Archive pour le mot-clef ‘europe’

Les investissements en Chine à la baisse

Jeudi 23 août 2012

Le ralentissement économique se fait même ressentir là où ne l’attendait pas : en Chine par exemple. Le pays qui a jusqu’ici réussi à garder la tête haute semble désormais atteint. Les investissements étrangers y sont en effet en train de s’essouffler, mois après mois…

Malgré leurs efforts considérables ces dernières années, les chinois seraient-ils donc en train de ressentir les effets de la crise économique mondiale ? Côté chiffres ces derniers mois, les investissements directs à l’étranger en destination de la Chine n’ont cessé de reculer, selon le Ministère Chinois du Commerce. En juillet 2012, ces IDE auraient en effet accusé une chute sévère de 8,7% par rapport à l’année précédente. Déjà, en juin, les observateurs avaient constaté une baisse inquiétante des IDE de 6,9% par rapport à juin 2011. Est-ce la fin de l’âge d’or de la Chine ? Des spécialistes l’envisagent, comme par exemple Banny Lam, économiste chez CCB International « La Chine n’échappera pas au ralentissement mondial » a-t-il déclaré récemment.

L’heure du doute en Chine

Le Ministère Chinois du Commerce, explique ces résultats décevants par un contexte économique mondial plus que tendu : « les incertitudes grandissantes et l’absence d’une solution adéquate à la crise des dettes européennes ». Nul doute que les investissements en provenance d’Europe ont diminué plus vite que les autres.

Selon Reuters, de janvier à juillet 2012, leur montant a diminué de 2,7% tandis que les investissements en provenance des USA ont augmenté faiblement, d’à peine 1%, à 2 Mds de $. Conséquence, en Chine, les perspectives de croissance sont en berne. Selon les économistes, les objectifs de production de charbon ont été revus à la baisse.

Les exportations ont quant à elles augmenté moins vite que prévu : +1% en juillet contre 8,6% d’estimation. L’excédent commercial diminue mois après mois : de 31,7 milliards de dollars en juin à 25 milliards en juillet. Du coup, la production industrielle se ralentit. En juillet, le pays a enregistré une hausse de 9,2% en rythme annuel, la plus faible depuis trois ans. Les analystes s’attendaient pourtant à voir cette croissance s’accélérer…

Retour à la consommation pour le FMI

Dans cette situation, le FMI préconise davantage de consommation. En Chine, l’investissement représente en effet pas moins de 50% du PIB. Une proportion bien trop importante selon l’institut monétaire qui estime qu’un rééquilibrage est désormais nécessaire. La situation créerait en effet « de larges excédents de capacité dans l’économie ». Mais aux yeux de la Chine, favoriser l’investissement reste une priorité. Le pays souhaite d’ailleurs le renforcer, notamment dans les entreprises industrielles contrôlées par l’Etat telles que les chemins de fer, l’énergie ou encore la santé. Une recommandation résolument à contre-courant !

Alternative ? La R&D en Europe

Cette situation particulière pourrait faire le beau jeu de la France et de l’Europe, avec pourquoi pas un retour de l’investissement étranger. Malgré la morosité ambiante dans la zone euro, certains secteurs tirent en effet leur épingle du jeu.

En tête, le secteur de la recherche et du développement qui attire un nombre croissant d’investisseurs. Une étude publiée cet été par la commission européenne a révélé que malgré la crise, l’investissement en recherche et développement devrait s’accroitre de 4% d’ici à 2014. Les sociétés de logiciels et de services informatiques quant à elles offrent des perspectives plus que prometteuses. Toujours selon Bruxelles, la croissance des investissements en recherche et développement de ces entreprises devrait atteindre 11% par an d’ici à 2014.

C.C

Pour prolonger : relire sur les blogs “Investir dans le luxe : pensez chinois !” et “Disney s’installe en Chine“, ainsi que “Le marché de l’art sous la pression chinoise“.

La perte du triple A : et si c’était une bonne chose ?

