Archive pour février 2012

Un brin d’optimisme et quelques conseils utiles pour l’investisseur prudent

Lundi 27 février 2012

L’une des qualités des grands investisseurs est, outre leur historique de performance (ce fameux « track record »), leur capacité à étayer à partir de simples remarques pleines de bon sens de véritables leçons pour le reste des investisseurs, professionnels ou non.

La dernière lettre de Jeremy Grantham, l’un des très éminents cofondateurs de la société de gestion américaine GMO, en est une belle illustration. Au détour de quelques lignes et en l’espace de trois pages à peine, Grantham rappelle les règles de base et les principes de bonne gestion d’un portefeuille de titres financiers.

La patience, vertu cardinale

Sa dernière lettre comporte également, à mon avis, quelques remarques plutôt rassurantes pour les investisseurs individuels. Grantham affirme ainsi qu’un particulier dispose de sérieux avantages par rapport aux gérants professionnels, et générera ainsi des performances très honorables. Le principal de ces avantages est la patience, qualité dont sont privés la grande majorité des gérants (le plus souvent pour des raisons réglementaires mais surtout parce que leurs clients ne sont eux-mêmes pas très patients).

Un investisseur patient peut se permettre le luxe d’attendre que les meilleures opportunités d’investissement se présentent à lui. Pour peu qu’il soit capable de se faire sa propre opinion quant à la valeur d’un titre, un investisseurs sera en effet en mesure d’acheter un titre avec une importante marge de sûreté, ce qui lui assurera à la fois une promesse d’appréciation de son capital pour un risque modéré. Les investisseurs les plus illustres – Graham, Buffett, Klarman, Schloss… – ont démontré année après année que la patience était une vertu cardinale, pour peu qu’ils aient les moyens de cette patience (en général, cette patience est le fruit d’une totale indépendance financière).

Ignorer la foule

La lettre de Grantham contient également quelques conseils très utiles. Si je ne devais en retenir qu’un, ce serait celui-ci. Plutôt que d’écouter la foule des investisseurs et se laisser influencer par « Monsieur le Marché », un investisseur trouvera à la fois confort et assurance en se concentrant sur les chiffres.

« Le meilleur moyen de résister à la foule est d’estimer vous-mêmes la valeur [d’un titre] ou de trouver des sources fiables (tout en vérifiant de temps à autre leurs calculs) », nous explique Grantham.

Ce faisant, un investisseur ignorera le court terme et se focalisera sur la valeur d’un titre à partir des flux futurs de trésorerie que ce titre lui assurera. L’investisseur prudent privilégiera le long terme – un conseil totalement compatible avec la vertu de patience prônée plus tôt.

Connaître ses limites

Benjamin Graham expliquait dans son livre L’investisseur intelligent que le pire ennemi de tout investisseur n’est autre que lui-même. Grantham le rejoint en enjoignant tout investisseur à connaître ses forces et faiblesses, notamment sa tolérance au risque.

« Vous devez connaître vos seuils de patience et de tolérance aux pertes (…). Si vous ne pouvez résister à la tentation [et vous vous laissez influencer par le marché], vous ne devez SURTOUT PAS gérer votre propre argent », souligne Grantham.

Soit vous êtes en mesure d’agir de manière rationnelle, soit vous ne pouvez pas vous maîtriser et le mieux est alors de chercher à confier votre argent à un conseiller. Sur ce dernier point, Grantham n’apporter malheureusement pas de conseil pour choisir son conseiller.

Pour ma part, cela se jouerait plus sur la compréhension du processus d’investissement, du style de gestion (personnellement, je me sens proche des gérants value qui ont investi leur propre argent à côté de celui de leurs clients – ils sont rares !). Mais cela peut constituer un point de départ intéressant, avant de regarder le « track » et la culture du gérant.

Jocelyn Jovène, weeko.fr

Le texte (extrait du commentaire trimestriel de GMO) auquel je fais référence est juste ici.

