Archive par auteur

Bande dessinée : quand les bulles alignent les zéros…

Vendredi 11 mai 2012

Tintin fait inlassablement grimper les enchères en salles des ventes

La bande dessinée souffre d’un manque évident de reconnaissance. Bien qu’elle soit fréquemment appelée « 9e art », elle n’est pas appréciée comme tel de façon unanime.

Toutefois, à en juger par les transactions conclues lors de récentes ventes aux enchères, il semblerait que de plus en plus d’amateurs soient prêts à investir de gros montants pour acquérir planches et albums.

L’AFP rapporte, par exemple, que « des œuvres de Jean Giraud/alias Moebius, disparu le 10 mars, et des planches d’Hergé, de Bilal, de Franquin et d’Hugo Pratt, ont remporté un beau succès avec un total des ventes de 1.376.418 euros (maison Artcurial). L’estimation s’établissait à 900.000 euros. La couverture de l’album de Blueberry “La Tribu Fantôme”, entièrement réalisée à la gouache, estimée entre 40 et 50.000 euros, a été vendue 73.300 euros tandis que la dernière planche de l’histoire semi-autobiographique de Moebius, “La Déviation”, réalisée en 1973, a atteint le chiffre de 41.700 euros… ».

Encore une valeur refuge en période de crise ?

Ce qui fait la valeur d’une bande dessinée

Trois critères sont déterminants :

  • L’âge et la rareté de la BD
    Les créations antérieures à la deuxième guerre mondiale voient leur prix s’envoler : ce fut le cas, par exemple, d’une encre de chine et gouache de Tintin en Amérique (1937) vendue en mars 2008 pour 764.218 euros. En 2009, le dernier album de L’Etoile mystérieuse en édition alternée (1942) était parti pour 102.935 euros.
  • L’édition
    Les éditions originales sont plus recherchées, particulièrement si elles sont antérieures à 1970
  • L’état de conservation
    Les exemplaires non déchirés et vierges de taches ou de gribouillages sont, bien entendu, la cible des collectionneurs

Le site info-collection.fr relève en outre qu’il existe des BD stars? C’est le cas de Tintin, Astérix, Lucky Luke, Blake et Mortimer…bref, tous les titres qui ont comblé la génération X et les précédentes.

Et si vous n’êtes pas tombé dans la marmite quand vous étiez petit, une session de rattrapage est toujours possible :

Pierre Suze

Investir dans le vin : le poids du potentiel de garde

Jeudi 3 mai 2012
Le vin se bonifie avec le temps, dit-on. Mais jusqu’à quand ?

Le 8 juin prochain aura lieu une vente aux enchères un peu particulière, chez Artcurial : des bouteilles de champagne vieilles de deux siècles, oubliées au fond d’une épave de bateau dans la mer Baltique, où elles ont passé le plus clair de leur longue vie, puis repêchées en 2010.

Sur les 162 bouteilles remontées, des experts ont jugé – après les avoir goûtées – que 79 étaient propres à la consommation, voire même ‘d’une fraîcheur inouïe’.
Mise à prix : 10.000 euros/flacon.

On devine que l’estimation de ces bouteilles est davantage liée à leur histoire hors du commun et au témoignage qu’elles constituent qu’à la qualité intrinsèque du vin qu’elles contiennent. Cela pose néanmoins la question du potentiel de garde des vins et de ce qu’il faut avoir à l’esprit pour ne pas gâcher une collection.

Vin : longévité et apogée

Il est essentiel, tout d’abord, de ne pas confondre longévité et apogée. La première de ces deux notions indique la durée totale pendant laquelle le vin est consommable. La seconde désigne la période à laquelle le vin sera le plus qualitatif, le meilleur à boire.

Il faut savoir, en outre, que l’évolution du vin n’est pas linéaire. Il est habituel qu’un vin soit appréciable très jeune pour la qualité de ses arômes primaires, puis qu’il se referme quelques temps avant de révéler de nouvelles qualités gustatives.

Un vigneron m’a un jour expliqué, à propos de son Sauternes (issu d’un assemblage sauvignon/sémillon), qu’environ 5-6 ans après la récolte, il traversait une phase de plusieurs mois pendant laquelle il ne présentait que peu d’intérêt à boire, car les arômes du sauvignon déclinaient tandis que ceux du sémillon n’étaient pas encore exaltés. Sa suggestion était donc de le déguster soit avant, soit après ce ‘passage à vide’.

