il a toujours eu tendance à envoyer des messages qui vont à l’encontre des croyances communes. Et celles-ci se sont, la plupart du temps, révélées justes.

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Prix, valeur : deux repères pour investir

Jeudi 3 novembre 2011

L’évolution erratique de la Bourse peut décourager tout investisseur. Pourquoi acheter aujourd’hui une action qui peut voir son cours de Bourse fluctuer de 20-30% en l’espace de quelques semaines ou mois, quand ce ne sont pas des jours ?

Pour naviguer dans cet univers complexe et imprévisible, tout investisseur doit être en mesure de faire la différence entre le prix et la valeur d’un titre. Pourquoi une telle distinction ? Dans le rapport annuel 2008 de Berkshire Hathaway, Warren Buffett évoque une définition que lui avait soufflée Benjamin Graham:

Le prix c’est ce que vous payez ; la valeur, ce que vous obtenez“.

Il ajoutait:

Que l’on parle d’actions ou de chaussettes, j’aime acheter des marchandises de qualité lorsque le prix sur l’étiquette est soldé“.

Bien comprendre ces deux dimensions dans tout acte d’investissement est essentiel pour éviter de prendre des décisions irrationnelles ou déraisonnables.

La Bourse est régie par la loi de l’offre et de la demande de titres financiers. C’est en fait une mécanique complexe où des intervenants aux horizons et aux intérêts très divers interviennent, et échangent en fait des anticipations sur la valeur future de ces titres (il y a en effet une grande différence entre un programme informatique qui décide d’acheter ou de vendre sur des croisements de moyennes mobiles et un gérant discrétionnaire qui base sa décision sur l’analyse quasi exclusive des fondamentaux d’une entreprise). Le prix d’une action fluctue donc parce que des intervenants différents estiment que ce prix est à un instant donné plus ou moins éloigné de sa valeur intrinsèque (sachant que les moyens de déterminer cette valeur sont eux-mêmes multiples).

D’autres facteurs jouent : la psychologie des intervenants (que Graham appelait “Mr Le Marché“), des éléments techniques, et bien sûr, des données fondamentales (la santé des entreprises et de l’économie). Aujourd’hui, la psychologie des investisseurs est avant tout pilotée par la macro-économie. Acheter une action en ne regardant que les fondamentaux de l’entreprise concernée peut être une source d’importantes déconvenues. Mais cette psychologie, volatile, imprévisible, peut être une source de volatilité, donc d’opportunité.

Faire du « market timing » (tenter de repérer les changements de tendance de la Bourse) ne sert à rien. Cela relève à mon avis d’un jeu purement spéculatif et ne concerne que les intervenants ayant un horizon de placement de très court terme (cela rend-il service à l’économie réelle ? Pas sûr, mais ces intervenants-là -hommes ou machines- existent et il faut vivre avec).

Patience et devoirs

L’investisseur qui veut acheter une action doit s’armer de patience et faire ses devoirs: il doit être capable de savoir dire quelle est la valeur d’un titre. Ne pas être en mesure de le faire est la garantie de décisions prises à l’aveuglette et de lourdes déconvenues. L’histoire financière montre que le marché est rarement capable de faire coïncider la valeur et le prix d’un titre. Il est donc important de se faire sa propre idée et d’être capable de « challenger » l’opinion qu’a le marché d’un titre à un moment donné.

Il existe des techniques (l’analyse financière, l’évaluation) pour cela. Elles peuvent aider à comprendre ce que signifie le prix d’un titre financier à un instant donné et de prendre une décision en investisseur averti. Cela requiert souvent un travail fastidieux. Mais comme l’ont montré de nombreux gérants (value) ce travail fastidieux permet d’investir sereinement même lorsque le marché est sans tendance.