Ingenico : un optimisme surestimé

Vendredi 24 février 2012

Ingenico est sans conteste une belle valeur de croissance dans le secteur des solutions électroniques de paiement. Les résultats 2011 l’attestent et les perspectives pour 2012 sont largement saluées ce vendredi avec un bond de près de 5% du cours de Bourse.

Il y a toutefois deux façons de voir la situation boursière d’Ingenico. La première est de mettre en regard les résultats passés (résultat net en hausse de 43%) et l’évolution du cours de Bourse sur un an (+33%). On peut alors en conclure qu’il y a encore un potentiel de hausse, surtout si l’on considère que 2012 sera également un bon cru en termes de performances financières : le groupe annonce une progression de 8 des ventes et une amélioration de sa rentabilité.

On peut également s’attarder sur la valorisation du titre et ce qu’intègre le cours de Bourse. Là, la prudence devrait plutôt dominer. En effet, à 34 euros l’action, Ingenico affiche des ratios de valorisation plutôt généreux : un P/E 2012e (cours sur bénéfice) de 18,6x, un P/B (cours sur actif net) de 2,6x, un multiple de cash flow (P/CF 2012e) de 13,7x et un rendement bénéficiaire (inverse du P/E) de 5,4%. Ce n’est sans doute pas excessif pour une valeur de croissance, mais de tels ratios ne tolèrent pas le moindre accroc dans le développement commercial et dans les performances financières de la société.

Quid de l’environnement macroéconomique ?

L’environnement macro-économique reste incertain en Europe qui est le 1er pôle d’activité du groupe. En Asie-Pacifique, la base de comparaison est devenue plus difficile à battre, même si Ingenico tire bénéfice de nombreux succès commerciaux en Chine. La situation est similaire en Amérique Latine (Brésil notamment) autre pilier de la croissance du groupe, où un important travail doit être effectué sur l’amélioration de la rentabilité de la société (marge opérationnelle de 8,6% contre 12,8% pour le groupe l’an dernier).

Or, quel que soit le modèle d’évaluation utilisé, il est difficile de justifier le cours actuel d’Ingenico, sauf à prendre des hypothèses de financement lâches et à considérer que l’avenir du groupe ne connaîtra plus aucune fausse note.

Les investisseurs qui pensent manquer une opportunité en voyant un titre comme Ingenico rebondir aussi fortement ce vendredi devraient plutôt se demander si l’enthousiasme de la Bourse alimenté par quelques relèvements de recommandation de courtiers est totalement justifié.

L’avis du blogueur

A mon avis, la Bourse s’est déjà montrée très généreuse avec Ingenico. S’emparer du titre au cours actuel expose fortement l’investisseur à toute déception, qu’elle soit propre à l’entreprise ou liée à un environnement macro-économique dont on ne sait toujours pas s’il est résolument en voie d’amélioration ou si le moindre accident ne pourrait pas être source d’un regain de volatilité pour les marchés.

Jocelyn Jovène, weeko.fr

Les opérateurs télécoms devraient changer de disque

Lundi 20 février 2012

Il y a belle lurette que les investisseurs ne comptent plus sur les promesses de dividende que leur font les opérateurs de télécommunications pour investir dans le secteur.

L’année 2011 en a été une belle illustration (voir le graphique ci-dessous). En un an, l’action France Télécom a chuté de 31%, malgré la promesse d’un rendement du dividende élevé : 12,7% sur le plus bas de l’année écoulée.

La croissance plutôt que le dividende

Pour Gabrielle Capron et Luisa Florez, analystes chez Groupama AM et auteures d’une étude approfondie de l’industrie des télécoms en Europe, les dirigeants des opérateurs devraient plutôt se focaliser sur les moyens de redynamiser leur croissance sur le long terme. Ce changement stratégique permettrait de sortir de la spirale inflationniste où priorité est faite à la réduction des coûts plutôt qu’à l’innovation, aux sous-investissements plutôt qu’à la qualité du service rendu.

Les opérateurs de télécommunications sont en effet dépositaires d’une denrée rare : la capacité de débit d’un réseau fixe ou mobile. Et leurs clients sont prêts à mieux rémunérer sous réserve que la qualité de service soit au rendez-vous. Aborder les vrais défis stratégiques devrait donc inciter les opérateurs à se concentrer sur l’innovation et le développement en interne d’une culture collaborative, plutôt qu’à considérer systématiquement l’emploi comme une variable d’ajustement.