Une évolution permanente

On parle de ‘conservation’ du vin dans la mesure où l’on cherche à le préserver de l’oxydation ou de tout autre type d’altération. Mais, en réalité, il évolue sans cesse, subit des transformations lentes et complexes : il vieillit.

Cela dit, tous les vins n’ont pas la même aptitude au vieillissement. D’une manière générale, ceux qui offrent un bon équilibre entre le fruit, l’acidité, l’alcool et les tannins ont un potentiel de garde supérieur aux autres. C’est pourquoi les vins rouges vieillissent en principe mieux que les blancs et les rosés, exception faite des moelleux et des vendanges tardives.

Cet équilibre dépend bien sûr de la qualité d’un millésime (du fait de la meilleure concentration des vins), mais aussi du travail du vigneron.
Les conditions de conservation du vin sont évidemment déterminantes pour lui assurer une bonne garde, nous y reviendrons dans une prochaine note.

Combien de temps ?

Vous trouverez dans les livres et sur certains sites spécialisés des grilles récapitulant le potentiel de garde des vins par région et par type (voir par exemple lejournalduvin.com).

Personne ne vous demande de battre des records de garde. C’est vrai que c’est festif d’ouvrir une très vieille bouteille, mais un vin qui est passé l’est irrémédiablement.

On a l’habitude de dire que les amateurs néophytes ouvrent leurs bouteilles soit trop tôt soit trop tard. Mon conseil (et celui des fidèles de Bacchus): faites-vous votre propre religion, mais ne regardez pas vos vieilles bouteilles comme des reliques…carpe diem.

Pierre Suze

Investir dans un vélo de ville

Jeudi 26 avril 2012

Priorité aux vélos !

Comme évoqué dans une précédente note, intitulée «Economies : rouler à vélo en s’inspirant du modèle néerlandais », je me suis donc mis en quête d’un vélo de ville pour diminuer le nombre de mes déplacements motorisés dans Paris. Mon constat : pour un primo-city-pédalant, l’investissement est plus délicat qu’il n’y paraît.

L’offre étant assez large, il est impératif, avant de porter son choix sur un modèle en particulier, de vérifier certains paramètres et d’avoir en tête quelques critères différenciant.

Quels sont les paramètres à prendre en compte ?

Cela ne vous aura pas échappé, outre le fait qu’il existe des modèles « homme » et « femme », la plupart des bicyclettes sont proposées dans différentes tailles. C’est généralement la hauteur du cadre qui sert de référence. Pour savoir laquelle vous convient le mieux, des tableaux de correspondance sont en ligne sur le Web. Mais, pour faire simple, retenez que la jambe doit être tendue lorsque la pédale est en position basse et que le talon est posé dessus.

Si votre intention est de rouler exclusivement en ville, où les arrêts sont fréquents, privilégiez un cadre à enjambement bas, comme c’est le cas sur les bicyclettes néerlandaises traditionnelles (cadre « col-de-cygne »). Elles sont d’ailleurs d’autant plus adaptées à un environnement urbain qu’elles permettent une position assise ‘droite’, plus reposante et offrant une meilleure visibilité.

En ville, un vélo à trois vitesses suffira. Mais optez plutôt pour la boîte de vitesses que pour le dérailleur : la chaîne ne sautera pas et vous pourrez passer les rapports à l’arrêt.

Quant aux freins, pour plus de sécurité, préférez le système de freins intégré aux moyeux : légèrement moins précis que les freins à disque ou à patins, ils conservent en revanche leur efficacité en toutes circonstances, que la route soit sale ou mouillée.

Cadre acier ou cadre alu ? L’acier amortit mieux les vibrations ; il est confortable, même sans suspensions. L’aluminium est en général plus léger, mais aussi plus raide. Il préserve mieux de la corrosion, mais résiste moins bien aux chocs.

Pour ce qui est de l’éclairage, l’avantage de la dynamo (entraînée par le pneu ou intégrée au moyeu) est qu’elle ne devrait pas vous lâcher de manière impromptue, contrairement à un système à piles. En revanche, si vous ne pédalez pas, pas de lumière !

