Rien ne change chez Carrefour, si ce n’est ses dirigeants. Le groupe de distribution a officialisé le prochain départ de Lars Olofsson, et son remplacement par Georges Plassat. Le troisième changement de PDG en 4 ans. Dans la foulée, Pierre Bouchut quitte le groupe.
Cela commence à faire beaucoup. Ce turnover de dirigeants (outre celui organisé par Olofsson lui-même) sanctionne certes la multiplication des avertissements sur résultat et l’incapacité de l’équipe de direction à remettre sur le distributeur les rails.
Il illustre aussi les atermoiements d’actionnaires minoritaires qui ont réussi à prendre le pouvoir dans l’entreprise (sans en payer le prix) et tentent par tous les moyens à se refaire, alors qu’ils sont rentrés lorsque le cours de Bourse était beaucoup plus élevé - autour de 50 euros rappelle le Wall Street Journal contre moins de 18 euros actuellement.
Rappelons que grâce à Blue Capital, Carrefour a trouvé le moyen de se séparer de Dia, activité de hard discount, au moment où ce format de magasins se développe plutôt bien : en particulier lorsque la conjoncture est moins favorable. De même, l’obsession de vouloir coter l’immobilier du groupe a créé une incertitude et contribué au manque de visibilité sur la stratégie financière de Carrefour.
En juin 2011, Sébastien Bazin, patron de Colony Capital et actionnaire de Carrefour avec LVMH au sein de Blue Capital (22 % des droits de vote), se défendait de vouloir démanteler le distributeur. Il expliquait également :
“La stratégie du groupe est la bonne. Il faudra du temps pour que cela se traduise dans le cours de Bourse, mais le chemin est le bon. Il y a trente ans, la part de l’alimentation et du textile dans les dépenses des ménages était de 30 % environ. Elle est passée aujourd’hui à moins de 15 %, avec la montée des dépenses dans d’autres types de produits ou de services comme la téléphonie mobile, Internet, etc. Il est donc indispensable de réinventer l’hypermarché et d’augmenter la part des marques de distributeur. C’est ce que Carrefour est en train de faire.”
Au passage, le représentant de Colony Capital justifiait cette notion baroque d’actionnaire influent sans détenir le contrôle de l’entreprise (!). Mais moins d’un an plus tard, la “bonne stratégie” ne fonctionne pas. Certains analystes appellent ouvertement à ce que Carrefour lance une guerre des prix…
Quels projets pour Georges Plassat ?
Qu’apportera Georges Plassat ? Ce sera sans doute la surprise du chef lors de l’annonce des résultats semestriels : à moins que l’AG de Carrefour ne soit l’occasion d’une prise de parole — elles sont rares apparemment. On trouvera peut-être quelques éléments de réponse dans deux entretiens accordés à LSA, en 2002 et en 2008. Il y a près de 10 ans, le patron du Groupe Vivarte affirmait :
“Quand on achète mieux, qu’on réassortit mieux et qu’on a des prix corrects, en général, les volumes s’améliorent.”
Le dirigeant mettait également en avant la polyvalence des salariés (ce qui risque de provoquer une petite révolution si cela devait s’appliquer chez Carrefour).
Mais si ces entretiens sont plus un moyen de se faire une première idée du dirigeant, difficile d’imaginer que ce qui a marché pour Vivarte (4 milliards de CA) fonctionne pour un groupe près de 25 fois plus gros. Les problèmes de Carrefour ont été plusieurs fois commentées. La tâche de Georges Plassat est gigantesque. Mais il est difficile de croire qu’un groupe de cette taille n’ait pas les moyens de se redresser.
Boursièrement, Carrefour se traite sur des niveaux de valorisation qui méritent de “creuser le dossier”. L’arrivée de Georges Plassat sera peut-être enfin l’occasion d’un renouveau pour l’entreprise, ses salariés — et le cours de Bourse suivra peut-être. Mais la présence de Blue Capital est un réel facteur d’incertitude. À se demander si elle ne justifie pas une décote de valorisation…
Jocelyn Jovène, weeko.fr













