Archive pour novembre 2010

Crise irlandaise en Europe : verbatim et inconnues

Mardi 30 novembre 2010

Le retour du spectre de la crise systémique en Europe, suite aux déboires de l’Irlande, fait délier les langues des responsables européens et mondiaux. Voici un verbatim sélectif de responsables de premier plan. Il donne une idée de la température du moment :

  • François Baroin, ministre du budget : rassurant les observateurs sur la situation de la France, il précise (cf : Boursier.com) que “Nous avons une économie qui est diversifiée, nous avons une main d’oeuvre diversifiée. Nous avons un système bancaire parmi les plus solides”.
  • Sigbjoern Johnsen, ministre des finances norvégien : sur l’idée de prêter des fonds à l’Irlande, il indique que “S’il y avait une demande de la part du gouvernement irlandais, nous y réfléchirions très sérieusement” (source Reuters).
  • Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France : repris par Bloomberg, c’est pour lui un non-sens que l’Europe toute entière souffre des problèmes irlandais.
  • Nouriel Roubini, économiste : repris par l’agence Reuters, il indique que le Portugal puis l’Espagne seront les prochains pays à flancher… C’est aussi lui qui annonce un risque de “double dip” pour les Etats-Unis;
  • Olli Rehn, commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires : “Notre point de vue est très clair: la dette senior – sans parler de la dette souveraine – ne doit pas être, et ne sera pas, restructurée” (via Dowjones repris sur EasyBourse.com).

Pour les autres observateurs, notamment les sites de presse, on se contente de conjectures : comme ce titre vu sur LePost.fr (“Et maintenant à qui le tour?“), listant la France parmi les quatre pays concernés. Ou bien l’on prend le ton déclaratif et assuré : “La France n’est pas menacée et l’euro sera sauvé, dit Baroin” (LePoint.fr).

Pour rappel, selon les informations livrées par le site encyclopédique Wikipedia, l’Irlande, du point de vue économique, a été qualifiée de “tigre celtique” sur les chiffres suivants : “De 1995 à 2007, l’économie irlandaise croît en moyenne de 6 % par an“. Le début des années 2000 est même une période idyllique : “L’État se désendette grâce aux rentrées fiscales. Il n’y a plus de déficits. Le taux de chômage est très faible (4 %), l’économie manque de main d’œuvre“.

Pour prolonger : relire sur le site BforBank, la note “Travailler à l’étranger et fiscalité des revenus“; ainsi que “Domicile fiscal à l’étranger“; quelques généralités sur l’Irlande (discoverireland.com).

Connaissez-vous « Monsieur Le Marché » ?

Mardi 30 novembre 2010

« Imaginez que vous avez acquis une participation dans une entreprise privée pour une valeur de 1.000 dollars. L’un de vos associés, dénommé M. Le Marché, est quelqu’un de très obligeant. Chaque jour, il vous dit ce qu’il pense de la valeur de votre participation et vous propose même de vous l’acheter ou de vous vendre la sienne sur cette base. Parfois, son idée vous semble plausible car justifiée par les développements et perspectives de votre affaire. Souvent, toutefois, M. Le Marché se laisse emporter par son enthousiasme ou par ses peurs, et la valeur qu’il propose alors pour vos parts peut vous sembler insuffisante ou déraisonnable.

Si vous êtes un investisseur prudent, vous laisserez-vous dicter votre opinion sur la valeur de votre participation par M. Le Marché ? Seulement si vous êtes d’accord avec lui. En revanche, vous serez certainement content de lui vendre vos parts lorsqu’il vous en offre un prix astronomique, et lui achèterez ses parts si le prix est suffisamment bas. »

Cette parabole, écrite par Benjamin Graham (1894-1976), pose une question importante : l’investisseur doit-il suivre le marché, tenter d’en anticiper les mouvements (ce que font aujourd’hui la majorité des intervenants) ou doit-il faire abstraction du marché et “ignorer la foule” ?

