Publicis paie relativement cher sa quatrième “grosse” acquisition dans la publicité digitale, sans être certain qu’elle permettra au groupe d’accélérer sa croissance organique ou qu’elle alimentera une poursuite du hausse de son cours de Bourse.
Avec son projet d’OPA à 416 millions d’euros sur LBi International BV (société cotée à Amsterdam), le groupe de Maurice Lévy conforte son statut leader parmi les plus grandes agences digitales mondiales (plus de 35% de ses ventes estimées cette année à 6,6 milliards d’euros par les analystes contre 28% en 2010).
Une valorisation généreuse
L’annonce a surpris le marché. Certains courtiers pensaient que LBi – 245 millions d’euros de facturation prévus en 2012 – tomberait plutôt dans l’escarcelle de l’américain Omnicom, leader mondial du marché de la pub (les principaux actionnaires de LBi, qui ont déjà accepté l’offre de Publicis, n’ont pas totalement fermé la porte à contre-proposition).
En termes de multiples de transaction, l’impression est plutôt mitigée. L’offre de Publicis valorise LBi 11x l’EBITDA 2012 (sur la base du consensus ThomsonReuters). C’est peu au regard des précédents acquisitions du groupe de Maurice Lévy (17x pour Digitas en 2007, 13,7x pour Razorfish en 2009, 12,5x pour Rosetta l’an dernier). Mais cela reste relativement généreux au regard des performances financières de LBi. La société a dégagé en 2011 une marge d’exploitation de 12,2% contre 15,7% pour Publicis. Elle bénéficie encore d’une croissance organique soutenue (18% au premier semestre), mais pourra-t-elle maintenir un tel rythme une fois digérée par l’ogre Publicis ?
Défi d’intégration ?
Certains analystes se demandent ce que cette nouvelle acquisition apporte réellement au groupe dirigé par Maurice Lévy. Il y a certes l’accès à de nouveaux clients, l’intégration de nouveaux “talents” et un renforcement du groupe sur les marchés d’Europe du Nord (Allemagne, pays nordiques et Royaume-Uni…). Mais certains analystes pointent des écarts de productivité sensibles avec AKQA, autre agence digitale rachetée cette année par WPP que Publicis devra rapidement corriger.
L’opération ne pèsera pas lourd sur le bilan de Publicis, qui reste très solide. Pour Charles Bedouelle, chez Exane BNP Paribas, Publicis conservera des marges de manœuvre pour réaliser d’autres opérations de croissance externe (le marché spéculait récemment sur un rachat de l’américain InterPublic…).
Les investisseurs attendront surtout de voir si, dans une conjoncture morose, Publicis peut tenir ses engagements de maintenir une croissance des ventes plus rapide au second semestre qu’elle ne le fut sur les six premiers mois de l’année. La valorisation de l’action Publicis n’est pas trop exigeante (P/E 2013 de 12,4x, multiple d’EBIT de 7,6x). Toutefois, le cours actuel n’offre pas une très grande marge de sûreté à l’investisseur prudent, en particulier après une hausse de 24% depuis le début de l’année.
J.J
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