Mercredi 25 janvier 2012

La perte du triple A de la France décidée par l’une des trois grandes agences de notations  (Standard and Poor’s) mais maintenue par les deux autres montre bien à quel point la science économique est une science humaine et non une science exacte. Et c’est tant mieux

Les critères d’abord. Il y a certes l’estimation d’éléments objectifs (endettement, politique économique, risque de solvabilité). Mais aussi subjectifs (estimation de la croissance à plus d’un an, incertitudes politiques). Chaque agence prend en compte ces critères mais c’est le dosage à l’origine de l’appréciation finale qui est différent.

Les marchés financiers ensuite. La France n’a eu aucun mal à emprunter,  de surcroit à des taux attractifs après sa dégradation. Normalement après la baisse de sa notation, un pays emprunte plus cher. Cela n’a pas été le cas, comme ce ne le fut pas non plus quand les Etats-Unis ont perdu leur triple A.

(ce passage du JT de BFM TV pour illustrer le propros, ndlr)

La contradiction enfin. Les agences exigent plus de maîtrise des comptes publics et une diminution souvent drastique de la dette ce qui passe par plus d’impôts, moins d’investissements et des coupes claires dans les politiques sociales.  Et dans le même temps, elles demandent aux  Etats de favoriser la croissance.

Risque et politique économique

Le fait que de nombreux pays voient leur note abaisser montre que les marchés prennent seulement en compte le risque de solvabilité. Ils n’ont donc aucun doute : les Etats-Unis et la France paieront leurs dettes.

Se libérer du triple A et surtout ne pas essayer -en cassant la croissance, en augmentant le chômage- de le récupérer rapidement permet de pratiquer une politique économique plus supportable. Etaler les dettes dans le temps, construire une politique européenne cohérente sont plus raisonnable que de couper la main qui travaille en lui demandant… de produire plus !

Patrick Lelong

Sur le même sujet : relire la note “La semaine des A“; et revoir l’infographie ci-dessous, sur les agences de notation financières, sur lesquelles un doute a pesé dès septembre dernier

Six grandes banques centrales se donnent la main

Jeudi 1 décembre 2011

La concertation des principales banques centrales d’Europe, des Etats-Unis et du Japon va permettre de restaurer le crédit interbancaire. Jusqu’à présent comme en 2008, les banques ne se prêtaient plus entre elles pour se refinancer mais apportaient leurs liquidités à la Banque Centrale, la BCE pour la zone euro. Et ce sont les banques centrales qui faisaient office de prêteur.  Les banques ne prêtaient pratiquement plus aux entreprises. Par conséquent les entreprises conservaient leur cash autant que faire se peut et investissaient donc moins.

Or, on le sait, le crédit est un moteur de la croissance et cette concertation des banques centrales va permettre d’assurer le financement des entreprises et ne plus pénaliser les exportations comme ce fut le cas en 2008. Une bonne nouvelle même si c’est une réponse à l’urgence.

RDV 9 décembre prochain

La réponse au fond ne peut être que politique. Et c’est l’un des enjeux de la réunion du 9 décembre à Bruxelles. Pour sortir la zone euro de sa turbulence, il faudrait accélérer la mise en place du FME (Fonds Monétaire européen) par la transformation programmée du FESF (Fonds Européen de Stabilité Financière). Il serait alors possible de créer des obligations européennes pour mutualiser les dettes souveraines de notre vieux continent. Mais pour cela, il faudrait aussi mutualiser les recettes fiscales.

Les pays d’Europe sont-ils prêts à renoncer à une partie de leur souveraineté nationale  en acceptant un contrôle de leurs comptes publics ? Rien n’est moins sur. Et c’est bien là que le bât  blesse.

Tournez la page de la Grèce pour ouvrir celle de l’Europe

Mercredi 19 octobre 2011

tourner-page-grece-ouvrir-europeCela fait maintenant 15 mois que l’on traîne des pieds pour aider la Grèce. Avec un discours qui se veut rassurant et une rapidité d’exécution qui ferait prendre une tortue pour une Ferrari. Que va-t-il se passer dimanche quand les chefs d’États européens se retrouveront pour parler… de l’Europe et plus particulièrement des mesures pour « conforter » ou « sauver » c’est selon- la zone euro ? Je pense qu’il faudrait tourner la page en mettant en place une solution durable et définitive pour la Grèce.