Investir davantage : un révolution culturelle

Les expertes de Groupama AM estiment en outre que les opérateurs ont globalement les moyens d’engager une politique plus dynamique d’investissement visant à mieux valoriser leur capital humain. L’expérience nord-américaine montre ainsi que les clients des opérateurs de télécommunications sont prêts à reconnaître la qualité du service rendu et à la payer.

Pour obtenir des résultats similaires en Europe, il faudrait que les opérateurs soient prêts à investir 20 % à 30 % de plus dans leurs réseaux. Cette révolution culturelle chez les opérateurs européens passera nécessairement à court terme par une révision des politiques de rémunération des actionnaires. On observe déjà des tensions chez les opérateurs dont la structure financière est la plus fragile (OTE, Telefonica ou Telekom Austria). D’autres industriels, comme France Télécom, Telecom Italia ou Portugal Telecom devraient aussi revoir leur politique de retour de cash aux actionnaires.

“Pricing power”

La différentiation par le réseau peut être une pricing power“, affirme même Gabrielle Capron. Un message qui semble être passé chez les dirigeants de certains opérateurs et qui pousse les analystes de Groupama AM à adopter une opinion un peu plus positive sur le secteur.

Les opérateurs ont enfin compris combien l’investissement et l’innovation étaient clefs dans la sauvegarde de leur fonds de commerce“, expliquent-elles. Les actionnaires des opérateurs disposent enfin d’un autre levier pour faire évoluer la stratégie des opérateurs : en incitant ces derniers à revoir la politique de rémunération des dirigeants pour l’inscrire davantage sur le long terme. Là encore, l’expérience nord-américaine tendrait à montrer qu’en privilégiant le long terme dans les rémunérations de leurs dirigeants, les opérateurs nord-américains privilégient l’investissement dans la création de valeur sur une plus longue période qu’en Europe.

 

Jocelyn Jovène, weeko.fr

GDF Suez : sale temps pour faire des prévisions trop prudentes

Vendredi 10 février 2012

cours bourse gdf suezL’hiver rigoureux est à n’en pas douter un temps idéal pour vendre de l’énergie. Mais pas pour faire preuve d’excès de prudence dans ses prévisions financières. GDF Suez l’a appris à ses dépens lors de l’annonce de ses résultats annuels hier : son cours de Bourse a perdu près de 5 % jeudi et continue sa glissade ce vendredi (près de -3 %).

La faute à une estimation d’excédent brut d’exploitation de seulement 17 milliards d’euros en 2012, contre 16,53 milliards l’an dernier. En prenant également en compte que l’EBITDA a au passage perdu son statut d’indicateur financier de référence au profit du résultat net courant – un tantinet plus compliqué à estimer…

Les analystes présents à la réunion d’information jeudi matin à Paris n’ont pas caché leur étonnement. Certains n’ont pas apprécié la disparition pure et simple des prévisions faites pour 2013 au profit de celles, plus lointaines, pour 2015, alors même que l’environnement semble plus favorable pour l’énergéticien.

Une prudence exagérée

De l’avis de certains observateurs, les précédentes prévisions de moyen terme de GDF Suez étaient apparemment un peu trop optimistes. Mais le mouvement de balancier pour corriger cet excès d’optimisme s’est traduit par une prudence elle-même exagérée. Sauf à considérer la survenue d’événements catastrophiques comme l’effondrement des prix de l’énergie ou encore la hausse vertigineuse des taxes en Europe sur les actifs les moins mobiles…

Surtout, cette prudence est aux antipodes des ambitions du groupe à moyen terme. Ainsi, de nombreux projets dans le gaz, les énergies renouvelables sont en cours de réalisation. Le potentiel synergies issues du rachat d’International Power reste encore significatif. Le groupe devrait également tirer parti des partenariats stratégiques récemment signés, tout cela pour capter le potentiel des marchés émergents d’Asie ou d’Amérique Latine.

