Archive pour janvier 2012

Carrefour : nouvelle tête, vieux problèmes

Mardi 31 janvier 2012

Rien ne change chez Carrefour, si ce n’est ses dirigeants. Le groupe de distribution a officialisé le prochain départ de Lars Olofsson, et son remplacement par Georges Plassat. Le troisième changement de PDG en 4 ans. Dans la foulée, Pierre Bouchut quitte le groupe.

Cela commence à faire beaucoup. Ce turnover de dirigeants (outre celui organisé par Olofsson lui-même) sanctionne certes la multiplication des avertissements sur résultat et l’incapacité de l’équipe de direction à remettre sur le distributeur les rails.

Il illustre aussi les atermoiements d’actionnaires minoritaires qui ont réussi à prendre le pouvoir dans l’entreprise (sans en payer le prix) et tentent par tous les moyens à se refaire, alors qu’ils sont rentrés lorsque le cours de Bourse était beaucoup plus élevé - autour de 50 euros rappelle le Wall Street Journal contre moins de 18 euros actuellement.

Rappelons que grâce à Blue Capital, Carrefour a trouvé le moyen de se séparer de Dia, activité de hard discount, au moment où ce format de magasins se développe plutôt bien : en particulier lorsque la conjoncture est moins favorable. De même, l’obsession de vouloir coter l’immobilier du groupe a créé une incertitude et contribué au manque de visibilité sur la stratégie financière de Carrefour.

En juin 2011, Sébastien Bazin, patron de Colony Capital et actionnaire de Carrefour avec LVMH au sein de Blue Capital (22 % des droits de vote), se défendait de vouloir démanteler le distributeur. Il expliquait également :

“La stratégie du groupe est la bonneIl faudra du temps pour que cela se traduise dans le cours de Bourse, mais le chemin est le bon. Il y a trente ans, la part de l’alimentation et du textile dans les dépenses des ménages était de 30 % environ. Elle est passée aujourd’hui à moins de 15 %, avec la montée des dépenses dans d’autres types de produits ou de services comme la téléphonie mobile, Internet, etc. Il est donc indispensable de réinventer l’hypermarché et d’augmenter la part des marques de distributeur. C’est ce que Carrefour est en train de faire.”

Au passage, le représentant de Colony Capital justifiait cette notion baroque d’actionnaire influent sans détenir le contrôle de l’entreprise (!). Mais moins d’un an plus tard, la “bonne stratégie” ne fonctionne pas. Certains analystes appellent ouvertement à ce que Carrefour lance une guerre des prix…

Quels projets pour Georges Plassat ?

Qu’apportera Georges Plassat ? Ce sera sans doute la surprise du chef lors de l’annonce des résultats semestriels : à moins que l’AG de Carrefour ne soit l’occasion d’une prise de parole — elles sont rares apparemment. On trouvera peut-être quelques éléments de réponse dans deux entretiens accordés à LSA, en 2002 et en 2008. Il y a près de 10 ans, le patron du Groupe Vivarte affirmait :

“Quand on achète mieux, qu’on réassortit mieux et qu’on a des prix corrects, en général, les volumes s’améliorent.”

Le dirigeant mettait également en avant la polyvalence des salariés (ce qui risque de provoquer une petite révolution si cela devait s’appliquer chez Carrefour).

Mais si ces entretiens sont plus un moyen de se faire une première idée du dirigeant, difficile d’imaginer que ce qui a marché pour Vivarte (4 milliards de CA) fonctionne pour un groupe près de 25 fois plus gros. Les problèmes de Carrefour ont été plusieurs fois commentées. La tâche de Georges Plassat est gigantesque. Mais il est difficile de croire qu’un groupe de cette taille n’ait pas les moyens de se redresser.

Boursièrement, Carrefour se traite sur des niveaux de valorisation qui méritent de “creuser le dossier”. L’arrivée de Georges Plassat sera peut-être enfin l’occasion d’un renouveau pour l’entreprise, ses salariés — et le cours de Bourse suivra peut-être. Mais la présence de Blue Capital est un réel facteur d’incertitude. À se demander si elle ne justifie pas une décote de valorisation…

 

Jocelyn Jovène, weeko.fr

STMicroelectronics, spécialiste de la destruction de valeur

Vendredi 27 janvier 2012

stmicrolectronics-cours-bourse-Nic's events-flickrEn quelques années, STMicroelectronics est devenu un spécialiste de la destruction de valeur. Les résultats décevants de STMicroelectronics publiés au titre du quatrième trimestre 2011 confortent cette idée et devraient fortement inciter les États français et italien, principaux actionnaires du fabricant de semi-conducteurs, à se poser de sérieuses questions sur l’intérêt de maintenir en place l’actuelle équipe de direction.

