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Les chimères de Soitec coûtent cher

Jeudi 30 juin 2011

Soitec a pris la mauvaise habitude de faire régulièrement appel au marché, sans qu’un retour sur investissement décent ne soit au rendez-vous.

Depuis 1998, le spécialiste du silicium sur isolant a levé 531 millions d’euros, y compris l’opération de 150 millions d’euros annoncée le 28 juin (opération qui se traduit par une dilution de 27% du bénéfice par action). Pour faire avaler la pilule à ses actionnaires (dont l’Etat à travers le FSI et la CDC), l’attribution de droit préférentiel de souscription est une solution incontournable. Mais le plus important est de savoir où l’on va et combien les projets annoncés par le groupe rapporteront sur le moyen-long terme.

Sur ce point, c’est le flou artistique. Or l’expérience passée en la matière est loin d’être probante. Malgré une croissance des ventes rapides (35% par an depuis 1998), la société a toujours eu tendance à aller plus vite que la musique, investissant à contre temps et augmentant ses capacités de production sans que le surcroît de ventes ne permette d’absorber dans de bonnes conditions le surcroît de coûts.

Nouveaux projets ambitieux

Incapable de faire la preuve sur le plan financier de la pertinence de sa stratégie dans le SOI, la société s’est récemment engouffrée dans de nouveaux projets, très ambitieux – photovoltaïque, LED – avec également des acquisitions de technologies (Picogiga) qui n’ont visiblement rien rapporté ou si peu. On attend toujours de voir où sont les synergies entre le savoir-faire d’origine et les nouveaux débouchés.

A chaque fois, l’action Soitec s’envole en Bourse sur l’annonce d’un contrat mirifique avec un client majeur – AMD pour le SOI (59% des ventes du groupe l’an dernier), Tenaska Solar Ventures dans le solaire. Il se trouve qu’en 2012, le premier brevet qui protège la technologie « Smart Cut », permettant la fabrication des tranches de SOI, tombera dans le domaine public. Dans son rapport annuel, Soitec affirme que sa politique de dépôt de brevets « prolonge d’autant sa protection vis-à-vis des tiers dans ce domaine ». N’y a-t-il toutefois pas le risque de voir d’autres concurrents faire leur apparition sur cette niche du marché mondial du silicium ? Soitec donne malheureusement peu d’informations sur de tels risques.

Il en va de même sur la technologie photovoltaïque à concentration qui « pourrait ne pas tenir sur la durée l’ensemble de ses promesses, notamment en termes de rendement et de stabilité dans la production d’énergie ». Bref, Soitec invite les actionnaires qui participeront à l’augmentation de capital à faire un pari sur l’avenir.

La veille de l’opération, Natixis Securities pointait dans une étude deux risques majeurs : une augmentation de capital ( !) et la perte d’AMD, principal client de Soitec. Les actionnaires qui participeront à l’augmentation de capital de Soitec seront peut-être inquiets du manque de visibilité quant au retour sur des investissements nombreux et divers. Et ils auront raison.

Pour prolonger : lire par exemple les articles…

L’offensive Total

Mercredi 29 juin 2011

Face à un parcours boursier décevant, Total a peut-être compris qu’il était grand temps d’investir plus, de prendre plus de risques et de faire évoluer son portefeuille d’activités.

Le groupe pétrolier va-t-il enfin déjouer le mauvais sort ? Depuis plusieurs années, son parcours boursier décevant s’explique entre autres par une présence insuffisante en Amérique du Nord, mais surtout par une incapacité à tenir ses objectifs de croissance de production d’hydrocarbures.

En 2003, Christophe de Margerie (alors patron de “l’amont”) s’engage sur une croissance de la production de 4% par jusqu’en 2008… Le groupe produit alors 2,539 millions de barils équivalent pétrole par jour. En 2008, sa production tombe à 2,341 millions de barils/jour et ira même jusqu’à 2,281 millions en 2009 avant de commencer à remonter à partir de 2010. Son incapacité à tenir ses engagements a lourdement pesé sur son cours de Bourse, entraînant une lassitude chez les investisseurs voire un réel désintérêt y compris, en 2008, lorsque le cours du baril de brut atteignait des sommets.