Plusieurs sites Internet pourront vous guider, notamment celui de la fédération française des usagers de la bicyclette ou encore le site amsterdamer.fr, spécialiste du vélo néerlandais. À lire également, un article sur les vélos de ville, publié sur linternaute.com

Quel modèle ?

Les valeurs sûres, ce sont les spécialistes historiques comme Peugeot (FR), Gitane (FR), Gazelle (NL), Batavus (NL)…Écartez les premiers prix de marque générique des grandes enseignes de sport : dans 3 ans, vous aurez du jeu dans l’axe et le pédalier en morceaux (ou est-ce moi qui suis trop lourd ?)

Une alternative pour se démarquer, c’est d’opter par exemple pour le «grrr» léopard de Dolce & Gabbana, ou encore le célèbre Aéroblade du constructeur automobile néerlandais Spyker, (11.000 euros quand même). Dans les deux cas, c’est à méditer… pour différentes raisons.

Pierre Suze

Vin : les primeurs 2011 sont à vendre !

Mercredi 18 avril 2012
Encore en barrique au château, ce vin est peut-être déjà la propriété de négociants ou de particuliers. Photo P. Suze

Alors que la campagne des Bordeaux primeurs 2011 démarre juste, Château Latour – l’un des cinq premiers grands crus classés du Médoc – vient d’annoncer son intention de ne plus vendre son vin à terme*. Une décision qui fait grand bruit dans le milieu viticole bordelais, habitué à ce qu’une bonne partie de sa production soit achetée avant d’être mise en bouteille.

Dans Le Figaro du 17 avril, Frédéric Engerer, directeur général du Château Latour motive sa décision :

Je veux me rapprocher d’un système à la champenoise. Dom Pérignon vend actuellement son 2003 et personne n’y trouve rien à redire. Château Latour est un vin de longue garde et il ne sert à rien de le vendre trop tôt. Nous le conserverons au château dans les meilleures conditions possibles (…). Nous avons investi spécifiquement dans un nouveau chai de stockage pour le garder. Le système des primeurs sert surtout aux revendeurs qui alimentent la spéculation : château Latour est vendu et revendu, avec des conditions de stockages aléatoires, bien avant son apogée et il est impossible de garantir la qualité. »

A qui profitent les primeurs ?

En s’interdisant de vendre ses vins en primeur, Château Latour se prive d’une avance financière sur des produits encore en phase de maturation. Mais la célèbre propriété viticole se garantit dans le même temps de meilleures marges au final.

Car, et c’est bien là tout l’intérêt pour le consommateur-investisseur, les vins vendus en primeur sont en principe beaucoup moins chers que les bouteilles mises sur le marché deux ans plus tard. Par exemple, un Latour 2008 en primeur se vendait 150 euros la bouteille mais celle-ci se négocie désormais à près de 800 euros.

Pour vous faire une idée de l’évolution des prix des grands vins de Bordeaux, rendez-vous sur le site Passion Vin qui présente un historique des vins vendus en primeur.

Acheter en primeur est-il sans risque ?

Les achats en primeur sont généralement de bonnes affaires, favorables aux consommateurs. Néanmoins, la vente à terme comporte un défaut de taille : la qualité du vin est plus difficile à établir tant que celui-ci n’est pas abouti d’autant plus que les échantillons présentés aux professionnels ont parfois la réputation d’être prélevés dans les meilleures cuves, ne reflétant ainsi pas la qualité globale du vin.

De ce fait, l’acheteur court toujours le risque que le jugement des spécialistes soit révisé à la baisse et le prix avec. Ce fut notamment le cas avec le millésime 1997, peu qualitatif. Attention donc avec 2011, déjà reconnue comme étant une année moyenne. Pour preuve, même les très grands crus font une offre bien plus sage qu’en 2010 : Lafite Rotschild a annoncé le prix de son primeur 2011 à près de 50% inférieur à celui de l’année précédente.

Autre risque : si votre fournisseur rencontre des difficultés financières ou s’il est mis en liquidation judiciaire, vous pouvez avoir du mal à mettre la main sur vos bouteilles.


Où acheter ?

Si certains châteaux vendent leurs primeurs en direct, la plus grosse partie des transactions se fait en ligne. Trois adresses incontournables : ChateauOnline, ChateauPrimeur et Millesima.