Depuis 10 ans, STMicroelectronics (STM) perd des parts de marché : progression de 4 % an des ventes contre +8 % pour l’industrie. Sa dépendance excessive à l’égard de Nokia et son incapacité à remporter des contrats plus significatifs sur le marché de la téléphonie mobile se traduisent aujourd’hui par de lourdes pertes financières.

Les investisseurs attendent toujours de voir quels fruits rapporteront les différentes opérations de croissance externe engagées sous l’ère de Carlo Bozotti, actuel P-DG de l’entreprise.

Un manque de leadership

STM n’est pas leader sur ses marchés les plus significatifs. Le groupe n’est que numéro 3 mondial dans les communications et dans l’automobile : deux secteurs qui représentent respectivement 27 % et 17 % de son chiffre d’affaires. Le modèle d’un acteur diversifié ne semble plus en phase avec les attentes du marché, contrairement à ce qu’avance le groupe.

Malgré l’intensification des efforts de R & D au cours des dernières années, STM reste dépendant de clients stratégiques en perte de vitesse (cas de Nokia) et a visiblement le plus grand mal à la fois à valoriser ses produits et à remporter suffisamment de contrats commerciaux pour bien charger ses “fabs” (les usines où les composants sont fabriqués à partir de tranches de silicium).

Résultat : le taux de marge brute, un des indicateurs clefs d’évaluation de la performance dans l’industrie des semi-conducteurs, plafonne sous les 40 % depuis plusieurs années (37 % en 2011), quand il atteint 62,5 % chez Intel, 49 % chez Texas Instruments, 51 % chez Broadcom (9 mois 2011) ou 66 % chez Analog Devices.

Un manque de succès qui coûte cher

Jusqu’ici, les parties prenantes de l’entreprise (notamment les actionnaires et les salariés) ont payé les pots cassés. Arbitrages au sein du portefeuille de produits, stratégie axée sur la convergence multimédia, restructurations récurrentes de l’outil de production pour réduire la sensibilité du groupe aux variations du change et le rendre moins consommateur en capital n’ont pas produit de résultats tangibles en matière de rentabilité des capitaux employés.

À se demander s’il n’est pas venu le moment d’envisager une refonte plus complète du périmètre d’activité de STMicroelectronics. Mais encore faudrait-il que l’Etat stratège ait conscience des problèmes et qu’il réagisse. Jusqu’ici, c’est plutôt silence radio. Un silence ahurissant quand on sait quelle est l’importance de la microélectronique pour un pays qui souhaite maintenir une quelconque puissance industrielle sur son sol.

Aujourd’hui, l’action STM se traite en deçà de sa valeur d’actif net, ce qui signifie que les investisseurs se demandent d’où viendront la croissance bénéficiaire et la création de valeur. En théorie, avec de tels ratios, les investisseurs devraient s’intéresser au titre.

Mais si la direction de STM n’est pas capable d’afficher un plan stratégique plus convaincant et surtout des résultats tangibles, il y a de bonnes chances que le marché se désintéresse durablement du titre.

Jocelyn Jovène, weeko.fr

Quand la BCE contrarie les pronostics des experts boursiers

Mardi 24 janvier 2012

BCE_bourse_eisenrahDécidément, la Banque centrale européenne n’en fait qu’à sa tête et contrarie les pronostics de bien des experts. L’an dernier, l’institution monétaire décevait les espoirs des investisseurs en refusant de racheter massivement la dette des États de la zone euro. Elle déprimait ainsi des marchés déjà assommés par des perspectives de croissance bien moroses.

Une telle situation d’incertitude avait d’ailleurs poussé les courtiers de plusieurs banques d’affaires (comme Goldman Sachs) à anticiper une poursuite du plongeon des Bourses européennes en ce début d’année (prévisions alors confortées par des investisseurs encore très prudents jusqu’à la mi-décembre).

Or rien de tel ne s’est produit. Depuis le début de l’année, les Bourses sont à la fête : les grands indices boursiers (S & P 500, Stoxx 600, MSCI Asia Pacific) ont gagné entre 7 % et 10 % depuis le 16 décembre, l’eurodollar a cédé 0,6 %, les matières premières ont progressé de 5 % – tout comme l’or ce qui est un peu plus surprenant. Les rendements obligataires remontent légèrement.

