STMicroelectronics, spécialiste de la destruction de valeur

stmicrolectronics-cours-bourse-Nic's events-flickrEn quelques années, STMicroelectronics est devenu un spécialiste de la destruction de valeur. Les résultats décevants de STMicroelectronics publiés au titre du quatrième trimestre 2011 confortent cette idée et devraient fortement inciter les États français et italien, principaux actionnaires du fabricant de semi-conducteurs, à se poser de sérieuses questions sur l’intérêt de maintenir en place l’actuelle équipe de direction.

Depuis 10 ans, STMicroelectronics (STM) perd des parts de marché : progression de 4 % an des ventes contre +8 % pour l’industrie. Sa dépendance excessive à l’égard de Nokia et son incapacité à remporter des contrats plus significatifs sur le marché de la téléphonie mobile se traduisent aujourd’hui par de lourdes pertes financières.

Les investisseurs attendent toujours de voir quels fruits rapporteront les différentes opérations de croissance externe engagées sous l’ère de Carlo Bozotti, actuel P-DG de l’entreprise.

Un manque de leadership

STM n’est pas leader sur ses marchés les plus significatifs. Le groupe n’est que numéro 3 mondial dans les communications et dans l’automobile : deux secteurs qui représentent respectivement 27 % et 17 % de son chiffre d’affaires. Le modèle d’un acteur diversifié ne semble plus en phase avec les attentes du marché, contrairement à ce qu’avance le groupe.

Malgré l’intensification des efforts de R & D au cours des dernières années, STM reste dépendant de clients stratégiques en perte de vitesse (cas de Nokia) et a visiblement le plus grand mal à la fois à valoriser ses produits et à remporter suffisamment de contrats commerciaux pour bien charger ses “fabs” (les usines où les composants sont fabriqués à partir de tranches de silicium).

Résultat : le taux de marge brute, un des indicateurs clefs d’évaluation de la performance dans l’industrie des semi-conducteurs, plafonne sous les 40 % depuis plusieurs années (37 % en 2011), quand il atteint 62,5 % chez Intel, 49 % chez Texas Instruments, 51 % chez Broadcom (9 mois 2011) ou 66 % chez Analog Devices.

Un manque de succès qui coûte cher

Jusqu’ici, les parties prenantes de l’entreprise (notamment les actionnaires et les salariés) ont payé les pots cassés. Arbitrages au sein du portefeuille de produits, stratégie axée sur la convergence multimédia, restructurations récurrentes de l’outil de production pour réduire la sensibilité du groupe aux variations du change et le rendre moins consommateur en capital n’ont pas produit de résultats tangibles en matière de rentabilité des capitaux employés.

À se demander s’il n’est pas venu le moment d’envisager une refonte plus complète du périmètre d’activité de STMicroelectronics. Mais encore faudrait-il que l’Etat stratège ait conscience des problèmes et qu’il réagisse. Jusqu’ici, c’est plutôt silence radio. Un silence ahurissant quand on sait quelle est l’importance de la microélectronique pour un pays qui souhaite maintenir une quelconque puissance industrielle sur son sol.

Aujourd’hui, l’action STM se traite en deçà de sa valeur d’actif net, ce qui signifie que les investisseurs se demandent d’où viendront la croissance bénéficiaire et la création de valeur. En théorie, avec de tels ratios, les investisseurs devraient s’intéresser au titre.

Mais si la direction de STM n’est pas capable d’afficher un plan stratégique plus convaincant et surtout des résultats tangibles, il y a de bonnes chances que le marché se désintéresse durablement du titre.

Jocelyn Jovène, weeko.fr

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6 commentaires, blog bourse sur “STMicroelectronics, spécialiste de la destruction de valeur”

  1. Kripto says:

    Bravo pour votre article !
    Titre accrocheur, voir racoleur.
    Quelques chiffres sortient de tout contexte socio-économique.
    A cause d’articles de cette espèce, le monde n’est devenu que chiffre de rentabilité sans humanité.
    Ou produisent TI, Intel… ?
    62,5%; 49% de marge brut. C’est nul. Et pourquoi pas 80%, 85% ou 90% ? Toujours plus pour qui ?
    Apprenez vite le chinois si vous voulez écrire des articles qui soient lus pas des acteurs économique dans 5 ans.
    Est ce que le model socio-économique d’ST n’est pas meilleure que celui des sociétés que vous citez ? et comment le promouvoir ? Voilà les questions.
    Les banques occidentales qui soutiennent ce model mondialiste integriste sans limites sont en train de scier la branches sur laquelle elle sont assisent et elle est en train de casser, et tout le monde avec !
    Ca ne veut pas dire que C. Bozzoti fait un travail miraculeux, mais votre article est beaucoup trop orienté rentabilité à tout prix sans rien comparer d’autres, et ça m’énerve !