“En cas de défaut total de paiement, ce ne serait pas la mer à boire”

Mais vraiment tourner la page. Les outils sont là mais certains, dont l’Allemagne, tardent à les utiliser. Aussi importante soit elle, la dette grecque pèse peu dans les comptes des banques à l’exception bien entendu des banques helléniques. Les seuls profits des banques françaises au premier trimestre sont supérieurs à la dette grecque détenue dans leurs comptes. Même en cas de défaut total de paiement, ce ne serait pas la mer à boire.

En revanche l’absence d’actions à de quoi inquiéter les marchés financiers qui attendent une décision politique. Car la crise n’est pas économique même s’il faut bien payer 25 années de surendettement des États européens. La crise est avant tout politique. C’est clairement le problème de l’intégration européenne ou plutôt de la panne d’intégration qui se pose. Les marchés attendent beaucoup de la réunion de dimanche, en tout cas des signaux clairs. En particulier le règlement de la question grecque comme une exception pour ne pas laisser la suspicion d’une possible contagion à l’identique à d’autres pays.

Il est faux de comparer l’Italie ou le Portugal à la Grèce. La Grèce cumule les handicaps : pas de collecte d’impôts, un déficit record, une croissance inexistante. Ce n’est pas le cas des autres pays. Notre situation est comparable à celle des États-Unis avant que le pays de l’Oncle Sam devienne une fédération d’États. Nous avons juste deux siècles de retard. Les États-Unis pourtant plus endettés que l’Europe n’inquiète pas outre mesure les marchés financiers. L’Europe avec son immobilisme effraie car le silence est toujours perçu comme complice ou trompeur. Ce n’est pas moins de 400 milliards de $ qui ont ainsi quitté la zone euro pour retourner aux États-Unis, par manque… de visibilité.

Patrick Lelong

Copyrights : Niccolò Caranti sur Flickr

L’Europe veut-elle vraiment de l’euro ?

Mercredi 5 octobre 2011

A la question “L’Europe veut-elle vraiment de l’euro ?”, il semble enfin que oui, après le vote des députés allemands en faveur du renforcement du FESF (le Fonds européen de stabilité financière). Et même si la somme avancée de 440 milliards d’euros est insuffisante aux yeux de nombreux experts.

Car il était permis d’en douter. Certes, il y avait eu des déclarations rassurantes en juillet dernier des chefs d’Etats européens, couple Franco/allemand en tête, comme « nous soutiendrons la Grèce »… Des paroles, certes mais  qui n’ont pas été suivies d’effets, provocant ainsi le doute et la défiance des marchés financiers.

Il est vrai que le temps politique et le temps des marchés n’est pas le même. Il est vrai que l’Europe budgétaire est à créer et qu’un ministre européen de l’économie -s’il doit un jour exister- donnerait de la cohérence à une action concertée et efficace. Il est vrai qu’un élargissement des prérogatives de la BCE serait de bon augure. Ou encore que la création d’obligations européennes permettrait de mutualiser les dettes de la zone euro.

“… on est pas sorti de la crise”

Il est surtout vrai que l’on n’est pas sorti de la crise. On attend fébrilement la mise en place du Mécanisme européen de stabilité (MES) prévue à horizon 2013 avec sa dotation de 600 milliards d’euros. Mais l’urgence, après la mise en place du deuxième plan de sauvetage de la Grèce sera dans les jours qui viennent, de rassurer les marchés par deux actes forts : un rachat conséquent par le Fonds européen sur le marché secondaire des dettes souveraines européennes et une aide à la recapitalisation de banques européennes fragilisées. Un rendez-vous à ne pas manquer au risque de perdre la bataille de l’euro.

Patrick Lelong

Pour prolonger : relire par exemple sur les actualités de BforBank, les articles DSK analyse la crise économique et financière; et aussi le guide de la crise;

Emballement des marchés : la revue de presse n°2

Lundi 8 août 2011

Après l’annonce, vendredi soir, par l’agence de notation Standard & Poor’s de la dégradation de la note américaine, les investisseurs attendaient, avec fébrilité, l’ouverture ce matin des marchés asiatiques et européens.

Afin de mettre au point des solutions destinées à éviter une chute des marchés à l’ouverture ce lundi, les gouvernants et banquiers centraux ont multiplié tout au long du week-end les contacts sur la crise de la dette en Europe et la dégradation de la note des États-Unis.

Nous vous proposons une nouvelle revue de presse afin de décrypter la situation.

