Après la saison des résultats des entreprises cotées, les courtiers et sociétés de gestion ont commencé à sortir leur boule de cristal pour déterminer ce qui attend les investisseurs l’an prochain. A quoi ressemblera l’année 2011 en Bourse ? Dans quelles classes d’actifs faut-il investir ? Exane BNP Paribas, un important courtier sur les marchés actions et dérivés, s’est livré au rituel des prévisions.
Dans une étude datée du 22 novembre, Exane anticipe une progression de 15% de l’indice MSCI Europe l’an prochain, répartie entre 12% pour la croissance des résultats et 3% pour le rendement du dividende. Cet objectif est peu éloigné de celui publié à peu près au même moment par la Société Générale.
Quels sont les arguments d’Exane ? L’environnement macro-économique restera marqué par une croissance molle, une inflation modérée dans les pays développés à cause du chômage et des problématiques de désendettement. Dans les pays émergents, l’inflation est susceptible d’être plus forte, à cause d’une croissance économique plus soutenue, de l’augmentation du prix des matières premières et de l’afflux de liquidités sur les marchés d’actions et de la dette émergente.
Dans ce contexte, les entreprises européennes disposent encore de leviers pour accroître leurs bénéfices : hausse des volumes et des prix de vente, et effet de levier opérationnel. Leur marge opérationnelle devrait continuer de progresser (+90 points de base, selon Exane) à 13,2%, tout en restant à un niveau inférieur de 40 points de base au précédent pic (graphique). Cette prévision évoluera en fonction de facteurs de risques externes (devises, matières premières) qu’il faudra suivre avec attention.

Valorisation attrayante
La hausse modérée des indices à ce jour (+6% pour le DJ Stoxx 600) contraste avec la très forte progression des résultats attendus (+49% prévus pour 2010). Résultat: le P/E des actions (ratio cours sur bénéfice) est tombé de 12,6x en début d’année à 10,8x en novembre, soit une décote de 14% par rapport à sa moyenne historique (12,6x hors bulle de 1998-2002). En absolu, les actions européennes sont intéressantes. En relatif (par rapport aux obligations), elles le sont tout autant (graphique).

L’expansion des multiples ne devrait toutefois pas être un moteur de performance pour les actions, estime le courtier. Les raisons sont de plusieurs ordres :
- incertitude sur l’impact du “quantitative easing” (pas de précédent historique),
- une prime de risque toujours élevée
- surévaluation relative des actions américaines si l’on prend des ratios de long terme (P/E de Shiller par exemple).

Exane reconnaît que les prévisions ci-dessus doivent être prises “avec des pincettes”. “L’histoire montre que les marchés d’actions sont bien plus sensibles à la politique monétaire qu’à l’économie réelle, explique le courtier. C’est pourquoi ils ont tendance à sur-réagir (à la hausse comme à la baisse) lorsqu’ils anticipent un changement dans les conditions monétaires. L’ampleur de la sur-réaction est difficile à prévoir.”
Le courtier reconnaît que fixer une valeur aux actions est en outre un exercice perturbé par les actions de la Fed: “il est difficile de prévoir un niveau de valeur raisonnable (“fair value”) pour les marchés d’actions en général, et presque impossible lorsque la Fed manipule le prix des actifs à une échelle sans précédent“. De nombreux investisseurs s’inquiètent de cette manipulation, comme John Hathaway, un gérant spécialisé sur l’or, ou David Einhorn, célèbre pour avoir prédit les difficultés de Lehman Brothers.
Reste une inconnue : les flux de fonds, jusqu’ici très favorables aux obligations et aux marchés émergents, et qui pourraient se réorienter vers les actions européennes si l’inflation remonte.
Au-delà du “top-down”
L’argumentaire d’Exane est bien construit et permet de “planter le décor” pour l’an prochain. Nous avons essayé d’en donner les conclusions les plus importantes, quitte à être un peu long. On rappellera juste que le travail d’un courtier en actions consiste essentiellement à générer et à traiter des ordres d’achat et de vente. Le courtier aura naturellement une préférence pour recommandations d’achats ou un sentiment positif sur les actions, car plus les cours montent et plus les commissions de courtage sont importantes. Les investisseurs “presse-bouton” sont des cibles de choix et le cycle de la Bourse est alimenté.
L’investisseur prudent (particulier ou professionnel) doit quant à lui se retrousser les manches et creuser les dossiers. La création de valeur pour un investisseur réside avant tout dans la sélection de titres, donc dans l’analyse fondamentale et dans l’achat au bon prix (il existe des moyens pour le déterminer). Car comme le dit Seth Klarman, patron de la société de gestion Baupost (22 milliards d’actifs sous gestion), c’est au moment de l’achat que l’investisseur réalise son profit, pas au moment de la vente. A bon entendeur.
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