Archive par auteur

Investissement socialement responsable et finance solidaire: deux approches distinctes (3/3)

Lundi 29 novembre 2010

Dans les deux premières parties de cette note, nous avons défini l’Investissement Socialement Responsable (ISR) puis la finance solidaire. Cette fois, nous allons préciser ce qui les distingue.

Novethic et Finansol: deux labels pour identifier les produits d’épargne responsable

Pour distinguer l’ISR et les produits de finance solidaire, il existe deux labels.

Label ISR Novethic: apparu en 2009, ce label a été décerné à 92 fonds d’Investissement socialement responsable. (source: Novethic)

Label Finansol: décerné pour la première fois en 1997, ce label permet de distinguer des placements solidaires. (source: Finansol)


Quelles différences entre Investissement socialement responsable et finance solidaire?

François De Witt - Président de Finansol

Selon Philippe Zaouati, comparés à l’ISR, « les fonds solidaires et les fonds de partage […] s’inscrivent dans une logique différente qui se rapproche beaucoup plus du don et de l’action caritative que d’un processus d’investissement responsable. […] Comme le dit François de Witt, président de Finansol, « d’une manière ou d’une autre, l’épargne solidaire représente un compromis entre une épargne et un don: l’épargnant solidaire renonce en effet à une partie de son espoir de gain au profit d’une ONF ou d’une entreprise solidaire. » (in Investir responsable, p. 88)

Le Guide de l’ISR distingue lui aussi les placements solidaires de l’ISR. Les placements solidaires « peuvent être investis sur les marchés financiers en respectant des critères ESG et dans ce cas ils sont à la fois et de partage ou ISR et solidaire. Un même produit peut, le cas échéant, être à la fois de partage, solidaire, et ISR ».

A consulter sur notre site BfoBank un article sur Novethic.

Investissement socialement responsable et finance solidaire: deux approches distinctes (2/3)

Vendredi 26 novembre 2010

Dans la première partie de cette note, nous avons abordé ce qu’était l’Investissement socialement responsable (ISR). Cette fois, intéressons-nous à la finance solidaire.

La finance solidaire: investir sur des projets à forte utilité sociale

La finance solidaire consiste à soutenir des projets à forte utilité sociale, environnementale et culturelle. Elle permet de mettre en relation des épargnants souhaitant investir dans des activités à forte utilité sociale et des porteurs de projets n’ayant pas suffisamment accès aux financements classiques (source: Finansol).

L’épargnant solidaire choisit de placer son argent, non seulement en fonction de ce qu’il va lui rapporter, mais aussi en fonction de ce qu’il va rapporter à la société, en termes de plus-value sociale.

L’investissement peut se faire au moyen de deux types de produits d’épargne: en investissant directement (produits d’investissement solidaire) ou en reversant une partie des intérêts (produits d’épargne de partage).

  • Produit d’investissement solidaire: c’est un placement dont une partie permet de financer une entreprise solidaire ou des projets d’économie solidaire (aide à l’insertion, habitat social, microcrédit, etc.)
  • Produit d’épargne de partage: l’investisseur cède une partie des intérêts de son placement à une œuvre caritative.

Vous pouvez également vous reporter à notre billet sur les Grands prix de la finance solidaire, où sont évoqués quatre projets financés par l’épargne solidaire.

A consulter aussi sur notre site BforBank le dossier sur les fonds d’épargne solidaire.

Investissement socialement responsable et finance solidaire: deux approches distinctes (1/3)

Vendredi 26 novembre 2010

Il y a quelques jours, j’ai poussé la porte d’une agence bancaire pour me renseigner sur l’épargne responsable. Un conseiller financier m’a reçu. Je l’ai interrogé  sur l’investissement socialement responsable (ISR) et la finance solidaire. Prudemment, il m’a proposé de revenir une prochaine fois. Il avait besoin de se documenter.

Cette anecdote est révélatrice. L’ISR, en particulier, est peu connu. Tous les professionnels ne sont pas formés sur ces produits d’épargne. De plus, il existe une confusion dans le grand public entre l’ISR et la finance solidaire. Rien d’étonnant: ils sont relativement récents et encore très minoritaires.

Comment s’y retrouver? Qu’est-ce que l’ISR? Qu’est-ce que la finance solidaire? Qu’est-ce qui les distingue? Nous nous pencherons sur ces questions dans cette note et les deux suivantes. Celle-ci sera consacrée à l’ISR. La deuxième traitera de la finance solidaire. La troisième interrogera les différences entre ces deux types d’investissements.

Pour résumer, l’ISR désigne une méthode de gestion qui intègre des critères sociaux, environnementaux et de gouvernance. Les gérants choisissent les entreprises dans lesquelles ils investissent en tenant compte de ces trois types de critères, et pas seulement des critères financiers.