Un consensus en fort recul

À court terme, en revanche, le consensus devra être fortement revu à la baisse : entre 9 % et 22 % selon un broker parisien. Au-delà de ces interrogations sur la prudence des dirigeants de GDF Suez, il a fallu plusieurs échanges avec la salle pour qu’on comprenne par exemple que la prévision de résultat net récurrent de 3,5 à 4 milliards d’euros prévue en 2012 (en baisse par rapport à 2011) n’intègre pas la taxe spéciale de la Belgique sur le nucléaire (550 millions d’euros).

De même c’est en réponse à la question d’un analyste que la directrice financière du groupe, Isabelle Kocher, a précisé qu’avec un EBITDA de 17 milliards d’euros, le résultat net courant se situerait vers le milieu de fourchette des prévisions du groupe. En 2015, pour 21 milliards d’euros d’EBITDA le groupe dégagera un profit net courant d’environ 5 milliards d’euros.

Vendredi, la réaction de certains courtiers est moins amène. Oddo, Natixis et Merrill Lynch ont adopté une opinion neutre ou négative sur GDF Suez. Les analystes de Natixis résument en quelques lignes l’incompréhension qui règne au sujet de l’avenir financier de GDF Suez :

“la guidance 2012 (RNpg entre 3,5 Md€ et 4 Md€) implique une baisse de l’EBITDA, à climat constant, alors même que, dans son discours, le management anticipe des leviers de croissance (non quantifiés) dans trois de ses divisions, et une stabilité pour les autres. Cette guidance implique que, en dehors de l’impact des sorties de périmètre représentant entre 400 et 500 M€ d’EBITDA, l’effet de base (880 M€) et la contribution des nouveaux projets présentés au cours de l’Investor Day de décembre dernier, qui devaient apporter 900 M€ d’EBITDA supplémentaires dès 2012 (1 400 M€ en 2014), seront complètement absorbés par des facteurs que nous anticipons difficilement et sur lesquels nous n’avons pas de visibilité.”

Un environnement volatil

Après des années d’incertitudes macroéconomiques et une forte volatilité sur les marchés de l’énergie, on peut sans doute comprendre la difficulté du groupe d’afficher plus d’ambition en matière d’objectifs financiers.

Pourtant, l’action GDF Suez se traite sur des niveaux plutôt modérés. La valeur intrinsèque du titre se situe, sur la base d’estimations très prudentes, autour de 35-37 euros. Au cours actuel de 19-20 euros, l’action présente donc une marge de sûreté significative. Encore faut-il que le groupe soit capable de rassurer sur son profil de croissance bénéficiaire, en dehors de périodes d’acquisition car l’an dernier, International Power a malgré tout beaucoup contribué à des résultats décents.

La météo boursière a ceci de commun avec la météo tout court que les prévisions se doivent d’être revues de manière régulière. C’est un peu l’invitation qu’a lancée Gérard Mestrallet, le patron de GDF Suez, en même temps qu’il nous annonçait la prochaine alternance à la tête de l’Etat :

« en France où les élections seront passées, il y aura un nouveau gouvernement, un nouveau président et donc des orientations peut-être les mêmes peut-être différentes en matière nucléaire”.

Rendez-vous donc pour les semestriels 2012 et d’ici là, GDF Suez aura peut-être retrouvé quelques couleurs.

Jocelyn Jovene

A quoi ça sert l’analyse financière ?

Mercredi 8 février 2012

Un certain nombre d’investisseurs fondent leurs décisions d’achat/vente de titres quasiment exclusivement sur l’analyse technique.

Sous de faux airs de simplicité, cette méthode peut  les aider à déterminer quand acheter un titre (à condition de la pratiquer beaucoup). En outre, comme les spécialistes de cette méthode l’expliquent, pour savoir quoi acheter, mieux vaut utiliser d’autres techniques, dites fondamentales. L’analyse financière est la plus importante, pas la plus facile de prime abord.

