Soitec a pris la mauvaise habitude de faire régulièrement appel au marché, sans qu’un retour sur investissement décent ne soit au rendez-vous.
Depuis 1998, le spécialiste du silicium sur isolant a levé 531 millions d’euros, y compris l’opération de 150 millions d’euros annoncée le 28 juin (opération qui se traduit par une dilution de 27% du bénéfice par action). Pour faire avaler la pilule à ses actionnaires (dont l’Etat à travers le FSI et la CDC), l’attribution de droit préférentiel de souscription est une solution incontournable. Mais le plus important est de savoir où l’on va et combien les projets annoncés par le groupe rapporteront sur le moyen-long terme.
Sur ce point, c’est le flou artistique. Or l’expérience passée en la matière est loin d’être probante. Malgré une croissance des ventes rapides (35% par an depuis 1998), la société a toujours eu tendance à aller plus vite que la musique, investissant à contre temps et augmentant ses capacités de production sans que le surcroît de ventes ne permette d’absorber dans de bonnes conditions le surcroît de coûts.
Nouveaux projets ambitieux
Incapable de faire la preuve sur le plan financier de la pertinence de sa stratégie dans le SOI, la société s’est récemment engouffrée dans de nouveaux projets, très ambitieux – photovoltaïque, LED – avec également des acquisitions de technologies (Picogiga) qui n’ont visiblement rien rapporté ou si peu. On attend toujours de voir où sont les synergies entre le savoir-faire d’origine et les nouveaux débouchés.
A chaque fois, l’action Soitec s’envole en Bourse sur l’annonce d’un contrat mirifique avec un client majeur – AMD pour le SOI (59% des ventes du groupe l’an dernier), Tenaska Solar Ventures dans le solaire. Il se trouve qu’en 2012, le premier brevet qui protège la technologie « Smart Cut », permettant la fabrication des tranches de SOI, tombera dans le domaine public. Dans son rapport annuel, Soitec affirme que sa politique de dépôt de brevets « prolonge d’autant sa protection vis-à-vis des tiers dans ce domaine ». N’y a-t-il toutefois pas le risque de voir d’autres concurrents faire leur apparition sur cette niche du marché mondial du silicium ? Soitec donne malheureusement peu d’informations sur de tels risques.
Il en va de même sur la technologie photovoltaïque à concentration qui « pourrait ne pas tenir sur la durée l’ensemble de ses promesses, notamment en termes de rendement et de stabilité dans la production d’énergie ». Bref, Soitec invite les actionnaires qui participeront à l’augmentation de capital à faire un pari sur l’avenir.
La veille de l’opération, Natixis Securities pointait dans une étude deux risques majeurs : une augmentation de capital ( !) et la perte d’AMD, principal client de Soitec. Les actionnaires qui participeront à l’augmentation de capital de Soitec seront peut-être inquiets du manque de visibilité quant au retour sur des investissements nombreux et divers. Et ils auront raison.
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