Les investisseurs sont repassés en mode “risk on” : ils accroissent l’exposition de leurs portefeuilles aux actifs risqués – actions, matières premières – et sont moins en quête des valeurs refuge – dollar, yen, franc suisse en dehors de l’or. Difficile toutefois de parler de mouvements massifs. Comme l’avenir est imprévisible, l’augmentation du risque se fait par l’intermédiaire de produits structurés (ETF, options ou futures) — des instruments financiers très liquides qui permettent de sortir des marchés en quatrième vitesse au moindre coup dur  - défaut désordonné d’un Etat, faillite d’une banque, rechute brutale de l’activité économique.

Qu’est-ce qui provoque ce vent d’optimisme ?

Pas les perspectives de croissance : elles sont molles aux Etats-Unis (2-2,5 % de progression du PIB en 2012), déprimées en Europe (récession modérée) et moins dynamiques dans les émergents (par émergents, il faut en fait comprendre la Chine où la transformation du modèle de croissance centré sur la consommation intérieure se traduit par un PIB en progression de 8 % contre 10 % auparavant).

L’explication centrale serait… la BCE  (eh oui !), notamment l’annonce début décembre 2011 d’opérations de financement du système bancaire à 3 ans (une éternité pour un investisseur moyen). Le mouvement de hausse des marchés actions a démarré peu de temps après l’annonce dela BCE, profitant surtout aux valeurs financières (banque, assurance), ainsi qu’à certains secteurs cycliques (automobile, technologie, biens d’équipement).

Quel est l’objectif de la BCE ?

L’intervention de la BCE a un objectif. Elle veut assurer la liquidité du système bancaire. Depuis la crise de l’été dernier, les banques refusent de se prêter entre elles compte tenu de l’incertitude qui pèse sur l’économie et sur leur exposition au risque souverain. En mettant en place un guichet ouvert, la BCE empêche une crise systémique comme ce qui avait pu se produire au lendemain de la faillite de la banque américaine Lehman Brothers. Au passage elle permet (volontairement ?) aux banques de réaliser un carry-trade massif (se financer à un taux très faible auprès dela BCE et d’investir cet argent sur des titres obligataires) et reconstituer ainsi leurs marges (les comptes de fin 2011 et du début 2012 seront peut-être instructifs sur ce plan).

Cette action a un autre effet inattendu et c’est peut-être là l’intention masquée de la BCE : inciter les banques à acheter des titres de dette souveraine, faire rebaisser les taux (“déstresser” les marchés en quelque sorte), voire redonner confiance dans le système bancaire et créer les conditions d’une reprise économique à moyen terme.

Car c’est bien le problème. Les marges de manœuvre des États sont limitées. Si l’on considère que l’on est dans une récession par le bilan (le désendettement des agents économiques pèse sur la demande intérieure rendant inefficace toute baisse des taux), c’est bien d’un retour de la confiance dont on a besoin aujourd’hui. Tant que les agents économiques n’auront pas le sentiment que la crise est sur le point d’être résolue, ils épargneront au lieu de consommer ou d’investir, et le cercle vicieux de la récession fera son œuvre.

La BCE a peut-être fait sa part du travail pour sortir de l’ornière. Aux États européens de montrer qu’ils ont pris la mesure de la crise actuelle et qu’ils sont capables de coordonner leurs politiques fiscales et relancer la croissance économique (et pas uniquement de réaliser des économies budgétaires). Alors le mouvement de hausse des Bourses ne sera peut-être pas un phénomène éphémère, comme il donne l’impression de l’être actuellement.

Jocelyn Jovène

(weeko.fr)

Cegid : une valeur mal appréciée par la Bourse

Vendredi 20 janvier 2012

L’éditeur de logiciels de gestion Cegid, créé en 1987 par J-M Aulas, a publié hier soir son chiffre d’affaires annuel, confirmant de belles qualités défensives dans un environnement économique et financier toujours incertain. Bizarrement, ces qualités sont loin d’être prises en compte par la Bourse. Lire le reste de cet article »

Free cash flow ou dividende, il faut choisir

Mardi 17 janvier 2012

Echaudés par la volatilité des marchés financiers, de nombreux investisseurs privilégient la sécurité d’un revenu plutôt qu’une hypothétique appréciation de leur capital. Dans la classe actions, les fonds axés sur la distribution de dividende sont en vogue.