Pour aller plus loin: différents points de vue sur prix et valeur

  • Stephen Penman, Accounting for Value, Columbia Business School Press, 2011 (lien)
  • Paul Jorion, “Le rapport entre valeur et prix”, Revue du MAUSS (lien)
  • Paul Jorion, “Le prix et la valeur d’une action boursière”, Revue du MAUSS (lien)
  • Eric Briand, Christian Walter, Critique de la valeur fondamentale, A.Springer, 2008 (lien)

Investir dans un marché sans tendance

Jeudi 27 octobre 2011

Vous connaissez sans doute la différence entre un marché haussier (« bullish ») et baissier (« bearish »). Dans un cas comme dans l’autre, la position à prendre pour un investisseur est relativement claire (long ou short). Mais que faire lorsque l’on est en présence d’un marché sans tendance (« range-bound market ») ? Les marchés « range-bound » sont caractérisés par une phase de contraction des ratios de valorisation, et se distinguent des marchés baissiers où l’on observe à la fois une baisse des profits et des ratios de valorisation. Aux Etats-Unis, entre 1900 et 2000, les marchés ont connu une telle configuration la moitié du temps (1906-1924, 1937-1950, 1966-1982), selon Vilatliy Katsenelson, gérant de portefeuilles et auteur de l’excellent ouvrage Active Value Investing (Wiley, 2007).

Savoir si l’on est dans un marché durablement baissier, ou s’il s’agit d’un marché sans tendance alimentera sans doute un débat sans fin entre analystes techniques. Certains faits plaident à mon humble avis pour la deuxième option, car les marchés baissiers surviennent après des phases de surévaluation et lorsque l’économie entre dans une phase de contraction significative – c’était bien le cas en 2008-2009, ça l’est moins aujourd’hui, me semble-t-il.

L’histoire est une source d’enseignement utile, comme le rappelle Katsenelson :

« il faut un certain temps pour que l’excitation des investisseurs atteigne son maximum, et il faut en conséquence un temps tout aussi long pour que ce cycle s’inverse et que les valorisations soient emmenées d’une extrêmité à l’autre. C’est la raison pour laquelle au cours du 20è siècle, chaque longue phase haussière du marché (qui a duré plus ou moins 17 ans en moyenne) a été suivie par une phase tout aussi longue marquée par un marché sans tendance. Pour qu’une nouvelle phase haussière démarre, il faut une forte remontée des P/E, ce qui oblige les investisseurs à repenser la situation où les P/E sont sous leur moyenne historique. » (ma traduction)

A peu de choses près, c’est la situation que nous connaissons actuellement. Au niveau mondial, le ratio cours sur bénéfice (P/E) des actions est actuellement de 9,9x (soit proche du plus bas atteint en mars 2009) contre une moyenne historique de 16,1x, pour une croissance mondiale des bénéfices attendues à 12,7% cette année et 13,9% l’an prochain. Certes, les investisseurs réajustent plutôt à la baisse leurs anticipations. Les entreprises multiplient les messages de prudence, mais leur situation financière est globalement bonne.

L’incertitude vient avant tout de la macro-économie et c’est bien cette dernière qui pilote l’humeur du marché (avec l’aide de nombreux intervenants dont l’horizon d’investissement va de la milliseconde à quelques heures). Par rapport au pic de 2000, il faudrait donc attendre encore quelques années avant d’envisager une remontée durable des marchés. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’ici là moyen de trouver quelques opportunités d’investissement.

Profiter des phases de volatilité

Benjamin Graham, « père fondateur » de l’analyse fondamentale et de la gestion value, expliquait que le meilleur moyen de protéger son capital consistait à profiter des phases de volatilité des Bourses, car c’est dans ces moments que Mr le Marché est prêt à vendre n’importe quel titre à n’importe quel prix – ce qui s’est produit cet été par exemple. Tout la difficulté pour l’investisseur est, dans de telles circonstances, de se concentrer sur la recherche de sociétés de qualité soudainement bradées, et surtout, de ne pas écouter le marché. Il lui faut disposer de la bonne boîte à outils et surtout disposer du bon état d’esprit.