Cette question oppose deux courants de la théorie financière : les tenants de l’approche « rationnelle » – autour de Harry Markowitz et de William Sharpe – et les représentants de la finance comportementale. Les premiers expliquent qu’il est impossible de battre le marché, car celui-ci intègre instantanément toute nouvelle information dans les cours de Bourse. Du coup, la seule solution consiste à acheter un « tracker » ou un indice boursier.

S’inspirant des « concours de beauté » de Keynes, les seconds expliquent que les investisseurs, loin d’être rationnels, peuvent se laisser dominer par leurs émotions, ce qui crée des « anomalies de marché » comme les bulles.

La réalité des marchés financiers est un peu entre ces deux courants brossés ici très rapidement (ce document permet d’aller plus loin). Les dernières bulles donnent raison à la finance comportementale. Mais il arrive que les marchés fassent preuve d’une certaine rationalité voire d’anticipations correctes lorsqu’ils baissent en anticipation d’une crise (certains diront qu’ils ne font que corriger leurs erreurs).

Pour Graham, père de l’analyse financière et de la gestion value, le plus important pour l’investisseur est d’être capable de se faire sa propre opinion sur la valeur d’un titre (valeur intrinsèque) et de confronter son opinion à celle du marché. En prenant en compte une marge de sûreté, l’investisseur prudent peut tirer parti des erreurs du marché. Contrairement à la théorie financière dominante qui voit dans la volatilité une mesure du risque d’un investissement, Graham voyait dans la volatilité une source d’opportunités. Le risque, selon Graham, est mesuré par la perte en capital que peut subir l’investisseur, et contre laquelle il doit se protéger. Son concept de marge de sûreté répond à cette problématique.

Une partie des écrits de Graham a été réédité dans l’ouvrage « Benjamin Graham. Building of a Profession », publié cette année par Mc Graw-Hill. Graham inspire quotidiennement de nombreux investisseurs partout dans le monde – citons aux Etats-Unis Jeremy Grantham, Seth Klarman, Bruce Berkowitz, Julian Robertson, Marty Whitman (plus de noms sont disponibles sur le site OID). En France, seul David Pastel se réclame ouvertement de cette approche.

weeko.fr

Exane voit +15% pour les actions européennes en 2011

Vendredi 26 novembre 2010

Après la saison des résultats des entreprises cotées, les courtiers et sociétés de gestion ont commencé à sortir leur boule de cristal pour déterminer ce qui attend les investisseurs l’an prochain. A quoi ressemblera l’année 2011 en Bourse ? Dans quelles classes d’actifs faut-il investir ? Exane BNP Paribas, un important courtier sur les marchés actions et dérivés, s’est livré au rituel des prévisions.

Dans une étude datée du 22 novembre, Exane anticipe une progression de 15% de l’indice MSCI Europe l’an prochain, répartie entre 12% pour la croissance des résultats et 3% pour le rendement du dividende. Cet objectif est peu éloigné de celui publié à peu près au même moment par la Société Générale.

Quels sont les arguments d’Exane ? L’environnement macro-économique restera marqué par une croissance molle, une inflation modérée dans les pays développés à cause du chômage et des problématiques de désendettement. Dans les pays émergents, l’inflation est susceptible d’être plus forte, à cause d’une croissance économique plus soutenue, de l’augmentation du prix des matières premières et de l’afflux de liquidités sur les marchés d’actions et de la dette émergente.

Dans ce contexte, les entreprises européennes disposent encore de leviers pour accroître leurs bénéfices : hausse des volumes et des prix de vente, et effet de levier opérationnel. Leur marge opérationnelle devrait continuer de progresser (+90 points de base, selon Exane) à 13,2%, tout en restant à un niveau inférieur de 40 points de base au précédent pic (graphique). Cette prévision évoluera en fonction de facteurs de risques externes (devises, matières premières) qu’il faudra suivre avec attention.

