La formule est une boutade, vous l’aurez compris. Il n’y a pas et n’y a jamais eu de “ministre des épargnants”, ou de “secrétaire d’Etat à l’épargne” en France. Mais il y a bien des ministères liés à ce sujet sensible, au sein des discussions pour former le premier gouvernement Hollande, suite à son élection à la présidentielle, acquise hier.
Que nous dit l’historique récent au sein du PS et de l’arène politique ? C’est Jérôme Cahuzac qui est souvent présenté comme le spécialiste des questions fiscales, alors que Michel Sapin émarge souvent comme spécialiste des questions économiques (en tant que responsable du programme et ancien ministre). Voilà pour la photo “non encore officielle” mais presque “validable”. Hier soir, sur le plateau de la soirée présidentielle de France 2, Cahuzac et Mélenchon plaisantaient d’ailleurs de ce sujet : ce dernier s’adressant au premier, en qualité de presque nouveau ministre du budget, à qui il faisait passer les messages plus ou moins subliminaux de son électorat. Affaire électoraliste à suivre.
Reste alors les surprises et électrons libres. Comme par exemple que Harlem Désir ait répondu présent, tout dernièrement, pour un débat sur les questions économiques et fiscales face à Gilles Carrez (UMP). Un casting qui a étonné chez les spécialistes du domaine, peu habitués à croiser M. Désir sur cette discipline.
C’est aussi les dommages collatéraux à envisager suite au choix du casting pour le Premier ministre… Bercy est en effet souvent présenté comme un “lot de consolation”, pour qui rate la marche ultime à côté du président… Souvenons-nous par exemple de Nicolas Sarkozy lui-même, nommé en 2004 à Bercy dans un gouvernement Raffarin qui aurait pu lui revenir alors.
Se distinguer, rassembler
Bref, rien de simple et d’évident. D’autant que le casting récent dans les derniers gouvernements Fillon, avait amené des personnalités fortes et remarquées. Notamment Christine Lagarde, reconnue pour son aisance internationale et sa force de travail. Ou encore Eric Besson, transfuge du PS en 2007. Enfin, de l’autre côté de l’échiquier, pèse aussi DSK qui a laissé le souvenir d’un expert économique et financier pointu…
Reste enfin le contexte stratégique et les messages qu’adressera ainsi (ou pas) François Hollande à son électorat tout comme à son non-électorat, qu’il doit savoir rassembler dans une logique d’ouverture. Si son curseur va se placer sur la fiscalité des hauts revenus et du grand patrimoine, il faut qu’il rassure, techniquement, par un casting à la hauteur des enjeux. Ou en tout cas par une personnalité reconnue pour sa compétence et sa capacité à faire passer, par la pédagogie et la diplomatie, les éventuelles pilules amères qui impacteront, nécessairement, les terres de l’épargne et de l’argent.
Les questions
Le Français veut savoir des choses simples, somme toute. Par exemple si son épargne sera protégée (fiscalement parlant), et s’il va devoir continuer à ponctionner dedans pour encaisser les effets de la crise… C’est aussi le nouveau contexte fiscal qui l’intéresse, la définition des nouvelles règles du jeu telle que proposées dans les programmes des candidats (infographie ci-dessous). Même questionnement concernant la politique Hollande sur la retraite…
Fiscalité & épargne : quelles réformes pour… par BforBankTV
[MAJ 14 mai] : à un jour de la nomination officielle du gouvernement, les lignes de front ont-elles bougé ? Pas tellement à en croire le récapitulatif du NouvelObs, sauf de voir un peu moins Michel Sapin à Bercy que précédemment. De son côté La Tribune expose de nouveaux ministrables du côté des “hollandaises” et pour Bercy, comme Nicole Bricq et Karine Berger.
Le nouveau président aura en tout cas besoin d’avoir les idées au clair sur les débats clés de la relance économique et de la réforme fiscale, notamment pour son premier contact avec Angela Merkel, que d’aucun prévoit tendu.
[MAJ 16 mai] : après la nomination hier de Jean-Marc Ayrault au poste de Premier ministre, le débat du casting pour Bercy est à nouveau relancé. D’autres profils rejoignent ainsi la liste d’attente, déscopés d’autres fonctions, comme Pierre Moscovici. Réponse finale dans l’après-midi de ce 16 mai.
L.D