Reste à savoir si le sort est désormais conjuré. Total a accru très sensiblement ses investissements en exploration (près de 1,5 milliard d’euros en 2010 contre 600 millions d’euros en 2002). Cette hausse s’explique certes par l’envolée des coûts d’exploration et la complexité technique des projets. Mais il y a peut-être aussi la volonté d’avoir une meilleure maîtrise de son portefeuille d’actifs, surtout lorsqu’on opère dans des pays risqués sur le plan politique (cas de l’Afrique ou du Venezuela où Total avait réalisé de lourds investissements). L’augmentation des investissements dans le gaz et le GNL en particulier a certainement évité au groupe un recul plus marqué de sa production.

De nouvelles acquisitions notamment dans les énergies renouvelables

Depuis quelques années, Total a réalisé d’importantes acquisitions au Canada, et a commencé (un peu tardivement) à investir dans les énergies renouvelables, notamment le solaire (bizarrement, le groupe semble ignorer le développement de la géothermie). Avec Tenesol et SunPower, Total n’a investi à ce jour que quelques centaines de millions d’euros, ce qui ne devrait pas révolutionner son modèle économique.

Mais la concrétisation de ces projets, les arbitrages de portefeuille en faveur de l’amont et la perspective d’une hausse de la production, tranchent avec un titre faiblement valorisé par le marché. L’action se traite sur un multiple de 6 fois le résultat prévu en 2011 (mes estimations), et affiche un rendement des flux de trésorerie disponible de près de 9% en 2011 et 2012.

Avec la cession des 48% dans CEPSA et l’investissement de 4 milliards de dollars dans le russe Novatek, Total dispose peut-être de quelques catalyseurs pour une revalorisation boursière, en attendant de meilleures nouvelles sur le front de la production.

Novatek coûte assez cher (les 12% rachetés ont été valorisés 4 milliards de dollars), mais cet investissement est financé par les réorganisations du portefeuille d’activités et par la rentabilité encore élevée du pôle amont. Au total, ces évolutions devraient permettre au groupe d’afficher une croissance bénéficiaire un peu plus rapide (certains analystes estiment à 200 points de base l’impact de Novatek sur la croissance du bénéfice par action d’ici 2013) tout en assurant le versement d’un dividende confortable.

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AVERTISSEMENT

L’auteur du post informe le lecteur qu’il détient des titres Total en portefeuille.

EADS en bout de piste

Vendredi 24 juin 2011

Enfin sorti des turbulences causées par des problèmes internes puis par la crise financière de 2008-2009, EADS affiche depuis un an un parcours boursier plus qu’honorable (+21%). Le titre du groupe d’aéronautique et de défense fait même bien mieux que le marché actions (+5% pour l’indice Stoxx 600) et que son principal concurrent dans l’aviation civile, Boeing (+10%). Mais après une belle performance, EADS semble manquer du kérosène nécessaire à la poursuite de son ascension boursière, même si en apparence le titre est relativement bon marché.

Au cours actuel, le marché anticipe déjà un redressement très significatif des marges, et à un niveau jamais constaté par le passé. Historiquement, la marge d’exploitation hors éléments exceptionnels d’EADS a été de 4,4% en moyenne, entre 1999 et 2010. Sur la base d’un modèle d’actualisation des flux de trésorerie (DCF), la Bourse fait implicitement l’hypothèse qu’EADS va être en mesure d’atteindre une marge de l’ordre de 6% au cours des prochaines années.

Un tel redressement dépendra de plusieurs paramètres : la poursuite de la montée en gamme (hausses de prix pour la nouvelle génération d’A320 Neo), la réussite des plans d’économies, le redressement des activités en difficulté et l’atteinte du point d’équilibre pour le programme stratégique de l’A380 (dont le point mort semble bien lointain).