Valorisation attrayante

La hausse modérée des indices à ce jour (+6% pour le DJ Stoxx 600) contraste avec la très forte progression des résultats attendus (+49% prévus pour 2010). Résultat: le P/E des actions (ratio cours sur bénéfice) est tombé de 12,6x en début d’année à 10,8x en novembre, soit une décote de 14% par rapport à sa moyenne historique (12,6x hors bulle de 1998-2002). En absolu, les actions européennes sont intéressantes. En relatif (par rapport aux obligations), elles le sont tout autant (graphique).

L’expansion des multiples ne devrait toutefois pas être un moteur de performance pour les actions, estime le courtier. Les raisons sont de plusieurs ordres :

  • incertitude sur l’impact du “quantitative easing” (pas de précédent historique),
  • une prime de risque toujours élevée
  • surévaluation relative des actions américaines si l’on prend des ratios de long terme (P/E de Shiller par exemple).

Exane reconnaît que les prévisions ci-dessus doivent être prises “avec des pincettes”. “L’histoire montre que les marchés d’actions sont bien plus sensibles à la politique monétaire qu’à l’économie réelle, explique le courtier. C’est pourquoi ils ont tendance à sur-réagir (à la hausse comme à la baisse) lorsqu’ils anticipent un changement dans les conditions monétaires. L’ampleur de la sur-réaction est difficile à prévoir.”

Le courtier reconnaît que fixer une valeur aux actions est en outre un exercice perturbé par les actions de la Fed: “il est difficile de prévoir un niveau de valeur raisonnable (“fair value”) pour les marchés d’actions en général, et presque impossible lorsque la Fed manipule le prix des actifs à une échelle sans précédent“. De nombreux investisseurs s’inquiètent de cette manipulation, comme John Hathaway, un gérant spécialisé sur l’or,  ou David Einhorn, célèbre pour avoir prédit les difficultés de Lehman Brothers.

Reste une inconnue : les flux de fonds, jusqu’ici très favorables aux obligations et aux marchés émergents, et qui pourraient se réorienter vers les actions européennes si l’inflation remonte.

Au-delà du “top-down”

L’argumentaire d’Exane est bien construit et permet de “planter le décor” pour l’an prochain. Nous avons essayé d’en donner les conclusions les plus importantes, quitte à être un peu long. On rappellera juste que le travail d’un courtier en actions consiste essentiellement à générer et à traiter des ordres d’achat et de vente. Le courtier aura naturellement une préférence pour recommandations d’achats ou un sentiment positif sur les actions, car plus les cours montent et plus les commissions de courtage sont importantes. Les investisseurs “presse-bouton” sont des cibles de choix et le cycle de la Bourse est alimenté.

L’investisseur prudent (particulier ou professionnel) doit quant à lui se retrousser les manches et creuser les dossiers. La création de valeur pour un investisseur réside avant tout dans la sélection de titres, donc dans l’analyse fondamentale et dans l’achat au bon prix (il existe des moyens pour le déterminer). Car comme le dit Seth Klarman, patron de la société de gestion Baupost (22 milliards d’actifs sous gestion), c’est au moment de l’achat que l’investisseur réalise son profit, pas au moment de la vente. A bon entendeur.

weeko.fr

Zodiac a oublié ses minoritaires

Mercredi 24 novembre 2010

Les dirigeants de Zodiac Aerospace ont-ils oublié qu’ils avaient des actionnaires minoritaires ? C’est l’impression laissée à la lecture du communiqué de presse annonçant de bons résultats au cours de l’exercice 2009-2010.

Zodiac y indique que l’exercice écoulé “marque le début de la reprise”. A voir les performances financières récentes du groupe, la crise du secteur aéronautique a été relativement bien gérée, puisque le groupe a fait mieux que prévu avec un repli organique de 1% de ses ventes. Sa marge opérationnelle n’a diminué que de 10 points de base, malgré un effet devise très défavorable.