L’investissement socialement responsable (ISR): concilier épargne et implication sociale et environnementale

La définition la plus communément acceptée en France est que l’ISR est une forme de placement consistant à prendre en compte des critères liés à l’Environnement, au Social et à la Gouvernance (on parle aussi de critères ESG), en sus des critères financiers*.

Pour en savoir plus sur l’ISR, vous pouvez consulter la série de videos du dossier ISR 2010, sur le site de BforBank.

1. Des critères environnementaux

L’ISR prend en compte des critères environnementaux. Il est une traduction des principes du Développement durable dans le domaine financier. Par exemple, on pourra intégrer l’empreinte carbone d’une entreprise. Les entreprises seront ainsi notées en fonction de leur taux d’émission de CO2.

2. La responsabilité sociale des entreprises (RSE)

Les critères sociétaux mesurent les effets de l’entreprise sur la société.

La Commission européenne a défini la Responsabilité sociale des entreprises (RSE) comme étant « l’intégration volontaire par les entreprises de préoccupations sociales et environnementales à leurs activités commerciales et leurs relations avec leurs parties prenantes » (source: Commission européenne). Un des termes importants de cette définition est le mot « volontaire »: ce sont les entreprises qui s’engagent volontairement à être plus responsables.

3. La gouvernance d’entreprise

La gouvernance des entreprises est également pris en compte par les gérants d’ISR. Ces dernières années, la gouvernance a été critiquée, suite à plusieurs affaires (Enron, en 2001 ou Parmalat, en 2003). Elle a dû se réformer pour redonner confiance aux actionnaires, créanciers et employés.

Trois visions de l’ISR: éthique, activiste ou pragmatique

La définition de l’ISR que j’ai cité est celle communément admise en France. Mais la pratique varie en fonction des continents et des cultures. On distingue trois visions de l’ISR, éthique activiste et pragmatique**.

1. La vision éthique

Cette vision est américaine, mais aussi répandue en Scandinavie, en Grande-Bretagne et en Suisse.Elle consiste à exclure certains secteurs d’investissement. Par exemple, on refuse d’investir dans l’armement ou le tabac.Cette vision est très marquée par la présence de la religion dans la sphère publique.

2. La vision activiste

Elle est pratiquée chez les investisseurs britanniques et dans l’Europe du Nord. Il ne s’agit pas d’exclure, mais d’agir sur l’entreprise, grâce à la pression actionnariale. La responsabilité ne s’exerce pas au moment de l’investissement, mais après. En tant qu’actionnaire, l’investisseur fait entendre sa voix pour influer sur la marche de l’entreprise.

3. La vision pragmatique

Cette approche est privilégiée en France et dans quelques pays européens. Elle consiste à sélectionner des entreprises faisant preuve d’exemplarité en matière environnementale, sociétale ou pour leur gouvernance.

* cette définition est issue du Guide de l’Investissement socialement responsable, publié par la Fédération Bancaire Française, en partenariat avec l’Observatoire de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (ORSE), le Forum pour l’Investissement responsable (FIR) et Novethic.

** ces définitions sont issues d’Investir “responsable”, de Philippe Zaouati.

Un prix pour récompenser la finance solidaire

Lundi 22 novembre 2010

Récompenser des projets à “utilité sociale remarquable” et sensibiliser le public à la finance solidaire: tels étaient les objectifs des organisateurs des Grands Prix de la Finance solidaire, remis le 4 novembre derniers, à Paris.

Les quatre projets lauréats illustrent la diversité de la finance solidaire. Ils interviennent dans les domaines de l’aide aux personnes âgées dépendantes, des repas bio pour des crèches, des outils de traduction en langue des signes pour personnes sourdes et des chantiers d’insertion.

Ces premiers Grands Prix de la Finance solidaire sont organisés par Finansol et Le Monde, en partenariat avec la Fondation Crédit Coopératif, France Active, France info et Public Sénat.

Examiner chacun des quatre lauréat permet de mieux saisir l’intérêt de la finance solidaire. Ces projets ont en commun d’être difficilement rentables sur le court terme. La finance solidaire contribue à les mener à bien.

Entreprendre pour Humaniser la Dépendance: lauréat dans la catégorie “moins de 10 salariés”

Cette société coopérative, créée en 2003, construit ou rénove des maisons destinées à accueillir des personnes âgées dépendantes. Ces maisons de retraites sont gérées par l’association la Pierre angulaire.