* Le système des primeurs consiste, pour un château, à vendre une partie de sa récolte avant que le vin ne soit élevé et mis en bouteilles, en général deux ans plus tard pour les grands crus. Ainsi, le propriétaire obtient une entrée de trésorerie immédiate et l’acheteur bénéficie en principe d’un prix réduit par rapport à celui qui sera pratiqué lors de la commercialisation en bouteilles.

Pierre Suze

Diamants : un nouvel eldorado ?

Jeudi 12 avril 2012

Le diamant, un succès éternel

Selon l’AFP, citant une étude récente réalisée par Bain & Company pour l’Antwerp World Diamond Centre (AWDC), la demande mondiale de diamants devrait augmenter de plus de 6% par an jusqu’en 2020. Notamment grâce à l’intérêt croissant des indiens et des chinois pour ces pierres précieuses. La progression de l’offre n’étant, quant à elle, estimée qu’à +2,8% par an, les prix devraient mécaniquement flamber dans les années qui viennent.
Serait-ce une nouvelle piste de placement pour l’avenir ?

Il n’est pas question de se lancer à la légère, ce marché étant susceptible d’être fortement perturbé par des intérêts plus ou moins scrupuleux.

Sachez tout d’abord, comme le rappelle le site diamants-infos.com, que la valeur d’un diamant repose sur quatre principaux critères d’évaluation :

  1. la manière dont le diamant a été taillé (si le travail est bien fait, la pierre aura une brillance optimale) ;
  2. son poids (unité de mesure, le carat =0,2 gramme) ;
  3. sa pureté, autrement dit l’absence d’inclusions -ces défauts visibles à la loupe que les experts traquent;
  4. enfin sa teinte puisque, contrairement à une idée reçue, tous les diamants ne sont pas incolores.

D’autres caractéristiques doivent néanmoins être vérifiées au moment de l’achat, comme les proportions, la non-fluorescence et la finition du diamant.

Quelques précautions

Si vous n’êtes pas à l’aise pour évaluer le diamant qui vous est proposé, faites-vous aider par une personne de confiance, habituée à ce type de transactions.
Le certificat gemmologique vous permettra de connaître précisément les caractéristiques de la pierre précieuse, sans pour autant constituer une garantie de qualité. Quoiqu’il en soit, les débutants se tourneront de préférence vers des marchands ayant pignon sur rue, plus faciles à poursuivre en cas de litige.

Enfin, réclamez une facture : non seulement cela vous évitera bien des déconvenues tant fiscales que pénales, mais, surtout, vous serez assuré de ne pas contribuer indirectement à l’achat clandestin d’armes dans certains pays d’Afrique où la guerre fait rage. C’est cette pratique que dénonce l’excellent film « Blood Diamond », avec Leonardo di Caprio, sorti en 2007.

En février dernier, le groupe minier anglo-australien Rio Tinto avait annoncé la découverte en Australie, dans la région de Kimberley, d’une pierre d’exception : un diamant rose d’environ 13 carats, baptisé le “jubilé rose”, en référence au jubilé de diamant de la reine Elisabeth, chef d’Etat de l’Australie. Faut-il également y voir un clin d’oeil au célèbre film de Blake Edwards, la Panthère Rose ?

Quoi qu’il en soit, ce nouveau diamant devrait être mis en vente dans le courant de l’année… A suivre.

Pierre Suze

A lire : « Diamant, de la roche brute à la magie de la pierre taillée », chez Citadelles & Mazenod.

NB : quand une recherche sur Google “diamants” livre plus de 11 millions de pages de résultats, une requête “investir + diamants” ne donne elle que 283.000 résultats… Il y a sans doute encore de la marge pour que cet investissement sorte de son pré carré et de ses filières traditionnelles.

Vin : le mérite des médailles

Jeudi 5 avril 2012

des bouteilles masquées, pour une dégustation en bonne et due forme

La complexité de nos terroirs, de nos appellations et des mentions qui figurent sur les étiquettes de vin fait que les médailles apposées sur certaines bouteilles servent de repère à bien des consommateurs. Elles jouent même un rôle prépondérant dans leur décision d’achat.

