Entretien : « Les investisseurs ont peur des actions »

investir action« La situation actuelle est assez claire, » fait observer Jean-Marie Mercadal, directeur général délégué en charge des gestions chez OFI Asset Management :

« il n’y a pas beaucoup de croissance économique et les banques centrales ont une énorme influence sur les marchés, comme l’illustrent les interventions de la Banque du Japon : repli du yen, progression des actions. »

Aux États-Unis, le taux de chômage rebaisse et les coûts de l’énergie diminuent. Le professionnel n’en table pas moins prudemment sur une croissance américaine autour de 2 %, plutôt que sur un rythme supérieur à 3 %, auquel les plus optimistes s’attendent.

« C’est mieux que le zéro que nous avons chez nous », admet-il toutefois.

En Chine, la croissance devrait tourner autour de 7 % dans les prochaines années, mais avec un changement radical de modèle. Aujourd’hui, dans la zone euro – où les actions ne sont pas surévaluées –, il n’est plus question d’ « explosion ».

Monétaire comprimé, matières premières en repli

À l’avenir, les anticipations de taux longs seront davantage guidées par les perspectives de l’économie que par des rachats massifs de dettes et des flux de capitaux se dirigeant systématiquement vers les emprunts d’État.

« Au niveau mondial, indique Jean-Marie Mercadal, l’endettement public représente 80 % du PIB. C’est beaucoup. Plus la dette augmente, plus la croissance baisse. On perd alors en productivité. Contrairement à ce que certains prétendent, relancer l’économie en s’endettant est voué est l’échec. Nous en avons encore pour un an de taux d’intérêt monétaires très bas. La Réserve fédérale américaine pourrait abaisser de 80 milliards à 60 milliards de dollars d’achats de dettes par mois. Sa politique accommodante pourrait donc durer plus longtemps que certains ne le pensent. »

L’économie étant largement influencée par l’évolution des taux d’intérêt et par le coût des matières premières, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Certes, les banques centrales ont faussé le cours naturel des obligations, mais les taux d’intérêt ne devraient pas s’emballer. En Europe, s’il devait y avoir un mouvement sur les taux directeurs de la banque centrale, ce serait plutôt à la baisse (de 0,50 %, aujourd’hui, à 0,25 %, selon les spécialistes). La courbe des taux devrait alors se « repentifier », ce qui serait plus conforme à la hiérarchie des risques.

En toute logique, vous devez être d’autant mieux rémunérés que vous prêtez sur des périodes plus longues. Si, en outre, les taux longs sont trop bas, l’inflation n’est plus compensée et les rendements réels sont négatifs. Quant aux matières premières, elles sont moins bien orientées depuis deux mois.

Toujours friands d’obligations

Les experts d’OFI AM remarquent que les investisseurs institutionnels sont toujours friands d’obligations, notamment au travers de fonds à échéance, et qu’ils sont toujours frileux face aux actions.

Nombre d’entre eux avaient eu la tentation de revenir vers les marchés d’actions, mais la récente correction les dissuade désormais d’intervenir, même si la plupart estiment qu’il s’agit de la classe d’actifs la plus attrayante pour le moyen terme et que le moment est sans doute venu de s’intéresser à nouveau aux marchés émergents.

La période estivale, avec des volumes qui se contractent, ne paraît pas non plus propice aux prises de position dans les marchés risqués. Les pourcentages alloués aux actions vont d’ailleurs de 7 % à 15 %, pour les plus téméraires, dans le cadre de portefeuilles diversifiés. En revanche, la gestion alternative (recherche d’une performance absolue positive, quelles que soient les configurations de marché) semble, de son côté, reprendre quelques couleurs.

Enfin, il ne faut pas oublier que les investisseurs cherchent principalement du rendement. Si les taux d’intérêt remontent encore, les obligations vont redevenir séduisantes. Quoi qu’il en soit, Jean-Marie Mercadal souligne qu’il faut attendre les élections allemandes de l’automne prochain avant de voir d’éventuelles inflexions d’ampleur significative dans les marchés.

Michel Lemosof

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OFI Asset Management, que détiennent la Macif (à 66 %) et la Matmut (à 34 %), gère 56 milliards d’euros : 67 % en gestion sous mandat, 33 % en gestion collective. L’an dernier, l’établissement a collecté 1,7 milliard d’euros.

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