Or 2011 nous a montré que se focaliser uniquement sur le critère du dividende peut être une source de déconvenue. Les exemples récents de Telefonica ou de Société Générale montrent que les secteurs considérés parmi les plus « généreux » en la matière (graphique) sont aussi les plus exposés aux risques macro-économiques (rigueur budgétaire ou réglementaire).

Source: Bank of America Merrill Lynch, Dec 2011

 

Combien de valeurs ont été achetées parce qu’elles affichaient un « gros rendement » pour finalement que cet avantage soit rogné voire totalement annihilé par la chute du cours de Bourse ?

Depuis quelques mois d’ailleurs, le consensus a fortement révisé à la baisse ses anticipations de croissance des dividendes. Elles ont été réduites de 40% en 2011 (de +10% à +6%) et de 30% environ en 2012 (de +11% à +8%). Un mouvement qui est en ligne avec les révisions en baisse des prévisions de croissance bénéficiaire des entreprises cotées en Bourse (graphique).

Source: Bank of America Merrill Lynch, Oct 2011

Le graphique ci-dessus montre que les entreprises ont tendance à ne couper les dividendes que dans les périodes d’effondrement des profits. La situation économique actuelle ne plaide pas encore pour un tel scénario. Mais tout peut arriver.

L’indicateur free cash flow

Pour l’investisseur prudent, il y a plus important que le dividende per se : la génération de flux de trésorerie disponible (« free cash flow ») est certainement un indicateur financier plus intéressant à analyser. Pourquoi ? Parce qu’elle représente la trésorerie générée par l’activité une fois financée la croissance de l’entreprise (bfr, investissements). C’est donc l’argent qui reste à la discrétion des actionnaires et de leurs mandataires pour rembourser les dettes, verser des dividendes, racheter des actions ou financer des opérations de croissance externe.

On peut considérer qu’en général, une entreprise qui a une bonne visibilité sur son free cash flow, offre une toute aussi bonne visibilité sur son dividende. Vous me direz : si l’entreprise cesse d’investir, elle peut préserver son free cash flow à court terme, et pas forcément celui de long terme. D’où l’intérêt de bien comprendre comment ce free cash flow est généré, en le rapportant par exemple à d’autres indicateurs (comme le résultat d’exploitation), et en analysant l’évolution de ses composantes sur longue période.

Aujourd’hui, les enquêtes auprès d’investisseurs montrent que les dividendes ne sont pas la priorité. Ils ne viennent qu’en troisième position après les dépenses d’investissement et le désendettement des entreprises.

Pour un investisseur prudent le plus important c’est au final la qualité des actifs détenus par une entreprise qui compte, car elle le rassurera sur la pérennité tant des bénéfices futurs que des dividendes qui seront versés.

Il est donc important de procéder à une sélection attentive des titres que l’on met en portefeuille si l’on espère avant tout être rémunéré par les dividendes qu’ils rapporteront. Service proposé par certains brokers. Les analystes de Bank of America Merrill Lynch ont publié fin 2011 une liste de valeurs pour lesquelles le versement d’un dividende leur semblait le plus à risque. Cette liste comprend des titres aussi divers que Transocean, Carrefour, Nokia, GDF Suez ou Daimler. Elle comprend surtout un nombre important d’institutions financières de premier plan (BNP Paribas, Intesa Sanpaolo, Unicredit ou HSBC).

Source: Bank of America Merrill Lynch, Dec 2011

J.J

Christian Dior : LVMH avec une décote ?

Vendredi 13 janvier 2012

bourse_Christian_Dior _LVMH_jinterwas_flickrIl y a quelques jours, Société Générale a publié une étude recommandant fortement l’achat de Christian Dior. La holding de contrôle cotée de LVMH, estimait que le changement possible de couleur politique au sommet de l’Etat en mai prochain pourrait se traduire par une accélération du calendrier de simplification des structures de l’empire de Bernard Arnault (rachat des minoritaires).

Ce scénario n’est que pure spéculation, aussi SG ajoute un deuxième argument: Dior est une “opportunité bon marché d’exposition à LVMH”.

En effet, l’Actif Net Réévalué de Christian Dior (42% d’intérêt dans LVMH, auxquels s’ajoutent la maison de couture et quelques actifs immobiliers) fait apparaître en instantané une décote de valorisation de 30%.