Ainsi, au même titre que les Oscars pour le cinéma, les médailles dopent les ventes de vin… au point que la fiabilité des concours –  et donc la légitimité des récompenses – est régulièrement remise en cause dans la presse (voir notamment la RVF d’octobre 2009) : les conditions de dégustation, la partialité de certains organisateurs et le manque d’aptitudes de certains critiques sont souvent dénoncés. C’est vrai, dès qu’il y a de l’argent eu jeu, les dérives semblent inéluctables. Mais j’ai la faiblesse de croire qu’elles sont marginales et qu’elles ne doivent pas systématiquement fragiliser la valeur des distinctions et des classements.

J’ai pu moi-même me faire une idée du déroulement d’une dégustation il y a quelques jours, et je n’y ai rien vu que de très normal, dans une ambiance bon enfant, loin, très loin des soupçons évoqués plus haut : samedi 31 mars, j’ai en effet eu le plaisir de faire partie des jurés au concours des vins des vignerons indépendants. Une compétition un peu particulière dans la mesure où elle fait appel, pour l’attribution des médailles, non à des professionnels mais à des ‘amateurs avertis’ (je suppose qu’on désigne par là des individus dotés, à minima, d’une once de curiosité, qui leur donne envie de savoir systématiquement ce qu’il y a dans leur verre lorsqu’on leur propose d’en boire un, et qui, au fil du temps, apprennent à l’apprécier à sa juste valeur).

Pour le reste, les conditions étaient proches du très respectable concours général agricole : une grande salle pleine ‘d’amateurs avertis’, des tables de quatre personnes, des crachoirs, du pain, de l’eau, des bouteilles de vin masquées et des fiches de dégustation.
A chaque table, il était demandé de juger et de noter 10 vins sur leur aspect, leur nez et leur goût. L’exercice ayant démarré à 9h30 le matin, on ne pourra pas nous reprocher d’avoir voulu prendre un apéritif à moindre frais…
L’ambiance était décontractée, mais les participants restaient concentrés. A notre table, nous avons observé, senti, goûté méthodiquement, sans trop parler et en prenant quelques notes. A mi-parcours, nous avons échangé quelques impressions, puis nous avons attaqué la deuxième moitié des échantillons. A la fin, nous avons écarté celles des bouteilles qui ne nous semblaient pas pouvoir prétendre aux médailles. Consciencieusement, nous avons regoûté les échantillons qui faisaient débat -en recrachant évidemment-, puis à force de discussions, d’arguments et de votes, nous avons décerné deux médailles d’or et une médaille d’argent.
Je dois dire que les 10 vins dégustés étaient de très bonne facture (ce qui veut dire aussi qu’un vin non médaillé peut être excellent), mais les trois retenus étaient supérieurs. Et leurs médailles respectives ont le mérite de le faire savoir.

Pierre Suze

Vin : la guerre des bouchons

Mercredi 28 mars 2012

Le bouchon de liège, préféré des amateurs de vin, est parfois à l'origine de déconvenues

Il est bouchonné ! “. Le verdict tombe, lancé par celui des convives qui s’est improvisé échanson d’un soir, à l’occasion d’un dîner entre amis. Autour de la table, le silence se fait immédiatement et la consternation se lit sur les visages : tous les yeux sont rivés sur une bouteille d’Angélus 1989 qui n’attendait plus que le rôti soit servi pour être bue.
Je blague, c’est une bombe” s’empresse alors de corriger l’auteur de la plaisanterie, lui-même impressionné par son effet dévastateur. Soulagement général : les couverts reprennent leur tintement irrégulier et chaleureux…

 Le goût de bouchon constitue sans doute la plus grande appréhension de l’amateur de vin. Imprévisible, il provient principalement1 d’une molécule parfois présente dans le liège : le trichloroanisole (TCA). Lorsque c’est le cas, les arômes du vin sont (irrémédiablement 2 ?) dénaturés, au point de rendre le précieux nectar imbuvable.

C’est à l’ouverture de la bouteille, au nez comme en bouche, que le diagnostic peut être établi. Et la déception qui s’ensuit est bien naturelle, surtout s’il s’agit d’une orpheline.

Peut-on rendre un vin bouchonné ?

Sachez cependant que la plupart des cavistes ne feront aucune difficulté pour l’échanger, à condition, toutefois, que vous n’ayez pas poussé le dépistage jusqu’à vider la bouteille aux trois quarts…

Quid des grands crus que vous avez achetés directement au château ? Eu égard à une sélection rigoureuse de leurs bouchonniers, les châteaux et domaines les plus prestigieux sont moins exposés au problème que la moyenne des producteurs de vin. Si, néanmoins, le cas se présente, il suffit de leur renvoyer la bouteille, comme cela m’a été confirmé chez Palmer : celle-ci est analysée et, le cas échéant, remplacée.