Zodiac: croissance des ventes en 2010

Ses perspectives pour 2010-2011 montrent que Zodiac est reparti de plus belle, avec une croissance de 15% des ventes et un rebond de la marge, qui se situerait entre 12% et 13%, contre 11,2% au cours du dernier exercice. La dette nette du groupe a reculé fortement, représentant environ 33% des fonds propres.

Olivier Zarrouati, président du directoire de Zodiac

Olivier Zarrouati, président du directoire de Zodiac

Zodiac propose pourtant un dividende de 1 euro par action, le même depuis quatre ans. Ne pas l’augmenter signifie-t-il que le groupe n’est pas sûr de ses prévisions, notamment à cause de l’évolution volatile des devises à laquelle il est sensible ? Si Olivier Zarrouati, président du directoire, est confiant dans sa stratégie et dans la vision qu’il a de son groupe à moyen terme (en excluant par exemple tout mariage avec Safran tout en acceptant l’idée de coopérations dans l’avion électrique par exemple), pourquoi ne propose-t-il pas d’associer les minoritaires en augmentant plus sensiblement les dividendes ?

Zodiac a largement les moyens de faire mieux en matière de politique de distribution.

Faisons l’hypothèse que le groupe augmentera son chiffre d’affaires de 6,7% par an d’ici 2015 tout en améliorant sa marge opérationnelle de 11,2% à 12,7% en 5 ans. Ces hypothèses sont plus prudentes que celles de la société dans ses projections de moyen terme. En maintenant un taux d’investissement de 4,5% par an, et en affectant 50 millions d’euros par an aux acquisitions, Zodiac est en mesure de dégager un free cash-flow moyen de 140 millions d’euros chaque année. Compte tenu d’une génération de cash soutenue et régulière, le groupe peut facilement accroître de 10% par an son dividende, sans menacer ses équilibres financiers.

Hausse en Bourse pour Zodiac

Certes, avec un bond de 64% depuis le 1er janvier, le cours de Bourse du groupe aéronautique offre déjà une très belle compensation à l’ensemble des actionnaires. Sur ce plan, Zodiac fait mieux que Thales (-28%) ou qu’EADS (+18%), mais moins bien que Safran (+73%). Or, une grande part de la hausse en Bourse de Zodiac est liée au caractère spéculatif du dossier, alimentée par la communication maladroite des dirigeants de Safran. Sommé la semaine dernière par l’AMF d’officialiser ses intentions, le motoriste a préféré renoncer.

C’est cette dimension spéculative qui a porté le cours de Bourse de Zodiac vers les 45-50 euros. Un niveau où le titre n’offre plus de marge de sûreté (en l’absence de dimension spéculative). Le groupe a beau se présenter comme celui qui “maîtrise les éléments” (son slogan), au cours actuel, le marché anticipe que Zodiac sera en mesure de maintenir sa marge opérationnelle à un niveau proche de 13% au cours des 10 prochaines années, ignorant des facto l’effet des cycles propres à l’industrie aéronautique.

weeko.fr

http://www.zodiacaerospace.com/modules/utils/telecharger.php?file=101123_ZC_CP_FR_2009_10_FY_FINAL.pdf&chemin=/custom/upload/finance_communique/&

Bourse : le retour des dettes d’Etat secoue les marchés

Mardi 23 novembre 2010

A parcourir hier soir la page bourse du journal Les Echos, on sentait parfaitement de dessiner une tendance sur la température fiévreuse des marchés après ce lundi 22 janvier : le retour des dettes d’Etat. Pas moins de trois titres en une page, y ciblaient cette problématique précise : “Paris en baisse, l’aide à l’Irlande ne parvient pas à rassurer“, “La dette souveraine de la zone euro sur le devant de la scène” et “L’Espagne dit n’avoir pas besoin d’un plan d’aide“…

Chez le confrère Boursier.com, le déroulé se fait plus précis même : “Le gouvernement irlandais au bord de la rupture“, avec ces explications : “La Bourse de Paris qui avait salué ce matin le plan de sauvetage irlandais s’est rétractée au fil de la séance pour terminer dans le rouge vif !“.