En utilisant d’autres méthodes de valorisation (somme des parties, création de valeur ou EPV), on peut estimer la valeur intrinsèque d’EADS à environ 21 euros par action. En tenant compte d’une marge de sûreté de 20%, qui reflète la cyclicité de l’industrie aéronautique et les ratés possibles de tout programme aéronautique, EADS retrouverait un cours attrayant plutôt vers 17 euros…

Or les années à venir vont aussi se traduire par une intensification des investissements pour assurer le bon déroulement du programme A350, dont il faut rappeler qu’il constitue une étape majeure dans le développement d’Airbus, mais sur un segment de marché où Boeing, avec son B787 Dreamliner, dispose, malgré d’importants retards à l’allumage, d’une longueur d’avance. L’autre défi stratégique d’EADS est de réduire sa dépendance à l’égard d’Airbus, qui représente 69% de la valeur du groupe et reste le principal levier de sa croissance bénéficiaire.

Le Salon du Bourget qui se déroule actuellement sera l’occasion pour EADS de signifier sa domination du marché de l’aéronautique civile. Mais celle-ci semble largement intégrée dans son cours de Bourse.

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Carrefour : la pression est de retour

Mardi 21 juin 2011

Lars Olofsson va lui aussi avoir droit à un vote de confiance de la part des actionnaires de Carrefour, lors de leur réunion en assemblée générale mardi. Le deuxième distributeur au monde est en proie au doute, alors que le redressement tant attendu des comptes en France semble reporté sine die, après l’annonce d’une baisse estimée à 35% du résultat opérationnel au premier semestre dans ce qui reste son premier débouché (43% du résultat consolidé en 2010), mais également l’un des marchés les plus concurrentiels au monde. En dehors d’un changement de son exécutif en France (annoncé jeudi dernier), on peut légitimement se demander si Carrefour dispose d’un quelconque ressort pour inverser la tendance à la baisse des marges au cours du second semestre et pour les années à venir.

Le paradoxe Carrefour

Carrefour se retrouve dans une situation paradoxale. D’un strict point de vue boursier, l’action affiche des niveaux de valorisation attrayants. Le titre capitalise à peine plus de 10x le bénéfice par action prévu en 2012, mais cette faible valorisation a une raison fondamentale : les analystes semblent avoir tardé à revoir en baisse leurs estimations de résultat. Et le problème structurel de Carrefour (une détérioration régulière des profits en France sous les coups de boutoir de ses concurrents, un apparent manque d’innovation commerciale et un sous-investissement manifeste dans ses effectifs pour les rendre plus polyvalents) apparaît loin d’être réglé. En refusant de mieux valoriser son titre, les investisseurs ne semblent même pas espérer un sursaut des comptes.

Le plan de transformation des hypermarchés en Carrefour Planet semble avoir un certain nombre de difficultés à attirer des clients. Et ce ne sont pas les projets d’externalisation d’actifs – distribution de Dia aux actionnaires ou projet de cotation (pour l’heure suspendu) des actifs immobiliers – qui suffiront à rassurer actionnaires et investisseurs, qui plus est en période de forte volatilité sur les marchés financiers.

Quelles perspectives pour le cours de l’action ?

Tout n’est pas noir pour autant. En tablant sur une chute de 60 points de base de la marge opérationnelle du groupe en 2011, suivie d’une lente remontée pour revenir à 3,5% en 2014, en tablant sur une croissance modérée des ventes et sur un effort d’investissement plus conséquent, bref, même si l’on considère que Carrefour ne sera pas en mesure de retrouver les niveaux de marge passés (3,8% de marge opérationnelle en moyenne entre 1999 et 2010), la valeur intrinsèque du titre ressort entre 24,5 euros (somme des parties) et 34,4 euros (méthode de création de valeur). En moyenne, l’utilisation de 4 méthodes se traduit par un objectif de cours moyen de 30 euros. Si l’on prend en compte une marge de sûreté de 20% (liée à l’incertitude du redressement des comptes en France), on se rend compte que le marché n’a peut-être pas fini de signifier à la direction de Carrefour que la confiance n’est pas encore rétablie.