Il est rare de trouver des ouvrages introduisant cette technique de manière didactique. Pratique de l’analyse financière de Luc Bernet-Rollande (Dunod, 2009) parvient à relever le défi. Cela reste un ouvrage technique, mais pas rébarbatif. Au contraire.

Découvrir les bases

L’ouvrage débute par quelques rappels utiles de comptabilité : grands principes comptables, processus d’enregistrement comptable et introduction aux postes du bilan et du compte de résultat. Le livre passe à proprement parler aux premiers travaux d’analyse financière : constitution du bilan économique, explication et interprétation des soldes intermédiaires de gestion, puis analyse du compte de résultat, du tableau de flux, du bilan et de l’annexe (le tableau de variation des fonds propres n’est en revanche pas présenté).

Différents publics visés

L’auteur a fait le choix de chapitres assez courts, avec quiz et exercices pratiques (avec leurs corrigés). L’approche est globalement descriptive, même si des conseils utiles sont parfois donnés (important lorsque l’on analyse la solidité financière d’une entreprise par exemple).

Le dirigeant d’entreprise pourra ainsi trouver certains des critères utilisés par les banques pour évaluer la solidité de son entreprise, ou estimer sa capacité d’emprunt. Le créateur d’entreprise y trouvera lui beaucoup d’éléments qui pourront sans doute améliorer le dialogue avec ses interlocuteurs : expert-comptable, banquier.

L’investisseur débutant pourra réaliser sa première analyse en partant de la saisies des comptes et en établissant les soldes intermédiaires de gestion, ainsi qu’ un ensemble de ratios d’analyse utiles pour prendre une décision avisée : profitabilité de l’activité, son financement…

Se faire la main

Réaliser soi-même une “descente de compte” pour calculer des ratios d’analyse financière est, de mon point de vue, le meilleur moyen pour gagner en autonomie en analyse financière.

Au début, ce sera long, mais l’expérience vient avec la pratique voire en échangeant dans le cadre de clubs d’investissement, via des forums sur Internet et sur des livres, ainsi que des notes de courtiers. En cherchant bien, on peut en trouver sur les sites de certaines entreprises cotées (c’est le cas de la société Rubis par exemple).

L’un des buts de l’analyse financière est d’aboutir à un jugement sur les raisons de la performance financière d’une entreprise (résultat d’une stratégie), ainsi que solidité financière, puis à essayer de prévoir comment cette performance évoluera.

Des points d’amélioration?

Quelques éléments de “manipulation comptable” sont divulgués. Personnellement, j’aurais aimé que le livre aille un peu plus loin dans l’analyse de bilan : le décryptage de la relation entre fonds de roulement et BFR est bien présenté ; tout comme le reclassement/retraitement des postes du bilan ou l’analyse des ratios. Mais il y a sans doute d’autres éléments que regardent les analystes crédit qu’il peut être intéressant d’expliquer (ratios d’endettement comme le “gearing“).

Pour un investisseur, il est aussi important de comprendre comment analyser la rentabilité d’une entreprise. Le lien avec l’évaluation financière (même si ce n’est pas l’objet) et l’analyse de la stratégie d’une entreprise manquent aussi (chapitre supplémentaire ?). De même certains points sont évoqués (comme les amortissements dérogatoires) mais finalement assez peu approfondis.

Un absent : les IFRS

On peut regretter que le site accompagnant le livre ne reprenne pas en intégralité les quiz et exercices corrigés sous format électronique. Ce pour mieux voir comment s’articulent les différents états financiers d’une entreprise. De même l’ouvrage, étant surtout destiné aux personnels de banques, ne traite pas de consolidation ou de normes IFRS.

La présentation aux normes IFRS est très proche de la présentation “anglo-saxonne” et ne conduit pas à l’utilisation des mêmes soldes intermédiaires. Là encore, un chapitre de plus eut été utile.

Tout cela n’enlève aucun mérite à cet ouvrage dont je recommande la lecture. Au contraire, nombreux sont les livres traitant d’analyse financière mais restant enfermés dans leur académisme. Luc Bernet-Rollande évite cet écueil. Normal, l’auteur a une expérience du milieu bancaire et anime des séances de formation.