Si c’est une bouteille à bas prix qui est contaminée, et que vous n’avez pas le courage de la rapporter au magasin (là, je vais m’attirer les foudres des cuisiniers, dont je sais, pour certains, qu’ils n’hésitent pas à utiliser de grands vins dans leur cuisine), vous pourrez toujours vous en servir pour une bolognaise (vin rouge) ou un lapin en gibelotte (vin blanc) !

Pour finir sur une note d’espoir : la Revue du Vin de France a publié, en décembre dernier, un article intitulé Le bouchon en liège sans goût de bouchon !, dans lequel est présentée une innovation du groupe Oenobouchage susceptible de supprimer ‘plus de 150 molécules polluantes naturellement présentes dans le liège, dont le redoutable TCA’.

Le bouchon miracle s’appelle Diam. Il est composé de liège broyé, traité puis reconstitué. Il a déjà été adopté par de célèbres maisons, comme Bouchard, Billecart-Salmon ou Henriot. Mais seule l’épreuve du temps pourra nous permettre d’affirmer que le procédé utilisé n’a pas d’autres inconvénients.

Pierre Suze

1  D’autres facteurs, à l’origine du goût de bouchon, ont été identifiés. Les molécules alors incriminées se développeraient, semble-t-il, au contact de produits de traitement du bois (barriques, palettes de transport, poutres de caves…), ce qui explique notamment qu’on puisse identifier  le goût de bouchon dans des bouteilles encapsulées ou bouchées avec du synthétique.

2 La société Dream-Taste propose à la vente un procédé capable ‘d’absorber’ le goût de bouchon. Il suffirait pour cela (je ne l’ai pas testé) d’utiliser la carafe en verre Dream-Taste et sa recharge en forme de grappe, à usage unique, spécialement étudiées pour retenir la molécule responsable du goût de bouchon.

Economies : rouler à vélo en s’inspirant du modèle hollandais

Jeudi 22 mars 2012

Rien de tel qu'une bicyclette pour se balader dans le quartier du Jordaan, à Amsterdam

Une fois n’est pas coutume, cette rubrique pourrait aujourd’hui s’intituler «J’investis et j’épargne», plutôt que l’inverse. Ou, pour être tout à fait précis : « J’investis dans un vélo et j’épargne sur l’essence ».

Pourquoi cette soudaine affection pour la bicyclette, moi qui fais régulièrement  l’apologie des voitures de collection ?
D’abord parce que l’un n’empêche pas l’autre.
Ensuite parce que, comme tout amateur de vins français, je n’ai vraiment pas envie que la planète se réchauffe, bouleversant au passage les caractéristiques de nos régions viticoles. Enfin (et surtout, pour être parfaitement honnête), parce que le prix du litre d’essence a franchi, la semaine dernière, la barre symbolique de 2 euros/litre.

Pour toutes ces raisons, il devient urgent de modifier nos habitudes de déplacements, en favorisant un moyen de transport propre, durable, sain et plus rapide en ville : le vélo.
Impossible de généraliser son utilisation ? C’est pourtant le cas chez l’un de nos proches voisins : les Pays-Bas. La bicyclette est, depuis plus d’un siècle, dans le quotidien des néerlandais et rien n’ébranle leur attrait pour ce moyen de transport traditionnel. J’ose même affirmer que le vélo n’est pas tout à fait étranger à la douceur de vivre qui règne là-bas, en particulier à Amsterdam.

Pour vous dire à quel point le vélo est ancré dans leurs gènes : ils en possèdent, en moyenne, 1,11 par personne.
D’après une étude du ministère des transports néerlandais, la bicyclette est utilisée, aux Pays-Bas, pour plus d’un quart de tous les déplacements (contre seulement 5% en France) ; les principales grandes villes néerlandaises enregistrent des scores compris entre 35% et 40%. Pour les distances inférieures à 7,5 km, la bicyclette est même le mode de transport le plus prisé.

Mieux : pour les déplacements supérieurs à 7,5 km, la bicyclette est encore régulièrement utilisée : elle représente 15% des déplacements dans la catégorie 7,5 – 15 km.