    • Bonjour,
      Merci pour vos commentaires tout aussi rentre dedans. Il se trouve que j’ai travaillé chez STM qq mois à la fin de mes études. J’y ai rencontré des gens géniaux, des ingénieurs qui cherchaient des solutions pour pouvoir fabriquer des produits toujours plus complexes, le tout orchestré par un patron charismatique, animé d’une vision de long terme de l’entreprise. Mais à l’époque déjà la rentabilité était le nerf de la guerre et STM profitait du succès de ses grands clients, donc Nokia.
      Ce que le papier cherche à montrer – et n’a pas totalement réussi à le faire à voir votre réaction – c’est que STM n’a plus de stratégie digne de ce nom. La rentabilité n’est qu’une sanction de choix de dirigeants. Or ces derniers, obnubilés par le retour sur capital, n’ont fait que réduire les coûts, expliquant que c’était la faute à l’euro trop élevé face au dollar. Mais comment STM perd-il des parts de marchés quand dans d’autres secteurs, des entreprises gagnent des parts de marché, malgré un euro fort ? C’était cela que je souhaitais interroger, tout comme l’absence cruelle de l’Etat stratège pour garder en France (et en Europe) une base productive importante et dynamique en micro-électronique. Rien de plus.

      • Kripto says:

        Oui, le contenu et le ton de votre article m’ont énervé donc j’ai utilisé le même ton.
        Je vous remercie sincerement de ne pas l’avoir censuré.

        Et non ! Si ST avait voulu réduire les coûts justes pour augmenter sa rentabilité, elle aurait délocalisé bien plus ses usines en France et en Italie.
        Forcément ST est pénalisé par l’euro. Une grande partie de sa production est en Europe, contrairement à tous les autres acteurs que vous avez cité.
        Vous dites que l’ancien CEO était charismatique et qu’il avait une vision long terme. Oui, c’est vrai. C’est d’ailleurs lui qui a fait du TOUT Nokia non ?
        Et malgré cela, en ce moment, la rentabilité n’est pas si nulle et essaye de corriger le tir. C’est aussi ce que je veux dire.
        Alors peut être auraient-ils du anticipé plus.
        Si c’est ce que vous vouliez dire, il fallait vraiment lire entre les lignes !
        Et encore une fois, je ne veux pas défendre l’équipe dirigeante. Je ne sais pas si une autre aurait fait mieux.
        Mais dire que d’autres auraient pu faire mieux avec ces arguments, est trop facile et trop simpliste.
        Simplement je pense que ce genre d’article en ne parlant encore une fois que de marge brut, pousse à penser qu’il faut toujours plus, toujours plus de rentabilité sans aucun autre aspect et donc qu’il ne faut pas produire en France.
        De plus, pour votre info, les politiques regardent ST et C. Bozotti a été récemment (20 dec. 2011) interviewé par l’assemblé national et ST a été cité comme pratiquement meilleur exemple de maintien de la production en France et en Europe.
        http://www.assemblee-nationale.fr/13/cr-eco/11-12/c1112023.asp

        • victoria kaiser says:

          Bonjour,

          Merci de votre intervention et de la qualité de cet échange ! Nous espérons vous relire bientôt !

        • Bonjour et pardon pour ma réponse tardive.
          J’entends vos arguments, qui sont très intéressants. Questions: comment expliquez-vous les pertes de parts de marché ces dernières années? Quel a été le retour sur investissement des acquisitions réalisées par Carlo Bozotti ? ST avait peut-être les moyens, quand son cours de Bourse était mieux valorisé et que l’euro cotait 1.5-1.6 dollar, de réaliser une opération de croissance externe plus structurante et qui aurait mieux diversifié sa base de coûts. Pourquoi cela n’a-t-il pas été fait ? Voilà les questions que je me pose. Enfin, les usines de semi-conducteurs, au regard des très lourds investissements consentis et des subventions reçues, ne se délocalisent pas facilement (je crois toutefois que la taxe pro du temps où elle existait a assuré quelques jolies recettes fiscales au département de l’Isère et a permis le développement d’un réel pôle de compétitivité en nanotechnologie – tout comme à Rousset). C’est peut-être ce qui me laisse espérer que ST ne délocalisera pas plus – et là c’est la responsabilité de l’ETat “stratège” qui est en jeu.
          Je vous remercie néanmoins pour vos remarques et aurai plaisir à vous lire de nouveau.
          Cdt

  2. Kidamon15 says:

    Merci pour l’article, qui reprend en fait pas mal d’inquiétudes vécues de l’intérieur. Je ne fais pas le procès des chiffres et des données factuelles, ils aident à quanitifer malgrè leur côté déshumanisé…. Ceci étant:

    - Nokia: analyse correcte, c’est ce qui a permis la réussite de la compagnie, ne l’oublions pas, à une période ou pas grand monde ne ne croyait en son futur.

    - Destruction de valeur: je dirais oui, sans aucun doute, au regard du savoir faire et des investissements en R&D. En fait, c’est une destruction des valeurs.

    - Les causes? Pas de vision, stratégie erratique, perte de confiance dans le management, clients méfiants, guerre des chefs, crise d’identité, alliances et fusions comiques et dramatiques etc. etc.. Ca n’engage que moi, je travaille dans cette compagnie. C’est donc plus une refonte complète des valeurs réelles de STMicro/STEricsson qu’il conviendrait de faire, en préalable à celui des activités.

    Oui, on peut mourir avec de bonnes excuses. Les problèmes de Nokia et de Sony-Ericsson pour expliquer les mauvais résultats (ST-Ericsson), ou le désalignement culturel avec Samsung sont avérés. Les invoquer en mantra ‘pas de chance’ n’est pas vraiment honorable. La question n’est même plus là. Le prix du désintérêt? Les salariés le payent fort aussi ….

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