PS : suite au profit warning de Carrefour, de nombreux analystes ont revu en baisse leurs estimations de résultat opérationnel (“EBIT”) pour 2011. Sur la base des estimations de 9 brokers, le résultat opérationnel de Carrefour est désormais attendu à 2,87 milliards d’euros cette année, soit une marge de 3,1%.

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DISCLAIMER

L’auteur du post informe le lecteur qu’il détient des titres Carrefour en portefeuille.

Verallia : à qui profite l’introduction en Bourse ?

Lundi 20 juin 2011

L’introduction en Bourse de Verallia avait tout de l’opération parfaite, si elle avait été réalisée dans l’intérêt des futurs actionnaires de cette société. Saint-Gobain, en alourdissant de manière excessive l’endettement financier de sa filiale de conditionnement (dont il cède 40% du capital sur le marché), risque de faire une nouvelle fois des déçus de la Bourse, en particulier parmi les nombreux petits porteurs qui souscriront à l’opération.

Cette dernière, au vu du nombre de banques impliquées dans cette introduction en Bourse (12 pour moins d’1 milliard d’euros de titres à céder !), a toute les chances de réussir, sous réserve que les conditions de marché le permettent. Mais les investisseurs qui participeront à l’offre risquent de demander une forte décote au regard des transformations de dernière minute faites au bilan de la société.

Verallia, qui n’avait fin 2010 qu’une dette très limitée (327 millions d’euros), se retrouve au 30 avril 2011 avec 1,9 milliard de dette nette au bilan et des fonds propres négatifs à hauteur de 115 millions d’euros (la société disposait de 1,3 milliard de fonds propres fin 2010). Cette transformation est due à une série d’opérations de restructuration financière opérées sous l’égide de Saint-Gobain. Certes, la société peut supporter cette dette, car le coût financier est pour l’heure modique (taux d’intérêt de 4%).

Mais Verallia profite d’une dette bien notée en grande partie parce que la société reste sous le contrôle de Saint-Gobain, qui détiendra jusqu’à 60% du capital au terme de l’introduction en Bourse. Si, dans un an, Saint-Gobain se désengage et passe sous la barre des 50%, la note de crédit actuelle de Verallia risque d’être mise en cause.

Verallia : la fin d’une Success story

Verallia avait pourtant tous les traits d’une “success story” : deuxième acteur mondial de l’emballage en verre, une présence mondiale, des marges généreuse et un plan de développement qui pourrait en faire un placement de bon père de famille, d’autant que le prix proposé est, en apparence, attrayant : l’action, proposée entre 29,5 et 36 euros, est moins bien valorisée que celle du principal concurrent coté, l’américain Owens-Illinois. Sauf que cette décote de valorisation n’est qu’apparente. Si l’on prend en compte les hypothèses de développement de la société et qu’on cherche à déterminer sa valeur intrinsèque (par le biais d’un DCF), on trouve une valorisation de l’action autour de 30 euros. En prenant en compte une marge de sûreté pour tenir compte du bilan déséquilibré de l’entreprise, on se rend compte que le prix proposé est en fait excessif.

L’avenir boursier de Verallia semble donc tout tracé : le groupe passera le plus clair de son temps à rembourser ses dettes et pourrait bien ne pas avoir suffisamment de marges de manoeuvre pour saisir des opportunités de croissance externe si elles se présentent.

Ce type de montage rappelle la manière dont KKR avait fait s’endetter PagesJaunes peu après en avoir pris le contrôle, pour faire remonter de manière instantanée un important dividende et rentabiliser ainsi plus rapidement son placement. Après cette opération, le titre PagesJaunes a connu un parcours boursier pour le moins moribond. Cette fois-ci, Saint-Gobain (avec l’assentiment de son actionnaire principal, le fonds d’investissement Wendel) endette sa filiale juste avant sa mise en Bourse.