Pour finir, la page marchés de l’agrégateur Wikio témoignait hier soir aussi de l’incertitude de la situation, notamment aux Etats-Unis, à Wall-Street : en recul sur le Dow Jones mais en mieux sur le Nasdaq. Ni oui ni non…

Dès lors, il n’est pas étonnant que le site de l’AMF (Autorité des marchés financiers) remonte dans ses actualités la naissance de la “nouvelle agence  européenne  pour  les  marchés financiers, l’ESMA (European Securities and Markets Authority)”. Conceptualisée par l’UE, elle est à ne pas confondre avec une autre ESMA, versant plus dans le marketing… Plus sérieusement, c’est derrière la promesse et la prise de conscience européenne d’une nécessaire prise en mains de ces questions. Et aussi d’une forme d’affranchissement de marchés et décisions uniquement anglo-saxons et/ou asiatiques.

Hier cependant, l’AFP fermait le ban sur une dépêche peu rassurante : “Irlande: l’inquiétude perdure sur les marchés, malgré le plan d’aide“. Notant les “turbulences politiques à Dublin” et aussi le fait que “L’agence de notation financière Moody’s a prévenu lundi qu’elle allait probablement abaisser de plusieurs crans la note souveraine de l’Irlande“…

Pour compléter :

Renault ou l’improbable création de valeur

Mardi 23 novembre 2010

Le marché doute de la capacité de Renault à créer de la valeur. La présentation d’un nouveau plan stratégique début 2011 sera déterminante pour ôter les doutes des investisseurs. L’annonce récente de nouvelles suppressions de postes montre que pour l’instant, la direction du constructeur automobile est à court d’idées, et qu’elle fait feu de tout bois en attendant de présenter de nouvelles orientations stratégiques, en février prochain.

Carlos Ghosn, président du groupe Renault.

Jusqu’ici, les investisseurs sont restés sur leur faim. Le précédent plan, pompeusement baptisé « Contrat 2009 », a été jeté à la corbeille à mi-parcours à cause de la récession de 2008-2009. Après avoir enregistré une perte record de 3,1 milliards d’euros l’an dernier, Renault a commencé à relever la tête durant le premier semestre 2010, tout en restant très prudent pour la deuxième partie de l’année, en raison notamment de la rechute du marché automobile européen. Celui-ci a plongé de 16,6% en octobre selon l’ACEA (dont -18,5% en France), cumulant un recul de 5,5% depuis le 1er janvier avec 11,3 millions de voitures vendues.

Sur un strict plan boursier, Renault a un problème structurel : l’essentiel de sa valeur boursière et de ses résultats dépendent de Nissan Motor, dont le français détient 44,3% du capital. Renault a aujourd’hui une capitalisation boursière de 13 milliards d’euros environ. La valeur de ses titres Nissan est d’un peu plus de 14 milliards d’euros. Cela signifie qu’implicitement, la valeur des activités automobile et financière de Renault est négative à hauteur de 1 milliard d’euros. En gros, le marché ne pense pas que la marque au losange est capable de créer de la valeur.

Depuis qu’il a repris la direction de Renault, Carlos Ghosn a multiplié les projets de développement, dans les pays émergents (accord de coopération avec Bajaj en Inde, montée au capital d’Avtovaz en Russie. Il a également tranché en faveur de la voiture électrique, quand son rival PSA Peugeot-Citroën privilégie plutôt l’hybride. Et ce serait d’après Ghosn le seul point d’attention des investisseurs.

