Qui sont les pigeons ? Et d’abord, où sont-ils (à la télé) ?

D’une intervention à l’autre… Si la politique fiscale gouvernementale se construit peu à peu, une chose est acquise : le gouvernement évolue actuellement dans une phase de communication, de pédagogie et en gros de discours de la méthode. De sa méthode de réformateur.

Ainsi avant même le passage en “grand ora”l de Jean-Marc Ayrault sur Europe 1 ce matin, se tenait hier soir sur France 2 l’émission “Mots Croisés” d’Yves Calvi, sur le thème plutôt accrocheur “Impôts : qui sont les pigeons ?“. Si aucune “star” du dossier n’était présente (ni les ministres de Bercy, MM Moscovici et Cahuzac, ni de cador de l’opposition comme Philippe Marini), les experts invités pouvaient parfois… surprendre.

Sur les réseaux sociaux (comme Twitter) on a pas manqué de souligner cela hier soir, en “live tweet”, notamment pour la participation de leader du NPA Olivier Besancenot, pas réputé pour être un expert fiscaliste même si tout point de vue est bon à entendre bien sûr.  Beaucoup plus qualifiée, la députée socialiste Karine Berger avait en effet plus d’une raison d’être là : économiste, conseillère économique et fiscale de François Hollande pendant la campagne présidentielle, elle a été aussi nommée par le P-M chargée de mission. Elle doit produire un rapport sur l’épargne financière, avec son confrère Dominique Lefebvre. Mais elle croisait surtout le fer avec Bruno Le Maire (présent pour l’opposition UMP) pour se renvoyer la balle de “qui est responsable” sur le terrain politique.

Outre ces passes d’armes dures à suivre malgré le pilotage d’Y. Calvi, on retenait quelques phrases et moments clés, notamment :

  • sur l’ampleur de la réforme : pour la journaliste S-P Brossolette, on arrive à “65 Mds d’€ de hausse d’impôts en 3 ans” alors que Robert Rochefort note que “ceux qui vont être touchés seront les classes moyennes supérieures et les gens aisés”;
  • sur la pédagogie de la réforme : pour le journaliste Laurent Neumann : pour être accepté “l’impôt doit être compréhensible et lisible”;
  • sur les “anti” : “L’anti-fiscalisme est le premier des populismes”, pour L. Neumann;
  • sur la politique entrepreneuriale : Pour Bruno Le Maire “le gvt s’acharne contre l’esprit d’entreprise” et “Tous les Français sont les pigeons de François Hollande”;
  • sur le mouvement des Pigeons : pour S-P Brossolette ce sont “ces créateurs de startups qui gagnent peu… de 1800 à 2000€ par mois”.

Où sont les pigeons ?

A propos et plus simplement, certains internautes et téléspectateurs notaient aussi sur les réseaux sociaux que les “pigeons” nommés dans le titre même de l’émission, n’étaient… pas présents sur le plateau. Les tweeteurs l’ont dit clairement dés hier soir, comme Frédéric Georges Tudo : “Intéressant cette émission nommée “Impôts : qui sont les pigeons” dans laquelle Fr2 a “oublié” d’inviter un seul pigeon“.

Un bug ? Plutôt un choix éditorial visiblement. Un peu plus tard Bruno Le Maire va pointer la limite de l’exercice, hésitant à commenter à leur place pour suggérer : “il aurait mieux valu inviter un jeune entrepreneur…”. Yves Calvi lui a alors répliqué que “on leur a donné la parole, aux pigeons”. Outre la couverture globale des médias, il faisait en effet référence sur RTL à l’interview de J-D Chamboredon qu’il a menée.

Du coup, on en est resté aux commentaires et explications. Robert Rochefort (ex patron du Credoc et député européen du Modem) s’est d’abord attelé à l’explication du feuilleton et des étapes de ce qu’il qualifie de “crise de communication”. Laurent Neumann, directeur de Marianne, a lui distingué les “pigeons” et les “rapaces”, les fonds d’investissement dépouillant les entreprises et ciblés selon lui par la mesure. Les pigeons sont pour lui “un mouvement politique et le gouvernement a donné le signe d’une reculade”, a t-il conclu.

Sylvie-Pierre Brossolette pondérait un peu cette vision, et a même défendu les motivations légitimes des patrons de start-ups. “Qui sont les gens qui ont protesté ?” a questionné in fine Karine Berger. “Pas moins de 100 en France par an”, a t-elle estimé “concernés par une taxation du capital” dans ces conditions. Elle a regretté aussi la “désinformation qui relève d’une certaine politisation” du débat, mais a a reconnu qu’”au moins ça a permis de repérer des erreurs”. Et d’adresser en ce sens “merci aux pigeons”. C’est finalement la touche finale du sujet qui restera, et peut être une main apaisée tendue vers ce mouvement de revendication…

L.D

Pour prolonger : relire sur le blog fiscalité la note de C. de Francqueville “Mouvement des pigeons : le gouvernement y laisse des plumes“.

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Un commentaire sur “Qui sont les pigeons ? Et d’abord, où sont-ils (à la télé) ?”

  1. [...] A l’automne dernier lorsque le gouvernement a voulu soumettre au barème de l’impôt sur le revenu (IR) ces plus-values, les entrepreneurs se sont révoltés (la fronde des pigeons). [...]

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