On comprend bien dès lors pourquoi cette introduction se fait avec une décote de valorisation, et pourquoi le syndicat bancaire en charge du placement est si important. On comprend aussi pourquoi les dirigeants de Verallia n’ont pas été en mesure de faire une prévision de bénéfice net pour 2011, sachant que les frais financiers vont exploser du fait de l’endettement massif pris par le groupe.

De nombreux particuliers qui souscriront à l’opération pourraient avoir de mauvaises surprises (une augmentation de capital dans les mois qui viennent ?). J’espère sincèrement me tromper, mais si l’opération tourne court (à cause de mauvaises nouvelles sur les résultats ou d’une conjoncture qui est soudainement moins favorable), cela risque de casser une dynamique de reprise boursière tant attendue et d’entériner le divorce des particuliers pour la Bourse de Paris, comme l’a récemment montré un sondage.

Certains patrons du CAC 40 sont parfois les plus virulents contre les dangers du capitalisme financier et le court-termisme des marchés. Il sera intéressant de voir s’ils seront nombreux à s’étonner des modalités d’introduction en Bourse de Verallia.

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En Bourse, la sortie du nucléaire a déjà lieu

Mercredi 15 juin 2011

En Bourse, la sortie du nucléaire a déjà lieu. Plutôt que de chercher quel mix énergétique sera le bon pour sélectionner des titres, les investisseurs ont joué une autre thématique, celle des économies d’énergie. C’est l’un des meilleurs paris qu’il était possible de faire en Bourse face à la question du réchauffement climatique. Selon l’AIE, les économies d’énergie (ou l’efficacité énergétique des bâtiments, des transports) et une diversification plus grande du mix énergétique constituent les deux vecteurs de réduction des émissions de CO².

Les producteurs d’énergie face à un hiver nucléaire

Pour EDF et Areva, “l’hiver nucléaire” a déjà lieu dans les portefeuilles des investisseurs. EDF cote 20% en dessous de son cours d’introduction en Bourse fin 2005. Sa capitalisation boursière a fondu de 13% depuis le début de l’année et de 56% sur trois ans, preuve que les problèmes de l’électricien dépassent très largement la question de la sûreté de l’énergie atomique.

On peut certes mettre cette dégringolade boursière sur le dos de la crise financière. Mais il faut surtout regarder du côté des opérations dispendieuses en matière de croissance externe, menées au pire moment par la précédente équipe de direction. L’ambition 2020 du groupe va se traduire par d’importants investissements industriels (15-18 milliards d’euros par an selon les analystes de Citi), quand la moitié du profit brut opérationnel d’EDF (14 milliards par an) dépend des décisions du gouvernement sur les tarifs de l’électricité.

Areva, dont la patronne est en tournée pour son maintien à la tête du groupe nucléaire, voit son cours de Bourse plonger de 17% depuis la conversion de ses certificats d’investissement en actions.

Mais les problèmes du groupe datent de bien plus loin. L’incapacité du groupe à tenir ses objectifs financiers, des pertes récurrentes et une gestion peu efficace ont miné l’espoir des investisseurs de tenir un titre pour le long terme. Le marché a du mal à croire Mme Lauvergeon lorsqu’elle promet de belles surprises pour la fin du mois de juin (date de présentation de « nouvelles perspectives 2011-2012 »).

Belle envolée de Schneider Electric, Saint-Gobain ou Imerys

Exit EDF et Areva, donc. Bienvenue à Schneider Electric, Saint-Gobain ou Imerys. Sur un an, ces sociétés ont vu leur cours de Bourse progresser de respectivement 24% pour les deux premiers et de 14% pour le troisième. Chacune à sa manière a fait le choix des économies d’énergie ou de la sécurité d’approvisionnement : dans les usines, les réseaux d’énergie et de données pour Schneider ; dans l’habitat pour Saint-Gobain ; dans la construction pour Imerys.

Les bâtiments représentent 38% de l’énergie consommée aujourd’hui dans le monde (source : HSBC). En proposant des solutions soit pour mieux utiliser l’énergie, mieux la gérer, ces groupes sont positionnés sur l’un des segments les plus porteurs de leur industrie, qui touche à la fois les pays développés et les marchés émergents.

