Vallourec n’avait certainement pas prévu la correction subie suite à la révision en baisse de ses prévisions financières pour 2011. L’annonce de ses résultats du premier semestre provoque jeudi une chute de 18% du cours de Bourse du spécialiste mondial des tubes sans soudure, qui voit partir en fumée 1,8 milliard de capitalisation boursière.
Il faut dire que la Bourse a du mal à comprendre comment le groupe, qui affiche une progression de 11% de son résultat brut d’exploitation sur les six premiers mois de l’année, et dont les usines tournent à plein régime, n’attend au second semestre qu’un résultat brut d’exploitaiton « légèrement supérieur à celui du premier semestre 2011 » (en gros une stagnation après une croissance raisonnable de ses profits).
Un consensus supérieur de 30% aux nouvelles prévisions
Certains courtiers ont fait leur calcul : le consensus est 30% au-dessus des nouvelles prévisions et doit donc rectifier le tir. Pas moins de 4 courtiers – Exane, Merrill Lynch, Natixis, Cheuvreux - ont abaissé leur recommandation sur Vallourec jeudi soulignant des perspectives décevantes d’ici la fin de l’année. Et la séance d’explication orale offerte par les dirigeants du tubiste sur l’augmentation de ses coûts, l’évolution défavorable des devises ou les coûts de démarrage de nouvelles usines n’a visiblement pas suffi à rassurer les investisseurs.
Jusqu’ici, la hausse du prix des matières premières était plutôt perçue comme une bonne nouvelle, puisqu’elle signifiait surtout davantage de dépenses d’exploration et de production de la part des compagnies pétrolières et gazières, clientes de Vallourec. Au regard de la complexité croissante des forages, ces investissements en croissance tirent la demande en tubes à forte valeur ajoutée, et permettent au groupe de passer des hausses de tarifs.
En ligne avec ce scénario de long terme favorable, le groupe s’est lancé depuis quelques années dans de lourds investissements visant à accroître ses capacités de production, notamment au Brésil, mais également aux Etats-Unis ou dans le Moyen-Orient.
Des ventes en progression, mais…
Problème : si la croissance des ventes est au rendez-vous, les marges de Vallourec ont du mal à redécoller (elles évoluaient entre 26% et 30% entre 2006 et 2008 et n’étaient plus « que » de 20,6% en 2010 (on notera quand même qu’il s’agit d’une belle performance pour une entreprise industrielle). 2011 pourrait constituer un point bas alors que jusqu’à aujourd’hui, le marché tablait sur un rebond des marges dès cette année.
C’est à cette question cruciale que les communicants de Vallourec vont devoir s’attaquer et donner aux investisseurs de quoi éclairer leur lanterne. En attendant, si l’on corrige de 30% les prévisions du consensus pour les trois prochaines années, la progression des résultats de Vallourec devrait tout de même atteindre plus de 20% par an en moyenne. Sur la base d’un cours de 69 euros, l’action Vallourec se traite sur un multiple d’environ 13,5 fois en 2012 et 10,4 fois en 2013. Des niveaux qui, compte tenu des performances passées de l’entreprise, pourraient inciter certains investisseurs à saisir la balle avant son rebond.
Le graphique ci-dessus illustre l’évolution du bénéfice par action (en euros) de Vallourec depuis 1998 (d’après les rapports annuels de la société et tenant compte de l’évolution du nombre d’actions depuis cette date). Pour 2011 à 2013, les données IBES ont été obtenues auprès de Thomson Reuters, la courbe bleue prenant en compte une révision en baisse de 30% des estimations du marché.