Prudence et marge de sûreté de l’investisseur

Mercredi 15 décembre 2010

Il existe de nombreux adages pour l’investisseur qui souhaite placer son argent en Bourse: « le marché a toujours raison », « mieux vaut avoir tort avec les autres que raison tout seul », « mieux vaut se couper la main que le bras » ou « les arbres ne montent jamais jusqu’au ciel »… Malheureusement, ces adages sont rarement utiles pour la construction d’un portefeuille et encore moins pour éviter à l’investisseur de perdre sa chemise.

Pour mener sa barque dans des marchés parfois tumultueux, l’investisseur devrait plutôt se doter des outils qui lui permettent d’agir avec prudence. Heureusement pour lui, on doit à Benjamin Graham d’avoir inventé la notion de « marge de sûreté ».

Le raisonnement derrière cette notion est le suivant :

  1. les marchés sont à la fois capricieux et volatils ;
  2. les titres financiers ont une valeur fondamentale (ou intrinsèque) qui est relativement stable dans le temps et que l’on peut déterminer ;
  3. il est possible d’acheter un titre à un prix très en-deçà de sa valeur intrinsèque et de dégager avec cette stratégie des rendements élevés et ce de manière durable (que ceux qui doutent de cette dernière assertion lisent la 4è page du rapport annuel 2009 de Berkshire Hathaway, le groupe de Warren Buffett).

La marge de sûreté n’est en aucun cas une sorte de solution miracle, car le succès de l’investisseur dépend en gros de deux choses : ne pas écouter le marché (ou le moins possible) ; faire son propre travail d’analyse et d’estimation de la valeur intrinsèque d’un titre, exercice qui n’est pas exempt d’erreurs. Mais Graham (tout comme Buffett) lui-même était rassurant sur ce point, expliquant qu’il vaut mieux avoir approximativement raison que précisément tort. L’industrie financière contemporaine, d’ailleurs, est la plus belle illustration de ce travail d’approximation – le problème est qu’elle le fait souvent davantage pour son propre compte que pour le compte de ses clients.

Comment déterminer la marge de sûreté ? Pensez à un pont. Lorsqu’un ingénieur construit un pont, il le fait pour qu’il soit capable de supporter une charge bien plus lourde que celle qui est signalée. En Bourse c’est pareil. La marge de sûreté est d’autant plus grande que le prix payé pour l’acquisition d’un titre est bas par rapport à sa valeur intrinsèque. Seth Klarman, patron de la société de gestion Baupost, nous explique dans son livre Margin of Safety (résumé ici) que la « bonne » marge de sûreté dépend « de la tolérance à l’erreur et combien un investisseur est prêt à perdre » (selon ce gérant, le but est d’éviter une perte importante en capital sur plusieurs années, ce qui ne veut pas dire que l’on ne peut « jamais » perdre d’argent).

Pierre Nebout, gérant chez LCF Edmond de Rothschild, m’expliquait récemment qu’une bonne marge de sûreté réside à la fois dans la décote par rapport à la valeur intrinsèque, mais également dans la présence d’actifs non valorisés par le marché et qui peuvent être une source de rendement supérieur sur le long terme, lorsque le marché se rend compte qu’il ne valorise qu’une partie des activités d’une entreprise.

Règles vs. adages

L’autre bonne utilisation de la marge de sûreté est de bien comprendre pourquoi un titre est sous-évalué à un moment donné. Comme le raconte Marc Renaud, de Mandarine Gestion, « le risque des value est d’avoir raison tout seul, et d’acheter des sociétés pas chères mais qui vont le rester. » Aussi est-il important, à côté de la marge de sûreté, de trouver des catalyseurs qui feront qu’à un moment donné, le marché corrigera ses erreurs et donnera raison au gérant.

Plutôt que d’adages, les investisseurs devraient essayer de suivre ces deux règles souvent citées par Warren Buffett : « 1. Ne perdez pas d’argent. 2. N’oubliez pas la règle n°1. » Et faire leur travail d’estimation de la valeur intrinsèque d’un titre eux-mêmes en sachant qu’ils ont malgré tout droit à l’erreur.

Pour prolonger : Ceux qui veulent aller plus loin peuvent lire différents contenus complémentaires de cette note de synthèse. Dans l’ordre :

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