Ce projet est financé notamment par des actions proposées aux particuliers. Ces parts, d’une valeur de 20€ l’unité, ne rapportent rien. Aucun dividende n’est prévu. Toutefois, elles donnent droit à une réduction d’impôt de 25 % de l’investissement initial dans la limite annuelle de 50 000 € pour une personne seule ou 100 000 € pour un couple, sous certaines conditions. (source: Finansol et La pierre angulaire)

Websourd: lauréat dans la catégorie “de 10 à 50 salariés”

Websourd propose des outils de traduction en langue des signes pour les personnes sourdes. Il permet aux sourds de communiquer et de s’informer sur un site Internet.

Websourd est une coopérative créée en 2001, d’abord sous forme associative. Elle est financée par plusieurs investisseurs, dont des acteurs de la finance solidaire: le Crédit coopératif, France Active, les sociétés de capital-risque solidaire IES et Esfin-IDES, la Nouvelle économie fraternelle (NEF), les Cigales (clubs d’investisseurs pour une gestion alternative et locale de l’épargne solidaire), la Mutualité française, les Caisses d’épargne et la Macif.

Halage: lauréat dans la catégorie “plus de 50 salariés”

Halage est une association, créée en 1994 en Seine-Saint-Denis. Elle lance des chantiers d’insertion spécialisés dans l’aménagement d’espaces verts. Elle recrute des chômeurs en contrats d’insertion.

Pour se financer, Halage fait appel à des subventions et à des financements solidaires. L’association a reçu le soutien de France active et du fonds commun de placement Insertion emploi (NatixisAM).

Croc la vie: lauréat catégorie “coup de cœur”

Croc la vie est une SARL qui fournit des repas bio dans des crèches de la métropole lilloise. Cette entreprise de restauration collective est dirigée par Anthony Béharelle, trentenaire. Elle emploie deux salariés.

L’entrepreneur a apporté une partie du capital. Une autre part du financement a été fournie par Autonomie et solidarité, organisme de capital-risque solidaire et par cinq clubs Cigales (clubs d’investisseurs pour une gestion alternative et locale de l’épargne solidaire).  M. Béharelle a également obtenu deux prêts du réseau Entreprendre Nord et de la chambre de commerce de Lille. (sources: Le Monde et renord.fr)

Vous avez dit “épargne responsable”?

Mardi 16 novembre 2010

Dans ce premier billet, mon but sera de présenter ce blog et de situer ce qu’est l’épargne responsable.

Tout d’abord, précisons que ce blog est lié au site BforBank, comme d’autres que vous pouvez découvrir en consultant la colonne de droite.

Dans les billets à venir, j’examinerai et nous échangerons sur des produits d’épargne responsable. Finance solidaire, investissement socialement responsable (ISR) : des appellations parfois peu connues du grand public, mais dont la popularité va croissant. Elles induisent une myriade de placements et, derrière, de projets humains.

Nous nous intéresserons aussi à l’état d’esprit des épargnants qui optent pour ce type d’investissement. Nous nous demanderons quelles sont les motivations de ces personnes qui veulent donner du sens à leur épargne.

Investir sur des projets à forte utilité sociale

L’épargne responsable, qu’est-ce que c’est? La notion semble à tort familière, car réunissant deux mots connus. Mais elle mérite une définition : c’est une épargne qui permet d’investir sur des projets à forte utilité sociale. En épargnant, on choisit de favoriser l’emploi, le logement social ou la protection de l’environnement, en France ou à l’autre bout du monde.

Par exemple, l’association « Terre de liens » utilise l’épargne pour soutenir des paysans pratiquant l’agriculture biologique. Cette foncière achète des terres et les met à disposition de projets agricoles respectueux de l’environnement. Ainsi, un citadin peut soutenir le travail d’un paysan. Il agit en faveur de l’environnement et renforce le lien entre ville et campagne.

Un secteur en croissance

Soulignons-le, la finance solidaire est un secteur en forte croissance. L’an dernier, en France, cette épargne a bondi de 47%, représentant 2,4 milliards d’euros (source: Finansol). Certes, elle représente à peine 0,1% de l’épargne totale des Français, mais elle progresse vite.

Pourquoi choisit-on un investissement responsable? Pourquoi cherche-t-on à donner du sens à notre épargne? Ces questions, d’apparence presque « philosophiques », sont aussi et avant tout bien concrètes.

Pour l’épargnant, elles se présentent en ces termes: « pourriez-vous souscrire un produit d’épargne solidaire même si son rendement financier est moins important que des placements classiques? » A cette question, 22% des Français répondent oui, tandis que 34% accepteraient de souscrire un placement solidaire à rendement égal*.

Ces chiffres montrent l’intérêt croissant des Français pour l’épargne responsable. La crise financière que nous traversons n’y est pas étrangère…

* source : baromètre 2010 de la finance solidaire, créé en 2003 par Finansol, réalisé par l’Ipsos en partenariat avec La Croix; à télécharger.