Source: SG, weeko
La détention de titres Christian Dior permet d’acheter un intérêt dans LVMH avec une décote et de profiter de l’évolution boursière du groupe de luxe (graphique).

Source: weeko

Combien vaut LVMH ?

Mais avant d’arriver à cette conclusion, il faut se demander si LVMH affiche lui-même une décote par rapport à sa valeur intrinsèque. Là, la situation est un peu différente. Personnellement, j’estime que la valeur intrinsèque du groupe de luxe se situe plutôt vers 102 euros (contre un cours de 114 et un consensus du marché à 135 euros).
En prenant en compte une décote de 20% sur cette valeur (reflet de la cyclicité des résultats et de l’environnement macro-économique incertain), LVMH offre une bien plus grande marge de sûreté à l’investisseur vers 82 euros.

Certes, le groupe de luxe affiche des performances financières remarquables. Mais elles sont largement intégrées par le marché. Certains gérants diront: “c’est le prix de la qualité et de perspectives de croissance importantes avec les marchés émergents”.

Cet argument qui ne vaut que si l’on peut projeter les tendances actuelles du marché du luxe (+10% l’an dernier) à un horizon quasi infini. C’est également oublier que le sentiment du marché est en ce moment très volatil (LVMH en a fait les frais l’an dernier, même si le titre, grâce à son exposition aux émergents, a un temps atteint un plus haut historique).

Un serpent de mer

La théorie d’un rachat des minoritaires, quant à elle, est un serpent de mer. En juin 2003, dans une étude de Merrill Lynch sur Dior, on peut lire :

“Le rapport ci-après met en exergue les récents changements dans l’actionnariat de Christian Dior et conclut que bien qu’une fusion Dior-LVMH soit ‘le sens de l’histoire’, elle est improbable à court terme.”

Quoiqu’il arrive, ce seul argument ne peut justifier un achat dans Dior. Mieux vaut se concentrer son la valeur de son actif principal (LVMH) et ne s’y exposer que lorsque celui-ci est sous-évalué par le marché, ce qui n’est pas le cas pour l’instant.

Jocelyn Jovene

PSA, Faurecia : telle mère, telle fille ? (2/2)

Mardi 10 janvier 2012

cours_bourse_faurecia_CedEm_photographies_flickrFaurecia, l’équipementier automobile dont Peugeot détient 57 % du capital, donne également l’impression d’être mal en point sur le plan boursier (-32 %). Ce n’est pas tout à fait le cas d’un point de vue plus fondamental.

Après une longue traversée du désert (2006-2009), Faurecia s’est recapitalisé et a engagé de lourdes restructurations. Le groupe a même profité de la crise pour saisir des opportunités de croissance externe : Emcon Technologies, Plastal Allemagne et Espagne. Il a également renforcé ses positions concurrentielles dans ses 4 métiers : sièges, échappement/contrôle des émissions, bloc avant, intérieur du véhicule. Enfin, il a étendu sa présence géographique sur les marchés émergents - Chine, Amérique Latine — où ses clients lui demandent de les accompagner.

Tout ceci s’est déjà traduit par une remontée des marges en 2010 qui doit se poursuivre cette année. Au passage, on comprend pourquoi la question régulière de la cession de Faurecia par Peugeot n’est pas aujourd’hui d’actualité.

Le plan de développement à moyen terme, présenté en novembre dernier par le PDG Yann Delabrière, devrait tout autant retenir l’attention. Il s’agit d’un plan très ambitieux, fondé sur un carnet de commandes bien garni, la capacité à remporter des contrats avec des constructeurs aux perspectives solides — constructeurs premium comme BMW, Audi, Volkswagen, par ailleurs 1er client du groupe devant PSA — et les évolutions réglementaires : contrôle des émissions, efficacité thermique des véhicules, allégement du poids.

Le taux de marge opérationnelle atteindrait 5-6 % du chiffre d’affaires en 2014. En retenant la fourchette basse, cela signifie que la marge opérationnelle se situerait en 2014-2015 autour du milliard d’euros contre environ 600 millions en 2011, soit une progression de plus de 66 %.

Tout ceci doit se traduire dans les comptes de l’équipementier. Pour l’heure, le consensus des analystes est très optimiste (trop ?) : le chiffre d’affaires de Faurecia est attendu en progression de 7,7 % par an en moyenne d’ici 2013 ; son bénéfice par action devrait croître de 29 % par an. En retenant des hypothèses modérément prudentes, j’estime la valeur intrinsèque de Faurecia autour de 37 euros. Ce qui signifie qu’au cours actuel, Faurecia présente une grande marge de sûreté pour un investisseur prudent.