Succès du low cost

Outre Nissan, la croissance des résultats de Renault a deux jambes, qui ont eu le plus grand mal à avancer au même rythme. D’un côté, le développement avec succès du low-cost, symbolisé par la Logan (chez Dacia), mais aujourd’hui décliné à travers la Sandero ou le Duster. Un succès de surcroît rentable (6% de marge opérationnelle contre 2,2% pour le groupe au premier semestre). De l’autre, un plan produits qui a essuyé plusieurs échecs retentissants, dont la Laguna III, ou dans une moindre mesure, la Twingo II. La troisième mouture de Mégane a connu un bon début d’année en Europe, sans échapper toutefois à l’effondrement du marché en octobre. Et ce qui constitue le cœur de gamme du constructeur semble avoir le plus grand mal à faire face aux assauts de concurrents plus compétitifs en prix ou plus agiles en matière de design ou d’innovation-produit.

weeko.fr

http://www.acea.be/index.php/news/news_detail/passenger_cars_registrations_drop_166_in_october

Cycles courts, cycles longs

Jeudi 18 novembre 2010

La sortie de récession n’a pas le même goût pour Schneider Electric et Alstom. Depuis un an, les deux fabricants d’équipement électrique connaissent un parcours très différencié en Bourse, reflet de choix stratégiques et de leur positionnement sur des cycles de marché opposés.

Fin 2009, les deux groupes s’associaient pour se partager l’activité Transmission & Distribution, cédée par Areva. Aujourd’hui, Jean-Pascal Tricoire, patron de Schneider Electric, peut se réjouir de voir le cours de Bourse de son groupe se rapprocher tranquillement des records atteints avant la crise (110 euros en juin 2007), avec un gain de 26% depuis le début de l’année. Face à lui, Patrick Kron doit faire la soupe à la grimace, le cours du groupe d’ingénierie spécialisé dans la génération d’électricité et le transport ferroviaire chutant de 32% au cours de la même période.

Deux parcours aussi différenciés pour deux fabricants de biens d’équipement peuvent surprendre. Ils ont une explication tout à faire rationnelle, qu’ont récemment exposée Naomie Rozenbaum et Daphné Millet, analystes financiers et ISR chez Groupama Asset Management.

Cette discrimination résulte notamment des positionnements stratégiques retenus par les deux groupes. Schneider, qui fabrique des équipements de basse et moyenne tension et des onduleurs, intervient sur des marchés où la base de clientèle est relativement morcelée, et où la taille des contrats est petite. Selon les experts de Groupama AM, cette situation confère au français un pouvoir de négociation significatif face à ses clients, lui permettant de maintenir voire d’augmenter ses prix, y compris dans les marchés émergents.

Avec la reprise, la croissance organique revient plus rapidement et entraîne favorablement les marges de la société. Sa marge opérationnelle devrait d’ailleurs retrouver, voire dépasser, les précédents hauts de cycle (15% en 2008) et ce dès 2012 si l’on en croit le consensus Thomson Reuters IBES. Le groupe profite également de son orientation vers les économies d’énergie, une thématique porteuse lorsque le cours des matières premières tend à progresser.

Pour Alstom, la situation est très différente : ses clients sont peu nombreux et la taille des contrats est significative. Sur les marchés émergents, Alstom a pu engranger d’importantes commandes lorsque les investissements de ses clients étaient soutenus. Avec la crise, les commandes des pays émergents ont ralenti, passant en gros de plus de 70 GW/an à 50 GW/an.

Alstom souffre en outre à la fois d’un positionnement sur des segments jugés moins porteurs (charbon), d’une taille insuffisante dans les énergies renouvelables, et d’une concurrence de plus en plus menaçante de la part d’acteurs – chinois pour l’essentiel – comme Shanghai Electric, Dongfang Electric ou Harbin Power Equipment.

Transferts de technologie et conséquences

Ces sociétés ont bénéficié au cours des 20 dernières années de transferts de technologie de compagnies occidentales (européennes ou nord-américaines), en échange de contrats. Elles sont aujourd’hui présentes sur les appels d’offres d’entrée et de milieu de gamme (300-600 MW) dans les pays émergents et proposent des tarifs 30% inférieurs à la concurrence occidentale. Mais leur montée en gamme est inéluctable et leur capacité à attaquer les marchés développés constitue une réelle menace pour Alstom, tout comme pour General Electric ou Siemens.

