La perte du triple A : et si c’était une bonne chose ?

La perte du triple A de la France décidée par l’une des trois grandes agences de notations  (Standard and Poor’s) mais maintenue par les deux autres montre bien à quel point la science économique est une science humaine et non une science exacte. Et c’est tant mieux

Les critères d’abord. Il y a certes l’estimation d’éléments objectifs (endettement, politique économique, risque de solvabilité). Mais aussi subjectifs (estimation de la croissance à plus d’un an, incertitudes politiques). Chaque agence prend en compte ces critères mais c’est le dosage à l’origine de l’appréciation finale qui est différent.

Les marchés financiers ensuite. La France n’a eu aucun mal à emprunter,  de surcroit à des taux attractifs après sa dégradation. Normalement après la baisse de sa notation, un pays emprunte plus cher. Cela n’a pas été le cas, comme ce ne le fut pas non plus quand les Etats-Unis ont perdu leur triple A.

(ce passage du JT de BFM TV pour illustrer le propros, ndlr)

La contradiction enfin. Les agences exigent plus de maîtrise des comptes publics et une diminution souvent drastique de la dette ce qui passe par plus d’impôts, moins d’investissements et des coupes claires dans les politiques sociales.  Et dans le même temps, elles demandent aux  Etats de favoriser la croissance.

Risque et politique économique

Le fait que de nombreux pays voient leur note abaisser montre que les marchés prennent seulement en compte le risque de solvabilité. Ils n’ont donc aucun doute : les Etats-Unis et la France paieront leurs dettes.

Se libérer du triple A et surtout ne pas essayer -en cassant la croissance, en augmentant le chômage- de le récupérer rapidement permet de pratiquer une politique économique plus supportable. Etaler les dettes dans le temps, construire une politique européenne cohérente sont plus raisonnable que de couper la main qui travaille en lui demandant… de produire plus !

Patrick Lelong

Sur le même sujet : relire la note “La semaine des A“; et revoir l’infographie ci-dessous, sur les agences de notation financières, sur lesquelles un doute a pesé dès septembre dernier

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