Si l’on ajoute le caractère cyclique de ces entreprises et des positions concurrentielles souvent très bien établies, on se retrouve avec des sociétés offrant une assez bonne visibilité sur leurs cash-flows futurs, ce qui leur permet d’investir en croissance organique et en acquisitions, tout en traitant de manière correcte leurs actionnaires.

Ces qualités intrinsèques se retrouvent dans des cours de Bourse bien orientés, et des ratios de valorisation parfois exigeants (Schneider affiche un PER de 15x pour une croissance bénéficiaire de l’ordre de 9-10% et un rendement du dividende de 3-3,5%), mais justifiés.

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Crédits photos : Vincent Desjardins sur Flickr

7 règles de base de l’investisseur prudent (2/2)

Vendredi 11 mars 2011

Après la première note sur les règles de base de l’investisseur prudent, nous poursuivons la réflexion. La règle de la marge de sûreté étant bien comprise, les autres règles sont assez simples dans l’esprit.

Cette fois n’est jamais différent” vient en opposition à l’expression “Cette fois, c’est différent” que l’on a toujours entendu aux pics des marchés financiers (c’était le cas pendant la bulle Internet, et pendant la bulle immobilière où l’on pensait que l’argent ne coûterait rien indéfiniment). Montier nous rappelle que John Templeton qualifiait l’expression “this time is different” d’expression la plus dangereuse en matière d’investissement.

La troisième règle (la patience) est peut-être la plus dure à respecter, mais c’est celle qui peut procurer les plus grosses sources de satisfaction d’un investisseur prudent, car elle lui permettra de saisir les meilleures opportunités au meilleur prix. Comme le dit Seth Klarman, la rentabilité d’un investissement ne se fait pas à la vente, mais à l’achat. En étant patient, l’investisseur prudent est exactement dans l’état d’esprit qui lui permettra d’acheter les bons actifs au bon prix.

La patience conduit souvent à saisir les meilleures opportunités quand personne n’en veut. Etre contrariant est la 4è règle. Elle renvoie à l’idée que l’investisseur prudent peut profiter de l’humeur changeante de “Monsieur Le Marché“, lequel lui proposera parfois de vendre des titres avec une forte décote par rapport à leur valeur intrinsèque.

La 5è règle est certainement celle qui porte le plus à débat puisqu’elle va à l’encontre de la “théorie financière moderne” (dont les fondements remontent quand même aux années 1950): le risque n’est pas mesuré par un chiffre (la volatilité ou l’écart-type), mais par le risque de perte durable en capital. Montier explique que le risque est de trois ordres: le fait de payer trop cher un titre financier; le risque fondamental (problèmes propres à un actif ou “value trap”); le risque financier (levier). Chaque risque devrait faire partie de la “due diligence” que tout investisseur devrait mettre en oeuvre avant de réaliser un investissement.

Utiliser le levier est un art difficile et une , car l’endettement peut être une source de déconvenue surtout si l’actif acheté n’est pas en mesure de délivrer les promesses de rendement attendues.

Enfin, une règle de base, et de bon sens: achetez ce que vous comprenez. Malheureusement, l’une des règles les moins suivies par les investisseurs.

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7 règles de base de l’investisseur prudent (1/2)

Jeudi 10 mars 2011

James Montier, ancien stratégiste chez Dresdner et Société Générale, aujourd’hui membre de l’équipe d’allocation d’actifs de GMO, vient de publier un nouvel article intitulé “The Seven Immutable Laws of Investing“. Une très bonne synthèse des règles de base de l’investisseur prudent, qui bien sûr reprend les grandes leçons de Benjamin Graham. Une lecture que je conseille à toute personne s’intéressant à la Bourse et souhaitant débuter dans la constitution et la gestion d’un portefeuille.

Quelles sont ces fameuses règles ?

