Pour une fois, les investisseurs n’auront été que partiellement surpris par le nouvel avertissement de Carrefour sur ses résultats 2011.Le groupe de distribution est pénalisé par une conjoncture défavorable et des consommateurs qui désertent ses magasins, principalement en Europe de l’Ouest (baisse de 5,6% du trafic dans les hypermarchés français par exemple). La croissance plus soutenue des marchés émergents est même insuffisante pour contrebalancer la perte de vitesse de Carrefour dans ses marchés “développés”.
Face à cette dynamique peu favorable des ventes, et avec une valse des dirigeants depuis deux ans, difficile d’imaginer que le redressement sera rapide. C’est plutôt le contraire qui se produit, avec l’anticipation d’une baisse de 15% à 20% du résultat d’exploitation du groupe cette année. Mais l’exposition de Carrefour aux pays du G4 qui sont en fait tous menacés par des plans de rigueur budgétaire, un recul de la consommation et une hausse du chômage constitue un problème pour le moins épineux à résoudre.
“Heureusement”, les investisseurs ont pour une fois ajusté le tir en avance. Le consensus IBES montre qu’ils attendent une baisse de 22% environ du profit d’exploitation du groupe en 2011, à 2,3 milliards d’euros contre près de 3 milliards un an plus tôt. En juin de cette année, les investisseurs tablaient encore sur une quasi stabilité du profit de Carrefour (2,95 milliards d’euros).
La baisse de près de 6% du titre ce jeudi montre qu’il y a encore quelques retardataires. La question est de savoir si à conjoncture inchangée (croissance molle dans les pays développés; poursuite du développement dans les émergents), Carrefour a enfin les moyens d’un redressement de ses résultats. La stratégie de Lars Olofsson va-t-elle enfin payer ? Pour le PDG comme pour les actionnaires et salariés de Carrefour, il serait temps que le positif soit de retour.
Et c’est peut-être ce qu’anticipe le marché. Le titre a atteint un plus bas historique pendant l’été. Certains administrateurs, comme René Brillet ou Mathilde Lemoine ont investi parfois des sommes importantes durant la première quinzaine de septembre (estimant qu’on était peut-être à un plus bas ?). Autre élément intriguant, l’action Carrefour a bondi de 10% au cours de la dernière semaine de septembre, ce qui n’était pas arrivé depuis mars 2009. Et l’on sait que c’est lorsqu’une entreprise est “au fond du trou” et que son cours “intègre” les pires mauvaises nouvelles qu’il faut commencer à s’y intéresser.
Défis gigantesques
Les défis que doit affronter Carrefour restent gigantesques:
- il faut avant tout redresser une image-prix désastreuse (cf graphique suivant issu d’une étude Bank of America-Merrill Lynch) par rapport à ses grands concurrents nationaux – Leclerc, Auchan ou Intermarché.
- Carrefour doit également faire un effort en matière d’innovation dans les services proposé (en dehors de la réorganisation des rayons des Carrefour Planet) et investir dans la polyvalence de ses salariés, qui sont au coeur du redressement du groupe (mais la direction en est-elle consciente et fait-elle les efforts nécessaires en ce sens ?).
- Enfin, le groupe semble incapable de capitaliser sur sa puissance d’achat pour proposer mieux que les distributeurs spécialisés dans le non-alimentaire (là encore par manque de créativité et de volonté de se démarquer de la concurrence).
Relever de tels défis prendra un certain temps. C’est peut-être la raison pour laquelle, alors que le consensus des analystes table cette année sur une chute de 25% du bénéfice par action ajusté à 1,52 euro, le cours de Bourse de Carrefour enregistre une baisse de 45% depuis le 1er janvier et affiche un retard de plus en plus conséquent sur son concurrent coté, Casino. Sur la base du dernier cours de clôture, l’action Carrefour vaut 10 fois le bénéfice par action attendu pour 2012 (donnée IBES), et environ 9 fois son résultat d’exploitation, contre des multiples historiques moyens de 20x et 12x respectivement. Les analystes font donc encore preuve de scepticisme quant au redressement du groupe, mais les investisseurs ont peut-être déjà intégré le pire, à voir l’évolution récente du titre en Bourse.
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Mots-clefs : Carrefour, Lars Olofsson, profit warning, redressement



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