Les US

  • L’agence Standard & Poor’s a dégradé la notation des États-Unis. Quelles conséquences ? Lire l’article
  • Les États-Unis parviendront-ils à récupérer leur note AAA ? Lire l’article
  • Le Trésor américain a persisté ce week-end dans son opinion selon laquelle Standard & Poor’s avait commis une “erreur” en abaissant la note du pays. Lire l’article

L’Europe

  • La BCE a annoncé dimanche soir qu’elle allait intervenir par l’intermédiaire d’un programme de rachats d’obligations, afin d’éviter que la crise de la dette impacte les économies espagnoles et italiennes. Lire l’article
  • Les annonces de rachat de la BCE sur la dette italienne et espagnole permettent de limiter la casse à Milan et Madrid. Mais les autres places boursières européennes peinent à rebondir. Lire l’article

L’Asie

  • Les bourses asiatiques terminent en baisse malgré les déclarations des politiques et banquiers centraux. Lire l’article

Que faire ?

  • Comment conserver son sang-froid alors que les marchés baissent. Lire l’article

Des vidéos

  • Le branle-bas de combat pour éviter une crise financière (AFP)

  • François Baroin confirme l’intervention de la BCE sur Europe 1 (AFP)

Copyrights : PedalFreak sur Flickr

Elie Cohen : “le G20 est utile quand il envoie des signaux”

Mercredi 24 novembre 2010

L’économiste Elie Cohen a la grande qualité de proposer un discours analytique simple et pédagogique. Nous l’avions d’ailleurs interviewé l’été dernier dans le cadre de “BforBank, le Magazine“. Il intervenait début novembre sur le Talk Le Figaro, et a fourni en substance la “big picture” de la situation économique actuelle.

Elle est pertinente à entendre dans la mesure où cette “picture” est actuellement bien centrée sur les questions monétaires, financières  qui vont déterminer demain et après-demain les “conditions de jeu” pour les investisseurs et les épargnants. Avec cette question aussi directe que lancinante : la France reste t-elle oui ou non un pays où il faut placer et investir?

Voici quelques-une des idées clés que l’économiste aborde au fil de cette interview :

  • l’Europe n’a pas décidé qui doit gérer la politique de change : il n’y a pas de gouvernement économique en Europe; cette politique est de fait gérée par la BCE
  • il y a une percée conceptuelle au G20 : il faut travailler sur les déséquilibres globaux mondiaux; et arrêter la guerre des changes, voir ce qui provoque cela, c’est à dire les déséquilibres commerciaux
  • sur le nouvel ordre mondial monétaire : la politique française de vouloir des changes fixes, des contrôles des mouvements spéculatifs… c’est trop ambitieux. Une percée cependant : réfléchir par “zones cibles”, et par exemple faire évoluer trois monnaies majeures dans un “serpent” (cf : référence au célèbre “serpent monétaire” des années 70).
  • le G20 est utile quand il envoie des signaux : par exemple, lors de la crise financiaro-économique. Mais quand l’attente est celle de mesures précises…? Ce n’est pas son rôle.

Michel Barnier envisage un livret d’épargne européen

Vendredi 10 septembre 2010

Très présent dans les médias ces derniers jours, Michel Barnier, le commissaire européen au marché intérieur, a émis une idée originale : créer un livret d’épargne européen (cf : LeFigaro.fr). Il s’est même fait plus précis dans la destination de ce produit financier : selon lui, ce livret devant collecter “l’épargne des particuliers en Europe, la garantit, dans le but de l’orienter vers les PME, le social business, et l’innovation“.

Cette proposition est inscrite dans un plan plus large de relance du marché intérieur européen, détaillé entre autres sur LaTribune.fr. Il porte même le nom de “Single Market Act” et vise à améliorer les conditions de “ses quatre libertés des biens, services, personnes et capitaux”. Ce qui ne va pas, compte tenu de la crise économique vécue, sans des mesures de supervision financière européenne (cf : LeMonde.fr), sur lesquels insiste particulièrement Barnier.

Pour prolonger : le site de Michel Barnier; relire l’article “Europe : la crise favorise la convergence fiscale” sur BforBank.com.

Voire aussi la vidéo de l’annonce des réformes financières, par M. Barnier