La Bourse a bien compris ces différences de positionnement entre d’un côté, un groupe présent sur des cycles courts et sur des marchés qui restent porteurs, et de l’autre, un acteur dépendant de cycles d’activité plus longs, et qui souffre depuis plusieurs trimestres de difficultés à remplir suffisamment son carnet de commandes pour continuer de croître. C’est aussi ce qui explique qu’Alstom a récemment annoncé de lourds programmes de restructuration, avec l’espoir que les prix sur ses marchés finiront bien par se stabiliser. Selon la Société Générale, le bénéfice par action d’Alstom chuterait de près de 30% entre 2009 et 2012, contre un bond de 107% pour Schneider. L’écart de valorisation des deux groupes, déjà significatif (P/E 2011 de 13X pour Schneider et de 10X pour Alstom), ne semble pas prêt de se combler.

weeko.fr

Salon Actionaria, le Temple des investisseurs !

Mercredi 17 novembre 2010

Vendredi prochain se tient au Palais des Congrès de Paris, le Salon Actionaria 2010, salon des investisseurs en Bourse.

Sur deux jours de rencontres et de conférences, experts, journalistes et curieux viendront discuter des tendances des marchés et des comportements des investisseurs. Parmi ceux-ci, une certaine frilosité perdure depuis plusieurs mois. Elle fait d’ailleurs le thème de la conférence d’ouverture du salon, c’est dire son acuité. Selon LeFigaro.fr, citant une étude OpinionWay : Pour la grande majorité [des investisseurs], la vocation des placements consiste d’abord à s’assurer une épargne de précaution (pour 67% des personnes interrogées). Deuxième objectif: constituer un capital en vue de la retraite (46%). Face à ces objectifs, les actions sont jugées trop risquées (66% des sondés disent «avoir peur de perdre leur argent»)“.

Pourtant, petit rappel : c’est durant ce type de période qu’il faut avoir des réflexes d’investissement en actions et continuer d’être audacieux. Pour vous y aider BforBank dispose de plusieurs outils : notamment des pages produits, et aussi une synthèse de marchés.

Enfin, nous irons sentir les tendances sur ce salon pour vous en parler sur le blog et échanger avec vous.

Pour prolonger : relire par exemple les articles bourse et placement sur le site BforBank.

General Motors: un retour en fanfare?

Mardi 16 novembre 2010

Le 1er juin 2009, le fleuron mondial du secteur automobile, General Motors, devenu moribond, était sauvé de justesse par l’intervention du Trésor américain qui mettait 50 milliards de dollars sur la table. Plus d’un an après être sorti du régime des faillites , il s’apprête à procéder à une introduction en Bourse estimée à plus de 15 milliards de dollars, qui devrait être couronnée de succès.

Le Trésor américain avait donc littéralement privatisé GM. La participation de l’Etat s’élève ainsi actuellement à 61 %, l’Etat canadien détient lui 11,7% du capital, le syndicat automobile américain UAW 17,5% et divers créanciers détiennent les 10% restants. Une profonde restructuration, a permis au groupe de renouer avec les bénéfices au premier trimestre 2010. L’introduction en bourse donnera lieu à une levée de capitaux entre 15 et 20 milliards de dollars, qui devrait permettre à Washington de récupérer une partie des fonds publics investis pour sauver l’entreprise.

Préparée depuis quelques mois, cette opération, constituera l’une des plus importantes jamais réalisées aux Etats-Unis, après celle de Visa en 2008 (19,7 milliards de dollars). L’introduction en bourse devrait se faire le 18 novembre, après publication du prix définitif la veille. Initialement, les actionnaires actuels, principalement le Trésor Américain, devaient ainsi mettre en vente 365 millions d’actions ordinaires, dans une fourchette de prix entre 26 et 29 dollars. Une fois l’opération réalisée, la part du gouvernement américain serait ainsi ramenée de 61 à 43% environ.