Jocelyn Jovène, weeko.fr

AVERTISSEMENT : Par soucis de transparence, je précise avoir reçu une copie de l’ouvrage suite à ma demande auprès de l’éditeur. Celui-ci ne m’a pas sollicité pour faire ce compte-rendu. Il existe beaucoup d’autres ouvrages d’analyse financière en français. A ce jour, le livre de Luc Bernet-Rollande est le seul qui m’a réellement convaincu par son côté pratique.

LVMH : des résultats remarquables, un titre peu abordable

Vendredi 3 février 2012

resultat_lvmh_theyuped_flickrLVMH détonne encore une fois. Ses résultats annuels publiés hier soir sont de grande qualité, il faut le reconnaître. La valorisation du titre retrouve des niveaux que je trouve personnellement peu abordables mais largement justifiés par la qualité des fondamentaux du groupe de luxe.

2011 marque un sans-faute pour le groupe de luxe, même si certains observateurs ont pu s’inquiéter du ralentissement de l’activité en fin d’année : ralentissement lié entre autres à des éléments de comparaison par rapport à 2010, notamment aux ventes de yachts, ont expliqué les dirigeants de la société.

De même, la génération de cash flow libre a reculé en raison d’une opération immobilière à Londres (500 millions d’euros). Des investissements — non prévus initialement — mais destinés à sécuriser la croissance à long terme du groupe. Malgré tout, le free cash flow dépasse les 2 milliards — soit un peu moins de 10 % du chiffre d’affaires — et devrait remonter rapidement vers les 3 milliards d’euros cette année.

Un modèle de globalisation…

Ce n’est pas une nouveauté, mais LVMH profite pleinement de la globalisation de ses activités. D’une certaine manière, c’est l’exemple à suivre pour de nombreuses entreprises :

  • une base de production nationale pour plusieurs de ses activités (notamment Vuitton ou les activités de vins et spiritueux).
  • le recours à une main-d’œuvre très qualifiée
  • un pouvoir de négociation sur les prix très élevé
  • la maîtrise de son réseau de distribution.

Si l’on ajoute à cela une grande patience pour réaliser des opérations de croissance externe qui devraient s’avérer profitables dans les années à venir (cas de Bulgari), LVMH constitue une valeur idéale pour tout portefeuille investi en actions.

… chèrement valorisé

Le problème est qu’aujourd’hui, détenir cet actif coûte particulièrement cher. Les ratios de valorisation de la société sont très généreux (P/E 2012 de 18,2x, P/B de 2,9X, P/cf. de 14,2x selon le consensus IBES). On l’a vu, cela est amplement justifié. Mais l’investisseur prudent aurait intérêt à attendre que le cours revienne sur des niveaux plus abordables. À mon humble avis, ce niveau se situe vers 90 euros.

Pourquoi le titre est-il si cher ? Tout simplement parce que LVMH fait la preuve d’une capacité à faire croître de manière régulière et rapide son chiffre d’affaires, profitant pleinement de son exposition aux marchés dits émergents : ils représentent 37 % des ventes — 27 % en Asie, 10 % ailleurs. Et ces marchés recèlent un gisement de croissance encore significatif, si l’on en croit les commentaires des dirigeants du groupe (mois de janvier dans la tendance de fin 2011).

Faire comme Bernard Arnault

Pour détenir du LVMH, il faudra faire comme Bernard Arnault : se montrer patient et rester attentif à la moindre opportunité. J’ajoute qu’il existe une autre possibilité d’être actionnaire de LVMH en passant par sa holding cotée, Christian Dior (CDI). Sur la base des éléments connus jusqu’à présent, la décote sur l’actif net réévalué de CDI se situe autour de 30 % (comme je le mentionnais il y a quelques semaines).

Contrairement à mes anticipations, CDI a profité du rebond boursier de LVMH (ce qu’avaient bien vu les analystes de la Société Générale, par exemple). Je n’en pense pas moins que l’action est chère, en précisant que mon point de vue est celui d’un investisseur value.

Jocelyn Jovène, weeko.fr