Mais, le vélo c’est dangereux, me direz-vous… Indiscutablement. Toutefois, comme le souligne le ministère des transports, «différentes études montrent que plus l’utilisation de la bicyclette augmente, plus la route est sûre pour les cyclistes. L’attention donnée au vélo est plus grande, les cyclistes sont plus présents dans le paysage et les usagers dotés d’une expérience cycliste sont plus nombreux». Les Pays-Bas ont ainsi un des taux d’accidents de vélo les plus faibles d’Europe.

Et en France, ça roule ?

Alors pourquoi chez nous, où se déroule chaque année la plus célèbre compétition cycliste du monde, ça ne prend pas ?
Parce que les infrastructures ne sont pas adaptées, notamment à Paris, où les voies de circulation pour cyclistes sont souvent partagées avec les autobus et squattées par les scooters et les camions de livraison, ce qui, il faut bien l’avouer, n’est pas très engageant.

C’est grâce à une politique incitative que les choses pourront bouger. Il n’y a plus qu’à se mettre en selle.

Pierre Suze

A lire : « Amsterdam à ma guise », d’Elisabeth Barillé; Plus d’infos sur les vélos hollandais sur www.hollandbikes.com, www.cycloparis15.fr, www.pointvelo.com

NB : pour être tout à fait complet, j’ajoute (L. Dupin) de façon périphérique à la note de Pierre que le vélo peut être aussi… un objet de collection. Il ne semble pas y avoir de sites référents sur la question, mais toute une ribambelle de projets associatifs et locaux, pour la curiosité, le plaisir des yeux et peut être investir (cf : requête Google).

Comprendre les vins de Bourgogne, et leur hiérarchie

Jeudi 15 mars 2012

Le Ladoix 1er cru de Gaston et Pierre Ravaut, climat "Le Bois Roussot", une valeur sûre.

Plus que tout autre, le terroir viticole bourguignon constitue, pour les non-initiés, un labyrinthe inextricable. Et ses vins ne sont guère plus faciles à déchiffrer… Le célèbre Clos-Vougeot (appellation grand cru de la côte de Nuits), par exemple, ne compte pas moins de 80 exploitants, sur des parcelles microscopiques (chaque vigneron produit en moyenne 1.000 bouteilles), elles-mêmes marquées par une grande diversité de sols et, donc, plus ou moins réputées.

Du fait de cette parcellisation ancestrale, choisir un vin de bourgogne n’est pas une mince affaire. Et ce d’autant moins qu’au sein d’une même appellation, il n’est établi aucun classement entre les vins des différents producteurs qui l’exploitent. Pour achever, les bonnes bouteilles sont difficiles à dénicher : elles passent rarement (voire jamais) par la grande distribution ; plus souvent par les cavistes, mais le mieux est encore de se rendre sur place pour acquérir quelques flacons.

Pourtant, malgré toutes ces embuches, la Bourgogne est susceptible de vous fournir de belles émotions olfactives et gustatives. Certains de ses vins relèvent du miracle, comme le suggère le journaliste Olivier Bertrand dans son magnifique article « Bordeaux/Bourgogne, crus incomparables », évoquant le « dîner de Babette » de Karen Blixen (adapté ensuite au cinéma : « le festin de Babette »). Pour mémoire :

«Qu’y a-t-il là-dedans, Babette ? Ce n’est pas du vin, j’espère ?» Babette répond dans un sourire : «Du vin, Madame ? Oh ! Non ! C’est du clos-Vougeot 1846

Vous l’aurez donc compris, la Bourgogne, aussi accueillante soit-elle, se mérite. Acheter ses vins implique d’avoir en tête certains repères. D’abord que les vins rouges de Bourgogne sont constitués à 100% de pinot noir et les blancs à 100% de chardonnay (à quelques exceptions près : à ma connaissance, l’aligot et le gamay). Pas d’assemblage, donc.
A noter que 60% de la production bourguignonne se fait en blanc, un peu plus de 30% en rouge, le reste étant dédié aux crémants.

J’en profite pour préciser que, contrairement à une idée largement répandue, les Bourgogne rouge généralement ne sont pas des vins capiteux, mais au contraire des vins fins et élégants, avec une robe plutôt claire (rubis) dans leur jeunesse qui évolue vers le « tuilé » en vieillissant.