Tout comme Peugeot, le titre affiche des ratios de valorisation qui mérite que l’on s’intéresse aux deux dossiers. La situation de la fille semble meilleure que celle de sa mère. Si les fondamentaux de Faurecia tiennent bon, ce qui reste un vrai défi au regard de l’environnement particulièrement morose dans les pays développés mais était encore le cas il y a quelques mois, le parcours de Faurecia pourrait être en 2012 d’un bien meilleur acabit qu’il ne l’a été en 2011. Pour Peugeot, c’est plus une histoire de retournement que le marché devrait jouer, en supposant que les investisseurs reviennent de manière plus significative sur les actions dans les mois à venir.

Jocelyn Jovene


PSA, Faurecia : telle mère, telle fille ? (1/2)

Vendredi 6 janvier 2012

valeur_peugeot_bourse_Let Ideas_Compete_FlickrÀ regarder le parcours boursier de Peugeot et de Faurecia, le même sentiment de déprime transpire. Il est même très largement acté par le marché avec des ratios de valorisation au raz des pâquerettes. Mais c’est justement parce que leurs cours de Bourse sont déprimés qu’il faut s’intéresser à ces dossiers.

Commençons par la mère. PSA Peugeot-Citroën, 2e constructeur automobile européen, a connu une année 2011 particulièrement maussade (-58 %), en raison de la multiplication des avertissements sur résultats liés à des événements extérieurs : tremblement de terre au Japon, volatilité des matières premières

Les objectifs de réduction de coût très ambitieux (1,1 milliard d’euros) ne serviront qu’à amortir ces chocs et malheureusement pas à améliorer la bottom line c’est-à-dire, le bénéfice par action.

Valeur cyclique par excellence, le constructeur automobile a de surcroît été pris dans la tourmente boursière de l’été. Il a ainsi vu de nombreux investisseurs fuir les actions pour chercher refuge dans des titres jugés plus sûrs  comme  l’or, le franc suisse voire certaines obligations corporate de qualité.

Le consensus des analystes réalisé par Thomson Reuters/IBES anticipe pour Peugeot un bénéfice par action 2011 de 3,60 euros contre 5 euros en 2010. En 2012, la chute devrait se poursuivre pour atteindre 3,25 euros par action.

Peugeot paie les échecs de nombreux modèles inadaptés et du manque de vision à long terme de l’actionnaire familial. Résultat : Peugeot s’est fait tailler des croupières par les constructeurs premium (BMW, Audi) et a perdu des parts de marché en Europe.

Depuis sa nomination à la tête du groupe en mars 2009, Philippe Varin, a mis en place une stratégie de globalisation de l’entreprise (accroissement des ventes hors d’Europe), de réduction des coûts et de mise sur le marché de produits plus en phase avec la demande. Ces mesures (reprises lors de la présentation des résultats semestriels) devraient malheureusement accélérer la réduction de l’outil industrie en France, sauf si les usines françaises sont dédiées à la fabrication des futurs modèles premium.

Le nouveau plan produit validé par Philippe Varin et son équipe est donc la pierre angulaire de toute phase de reconquête et du redressement durable des résultats.

Il est déjà bien entamé avec l’arrivée des gammes DS chez Citroën et de nouveaux modèles chez Peugeot (508). Mais comme Peugeot dépend avant tout des modèles d’entrée de gamme, c’est vraisemblablement à partir de 2012 qu’on saura si l’entreprise a réellement sorti ses griffes pour rattraper son retard et riposter à des concurrents bien établis (notamment Volkswagen).

La valeur Peugeot

Il n’en demeure pas moins que l’action Peugeot présente des ratios de valorisation anormalement bas. Le consensus reste très prudent : avis “conserver”. Avec une capitalisation boursière de 3 milliards d’euros, Peugeot vaut moins que sa trésorerie (7,3 milliards d’euros au 30 juin), moins que son actif net retraité, moins que la valeur de son stock de véhicules et de pièces de rechange (4,6 milliards d’euros).

Le rendement bénéficiaire pour 2012 atteint 25 % contre un rendement de 3,8 % environ pour les obligations corporate AAA. Ne pas s’intéresser au dossier serait à mon humble avis, une erreur.

À suivre : Faurecia

Jocelyn Jovenes