  1. Toujours investir avec une marge de sûreté.
  2. “Cette fois n’est jamais différente”.
  3. Attendez patiemment les vraies opportunités d’investir.
  4. Soyez contrariant.
  5. Le risque est la perte en capital, pas un chiffre.
  6. Méfiez-vous de l’effet de levier.
  7. N’investissez jamais dans quelque-chose que vous ne comprenez pas.

J’ai déjà écrit sur la marge de sûreté. Rappelons qu’il s’agit de la décote appliquée à la valeur intrinsèque d’un titre et qui va servir de protection de l’investisseur en cas de mauvaise surprise ou d’humeur changeante du marché. Cette notion est le critère central développé par Graham & Dodd que ces derniers jugeaient utile à tout investisseur prudent. De nombreux gérants value, comme Buffett, Seth Klarman, Bruce Berkowitz…, l’emploient quotidiennement dans leurs décisions d’investissement.

Elle repose sur l’analyse fondamentale et requiert que l’investisseur maîtrise à minima les techniques d’évaluation de titres financiers. Elle peut également s’inspirer de l’analyse technique (l’analyse fondamentale vous dit quoi acheter; l’analyse technique vous dit quand acheter un titre).

Cette notion est tellement centrale qu’elle représente les 2/3 de la note de Montier. Après avoir pris un exemple sur quelques valeurs vedettes de l’année 2000 achetées sur des multiples astronomiques et ayant perdu 70% de leur valeur 10 ans plus tard (pour illustrer le risque de perte en capital), Montier explique qu’aujourd’hui, aucune classe d’actif ne présente de marge de sûreté. Rappelons que GMO est connu pour fournir tous les mois un tableau de prévision du rendement par classe d’actif à 7 ans.

Plus d’opportunité sur le marché US

Montier explique qu’en appliquant les critères de Benjamin Graham, il n’y a aujourd’hui… plus aucune opportunité sur le marché US. Ces critères sont :

  • earnings yield double du rendement AAA;
  • rendement du dividende au moins au 2/3 du rendement AAA;
  • dette totale inférieure à 2/3 de l’actif net tangible;
  • et P/E inférieur à 16,5

Seuls le Japon et l’Asie présenteraient encore des opportunités d’investissement, ainsi que le Royaume-Uni. Voilà un message de prudence, dans des marchés actions particulièrement turbulents! Même message sur les obligations, jugées surévaluées elles aussi.

Pourtant, dans cet environnement, Montier suggère de lever des capitaux, histoire de disposer de suffisamment de “pourdre à canon” pour pouvoir saisir des opportunités le moment venu. Une façon de vendre son métier (un gérant d’actifs n’est rien sans actifs à gérer). Mais il est intéressant de noter qu’il y a quelques jours, Warren Buffett soulignait dans sa dernière lettre aux actionnaires qu’il avait son “fusil à éléphant” chargé et prêt à saisir une grosse proie…

Pour prolonger : notez que James Montier a tenu un blog (visiblement jusqu’en août 2010), “Behavioural Investing“.

Iliad : le marché oublie les projets de croissance, pour l’instant

Mercredi 9 mars 2011

Iliad, le groupe telecom fondé par Xavier Niel, vient de publier des résultats record et promet à l’horizon 2015 un doublement de son chiffre d’affaires. A n’en pas douter et au regard du « track record » du groupe en matière de gestion opérationnelle, on peut s’attendre aussi à une croissance rapide de ses résultats. Problème : cette promesse de croissance bénéficiaire rapide n’est pas pour tout de suite.

Les investisseurs ignorent du coup 2015 et regardent plutôt 2011 ainsi que la fin de 2010. Or, avec un rythme de recrutement de nouveaux abonnés à l’Internet haut débit qui ralentit, le marché trouve peu de raison de se réjouir. Le repli de l’action Iliad ce mercredi peut aussi s’expliquer par une performance raisonnable ces derniers mois (+12% sur 6 mois contre +8% pour le CAC). Peut-être aussi parce qu’au regard des investissements qu’il faut réaliser, le titre est correctement valorisé (P/E 2012E de 20,1x pour un bénéfice par action attendu en repli de 19% l’an prochain).