Hiérarchie des appellations

Enfin, et c’est là l’essentiel : la hiérarchie des appellations se présente comme une pyramide, comme l’explique parfaitement le site bourgognes-vins. A la base, on trouve les appellations régionales (50 à 55% de la production environ) : par exemple, le « Bourgogne Irancy ». Au niveau supérieur, se placent les appellations communales ou ‘village’ (35%). Exemple : Chablis, Pommard…

Encore un cran au-dessus (bien qu’en fait, il s’agisse d’une classe à part au niveau des AOC communales), on trouve les premiers crus (exemple : « Chambolle Musigny premier cru »), qui constituent à peu près 10% du total. A noter que, dans cette catégorie, l’appellation est souvent suivie d’un nom de climat (parcelle) : ‘clos des mouches’, ‘le bois roussot’, ‘la corvée’, ‘les murgers des dents de chien’, ‘les gouttes d’or’… Climats qui sont d’ailleurs sur le point d’entrée au patrimoine mondial de l’Unesco !

Et, au sommet de la pyramide, les grands crus, le saint des saints. On en compte 33, pour malheureusement qu’1,5% de la production. Exemple le plus célèbre ? Les vins du domaine de la Romanée Conti. A peine 6.000 bouteilles par an.

Cette pyramide des appellations d’origine a été construite et figée entre les deux guerres mondiales.
Je ne saurais que trop vous conseiller d’aller vous perdre sur les jolies routes de la Côte d’Or, de l’Auxerrois ou du Mâconnais. Le meilleur moyen d’apprivoiser la région. Et d’y découvrir des trésors.

Pierre Suze

Alain Delon vend ses montres

Vendredi 9 mars 2012

100 montres de luxe au catalogue de la maison de vente Cornette de Saint Cyr

Et de trois ! Après sa collection d’art contemporain et sa cave, Alain Delon met aux enchères ses montres. La vente aura lieu le 5 avril prochain ; elle sera conduite par la maison Cornette de Saint Cyr (on ne change pas une équipe qui gagne : pour mémoire, la vente de sa cave avait rapporté à Delon plus de 250.000 euros, soit plus de 2,5 fois les estimations) à l’hôtel Salomon de Rothschild.
100 montres, parmi les marques les plus prestigieuses -Audemars-Piguet, Blancpain, Cartier, Vacheron Constantin, Rolex- figurent au catalogue.
Cette collection étant préalablement exposée à Hong Kong, il faudra sans doute se mettre en compétition avec des enchérisseurs chinois, chez lesquels Delon est très populaire, pour acquérir un ou plusieurs lots. Cela pourrait être le cas notamment avec la « Royal Oak » Audemars-Piguet qui a fait sa star au poignet de l’acteur dans plusieurs films.
Si vous loupez le coche, sachez que les ‘occasions’ ne manquent pas, le marché étant bien fourni. Il ne faut pas, néanmoins, se lancer à la légère : nous avions évoqué dans une précédente note les critères qui pesaient le plus sur la cote des montres.
Au-delà de cet aspect, quelques précautions supplémentaires sont à prendre au moment de l’achat :
- évitez notamment d’acheter une montre qui ne fonctionne pas du tout. Sa remise en route pourrait vous coûter très cher. Et il n’est pas exclu qu’elle soit tout simplement irréparable.
- choisissez de préférence une montre vendue avec son certificat d’authenticité, sa garantie initiale, le boitier d’origine…bref, tout ce qui contribue à prouver sa provenance. En outre, une revente éventuelle n’en sera que plus aisée.
- vérifiez l’état général de la montre (rayures, salissures, usure). En principe, ça en dit long sur son entretien
- testez le remontoir et le mouvement du rotor (s’il s’agit d’une automatique)
- mais surtout, privilégiez les transactions avec un revendeur professionnel si vous ne vous sentez pas parfaitement à l’aise pour jauger l’état général de la montre : elle sera sûrement un peu plus chère qu’entre particuliers, mais bénéficiera généralement en contrepartie d’une révision, d’un nettoyage et d’un polissage. Le cas échéant, l’étanchéité sera refaite et l’authenticité vérifiée.
Si vous préférez traiter directement avec un particulier, gardez à l’esprit qu’une contrefaçon n’est pas nécessairement une copie ‘bas de gamme’. Elle peut comporter des matériaux nobles.

 Pierre Suze

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