Devant le succès rencontré, le Trésor US et le constructeur n’excluent pas une option d’émission de titres supplémentaires portant sur 54,8 millions de pièces, qui porterait la mise sur le marché à 28% du capital du Groupe. Par ailleurs, selon Bloomberg, la demande des investisseurs est telle que l’IPO ( Initial Public Offering) devrait se faire au-dessus de la fourchette de prix annoncée. Après l’opération, la part du Département US au Trésor devrait passer de 61% à 35% du capital.

D’après la presse économique, le constructeur chinois SAIC profiterait du retour en Bourse du groupe américain, pour prendre 1% du capital. SAIC détient deux joint ventures avec GM en Chine. General Motors a d’ailleurs précisé que l’essentiel de sa croissance à venir se situait hors des États-Unis, notamment en Chine et en Inde.

Finalement rien de si exceptionnel pour une entreprise américaine pilier de la nation, née en 1908 et embarquant quelques 205.000 salariés dans le monde. Rendez vous jeudi pour le résultat des courses….

Twitter, boule de cristal pour la Bourse?

Mercredi 10 novembre 2010

Ca a été l’un des buzz les plus forts de la fin octobre, concernant le réseau social en ligne Twitter. On le sait déjà tenté de damer le pion à son compatriote Facebook, en se spécialisant dans une activité plus ciblée : le micro-bloguing, ou l’art de dire ce que l’on fait en 140 signes maximum, pas un de plus. Un outil de “vie en ligne” utilisé tant par des particuliers que des entreprises. BforBank s’est d’ailleurs équipé d’un compte Twitter depuis cet été : @BforBank.

Pour certains, Twitter peut prendre la définition d’une sorte de “telex communautaire temps réel”, ou encore “d’AFP mondiale en réseau”, chantre d’un “journalisme de liens” consistant à échanger rapidement, en flux et en masse la bonne information, des sources intéressantes, des outils en ligne pertinents, etc.

De là, on comprend qu’il n’y a qu’un pas à vouloir donner un sens à ce flux tonitruant. D’abord diffusé par des blogs, l’info s’est rapidement retrouvée traitée dans les très sérieux Business Week, CNBC et New York Times, etc. Plus averti de ces sujets, un journal pointu comme Wired rappelle que ce n’est pas la première fois qu’on prête aux écrans du web 2.0 (blogs ou réseaux) des vertus prédictives.

Caisses de résonance, chambres d’échos, capteurs de tendances… les réseaux sociaux sont tout cela à la fois, et il est somme toute assez normal de trouver des corrélations entre un certain état d’esprit (bon ou mauvais) et l’attitude en ligne d’acteurs sur les marchés. En gros : prendre le pouls de ces acteurs à travers leurs écrits en ligne, pour deviner leurs comportements dans le monde physique.

Une méthode à valider

La vraie bataille? Définir, valider et verrouiller un algorythme de calcul qui permettra de passer au cran supérieur : carrément prédire l’avenir. Là les scientifiques sont beaucoup plus dubitatifs, même si les possibilités du temps réel s’avèrent croustillantes… Et là cette réflexion sur Twitter sort un peu du fumeux, pour rejoindre finalement ce que l’on pratique et connait dans l’univers du trading par exemple. Nous avions pu le constater fin septembre sur le Salon du Trading, que nous couvrions sur le blog.

Twitter (et d’autres réseaux) aura t-il vertu à remplacer tous les autres systèmes de publication rapide d’informations? Et donc aura t-il à terme vertu à devenir un standard dans le monde de la finance? A voir, notamment quand l’on note que le réseau s’approche à grands pas des 200 millions d’utilisateurs dans le monde. De quoi consolider de bonnes bases statistiques.

Pour prolonger :