Or payer aujourd’hui un titre 20x son résultat attendu, sachant que l’essentiel de la valeur actionnariale ne sera pas créée avant plusieurs années peut s’avérer un pari risqué. Dans un contexte de forte volatilité des marchés financiers et d’incertitude sur l’évolution de l’économie mondiale (et en particulière européenne), peu d’investisseurs semblent aujourd’hui prêts à faire un tel pari.

Pour Iliad, il s’agit à court terme de trouver le bon équilibre financier entre une base d’abonnés haut débit rentable, mais arrivée à maturité (78.000 abonnés recrutés l’an dernier contre 231.000 en 2009) et un lourd programme d’investissement, qui ne produira de résultats significatifs que dans 18 ou 24 mois.

Trésorerie en forme

La seule nouvelle rassurante – exclusion faite de la faible croissance de la base d’abonnés – vient de la génération de flux de trésorerie disponible. L’exercice 2010 est plutôt remarquable de ce point de vue, puisque si l’on fait « abstraction » du coût de la licence de téléphonie mobile (240 millions d’euros), cette génération de free cash-flow atteint 331 millions d’euros (contre 280 millions d’euros un an plus tôt). Question : le niveau record des marges l’an dernier peut-il être maintenu ? Un investisseur prudent préférera à juste titre ne pas projetter le passé même récent à l’infini.

Dans ce contexte, il faudra un démarrage sans faute de l’offre de téléphonie mobile et des services de fibre optique pour que le marché trouve une raison de s’intéresser de nouveau au titre de l’opérateur alternatif.

Pour prolonger : quelques informations récentes concernant les opérations d’Iliad…

Avec Bulgari, LVMH s’offre un bijou

Lundi 7 mars 2011

Est-ce après avoir visité l’exposition Bulgari au Grand Palais que Bernard Arnault a décidé de jeter son dévolu sur le joaillier italien? En annonçant ce matin une prime de 61% sur le dernier cours coté de la société italienne, LVMH réalise au prix fort une acquisition qui est malgré tout pleine de sens pour lui : elle va renforcer son pôle horlogerie-joaillerie, booster ses parts de marché, accroître sensiblement son réseau de distribution, et améliorer son pouvoir de négociation face aux distributeurs (grossistes notamment). Autant d’argument qui justifient le prix proposé. Il y a peut-être aussi la volonté de couper l’herbe sous le pied de tout autre prétendant (PPR ?), en décourageant toute velléité de surenchère.

L’opération se traduit par une dilution du BPA de LVMH estimée par certains brokers entre 2% et 4% (LVMH émet des actions nouvelles pour acquérir 51% du capital de Bulgari et paie le reste en cash), mais elle permet de faire travailler le bilan du groupe de luxe, qui avait réduit son endettement à peau de chagrin.

Sur la base de l’offre faites aux minoritaires, Bulgari est valorisé 31,4x le bénéfice par action attendu en 2012 (ce multiple est calculé avant synergies de coûts et de revenus que LVMH devrait bientôt présenter aux marchés). A titre de comparaison, l’action LVMH se traite actuellement sur la base d’un multiple de 16x le BPA 2012E par le marché (source: IBES).

Avance considérable

Les investisseurs, qui avaient commencé à sanctionner le titre sur le risque de dilution, se rendent compte qu’au-delà du prix élevé payé pour Bulgari, LVMH prend une avance considérable sur ses concurrents. L’argent déboursé sera rapidement “remboursé”, puisque selon les calculs du courtier Cheuvreux, l’acquisition de Bulgari ne représente que 9 mois de free cash-flow.  L’intégration de la marque italienne ne devrait pas poser trop de difficultés : la société représente un chiffre d’affaires de 1,06 milliard d’euros (estimé 2010) et une contribution au résultat net de 50 millions d’euros, à comparer avec un bénéfice annuel de 3 milliards d’euros pour LVMH.

Bulgari aura donc du mal à changer le profil boursier de LVMH, mais c’est sur le long terme que cette acquisition devra s’apprécier.