Belgique : un exode fiscal qui se concrétise ?

Les riches étaient jusqu’à il y a peu, selon le quotidien Libération, des “cons” en regard d’un jeu de mot osé qui a fait beaucoup gloser. Il faisait le buzz à partir du cas de Bernard Arnault et de sa demande de nationalité belge. Plus correct, il y a aussi le jeu de mot belge qui résume bien la situation, portant sur l’acronyme “SDF”, qui désignerait désormais et à leur endroit ”sans Difficulté financière”.

Outre l’angle humoristique et sarcastique, depuis, le débat a pris une autre dimension. Et l’on commence en France à envisager les conséquences de cet état d’esprit et concrètement de la politique fiscale engagée par le gouvernement Ayrault. Ce matin sur Europe 1, Bernard Tapie y allait de son commentaire franc et direct, comme à son habitude, au micro de Bruce Toussaint : sur l’air connu de si tu leur tapes dessus, ils vont finir par tous partir… Et l’on n’aura plus rien à taxer.

L’immobilier belge en vue

Le fameux risque de l’exode que ses détracteurs diminuent, mais qui semble tout de même exister et même se concrétiser. Prenons pour mesure les colonnes web de La Libre Belgique, qui actent un exode de riches Français vers Bruxelles. Plus en détails, le journal rapporte une prise de température réalisée par des professionnels du secteur immobilier : “l’agence immobilière Engel & Völkers, vend désormais une maison chaque jour à un Français fortuné”. Grosso modo, au doigt mouillé, on estime que les “Français achèteraient actuellement 5 à 6 maisons à Bruxelles chaque jour”.

Le risque avait été repéré dès l’après victoire de François Hollande, avec le retour de cette tentation d’exode… Déjà à l’époque, la Belgique voisinne se frottait les mains et sortait la calculette à récupération d’exilés, en posant que “Dans les années à venir, nous estimons qu’il y [aura] 1 000 à 1 500 qui viendront rejoindre les déjà 4000 millionaires français installés en Belgique”. Une sorte de concurrence et de marché donc, à un moment où la Suisse se pose des questions sur son régime d’imposition… et durcit son forfait fiscal.

Réalisme et prise de conscience

En fait, le débat dépasse largement le clivage gauche/droite en France, puisque même le candidat Nicolas Sarkozy l’envisageait dans son programme électoral. Peut être faut-il à nouveau écouter la sagesse rude d’un Bernard Tapie, qui détaillait ce matin sur les ondes radio sa vision réaliste et pragmatique : “Il faut que quand tu nais, si t’es pas très riche, tu aies envie de le devenir, plutôt que quand t’es pauvre, t’aies envie que les riches deviennent pauvres”. Une manière de dire que ce sont les excés qui doivent être corrigés, pour ne pas créer de catégorie de Français stigmatisés et ostracisés par défaut. Ce qu’un article de Paris Match résume pour sa part en un titre : “Maudits riches de France !”…

La vraie question ne serait-elle pas : peut-on arriver à parler de ce sujet de façon dépassionnée et sincère ? C’est d’autant plus sensible à gérer que des signaux sont envoyés depuis un moment, concernant l’acceptation d’un effort fiscal supérieur. Ce à l’instar des patrons français par exemple, ou encore dernièrement de quelques personnalités et VIP qui ont pris position. Par exemple l’acteur José Garcia, ou encore un peu plus tôt le chanteur Yannick Noah.

L.D

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