Juguler la crise financière : impératif selon la BRI

Il est parfois bon de prendre un peu de hauteur de vue, outre le suivi des valeurs et du marché boursier. Ainsi, cinq ans après le début de la crise, la modération des excès de l’industrie financière reste d’actualité. Elle est même au cœur des solutions à envisager pour sortir de la crise qui mine la zone euro.

Pour comprendre les enjeux de la crise financière actuelle, la lecture du dernier rapport annuel de la Banque des Règlements Internationaux (BRI dont on trouve ici un rappel de ses missions) est d’une aide précieuse. A défaut de vraiment réconforter les investisseurs, elle leur permettra de prendre du recul par rapport à la crise financière, qui rentre dans sa cinquième année.

Que préconise la BRI ? Les déséquilibres qui affectent l’économie mondiale sont toujours présents et ont même tendance à s’accentuer, formant un ensemble de cercles vicieux (illustré par le graphique ci-après). Pourquoi ?

« Il manque aux politiques monétaires et budgétaires une solution globale pour répondre aux besoins immédiats et prévenir les dangers futurs ; malgré les avancées réglementaires au plan international, l’état de santé du secteur financier fait toujours planer une menace sur la stabilité », affirme la BRI.

Du côté des banques centrales

La banque des banques centrales pointe en fait une augmentation des risques dans le système financier, mais également dans le bilan des banques centrales. Ces dernières ont été contraintes d’agir car les gouvernements et les agents économiques ont tardé à assainir leur bilan. Mais leur intervention atteint des limites.

« Les politiques monétaires accommodantes, conventionnelles ou non, ne sont que des palliatifs, affirme la BRI. Il serait faux de penser que tous les problèmes peuvent être résolués par le recours au bilan des banques centrales ; il n’est d’aucun secours pour encourager le désendettement, redresser les déséquilibres sectoriels ou régler les problèmes de solvabilité. » Au contraire, les politiques monétaires actuelles n’incitent pas à assainir les bilans et, en outre, elles « provoquent des distorsions graves dans le système financier et, ce faisant, alourdissent la tâche des autorités de contrôle. »

C’est un parallèle direct que fait la BRI, entre la situation actuelle et celle du Japon. Parallèle jusqu’ici rejeté par de nombreux dirigeants politiques, mais déjà mis en avant par certains économistes (comme Richard Koo, mais ce n’est pas le seul).

Quelles solutions ?

Face au déficit et à l’endettement publics, la BRI fait une préconisation : le retour à un excédent primaire de 2% par an pendant 20 ans, pour ramener le ratio de dette PIB à son niveau d’avant crise. Soit 75% environ pour les économies avancées, contre 110% en moyenne aujourd’hui.

Cela forcera à réfléchir aux moyens de maîtriser les coûts des systèmes de retraite et de santé des pays développés, alors que leur population vieillit.

Mais ce n’est pas tout. La BRI estime qu’il est nécessaire d’imposer des limites aux banques commerciales, dont certaines ont continué à prendre des risques et à s’endetter. Pour ce faire, l’organisation internationale recommande d’y réformer les systèmes de rémunération et à rendre plus transparent les risques de perte pour les porteurs d’obligations (mécanisme de bail-in bonds) ; l’idée générale est qu’à terme, le système soit en mesure d’encaisser un choc de type faillite d’une banque.

Assainir le bilan des banques, limiter la taille du secteur financier et son exposition au risque, voilà l’une des premières pistes pour sortir des cercles vicieux qui minent l’économie internationale et la confiance des investisseurs.

Du côté de l’Europe

Au plan institutionnel, une évolution est également nécessaire, en particulier en Europe. Au niveau du système bancaire, la BRI recommande l’adoption de règles unifiées, qui « donneraient compétence, en matière de réglementation, de contrôle, d’assurance des dépôts et de résolution des défaillances à des entités communes centralisées. » L’objectif d’une telle mesure serait de casser la relation néfaste entre risque souverain et risque du secteur bancaire. L’idée ici est d’allier monnaie unique et système bancaire unifié.

La sortie de crise en Europe et dans les économies développées ne sera possible que si deux problématiques sont résolues de pair : « réaliser l’ajustement structurel, le rééquilibrage budgétaire et la recapitalisation des banques ; unifier le cadre de la réglementation bancaire, du contrôle prudentiel, de l’assurance des dépôts et de la résolution des défaillances. »

« La redynamisation du secteur bancaire et la modération des excès dans l’industrie financière mettront fin aux interactions mettront fin aux interactions négatives avec les autres secteurs, dégageant ainsi la voie pour s’atteler aux prochains objectifs : rééquilibrage budgétaire et désendettement du secteur privé non financier. »

Source: Banque des Règlements Internationaux

Jocelyn Jovène, weeko.fr

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